L R AS Publié le mardi 19 février 2019 - n° 264 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les études de BP/McKinsey du futur énergétique

EDF

L’étude de British Petroleum sur le paysage énergétique mondial répond aussi en partie à la question

L’étude de McKinsey

Qui croire ?

Qui se souvient que le cabinet Lazard avait indiqué dès septembre 2017 (il y a près de dix-huit mois) que le prix moyen de l’électricité renouvelable était devenu moins cher que le kilowattheure produit à base de charbon, ou de nucléaire. Qui a retenu que l’énergie éolienne est la moins chère des énergies depuis 2011 ? Et le solaire depuis 2015 ? Depuis, qu’est-ce qui a changé ? En tout cas, cet écart de prix en faveur des En R rentre peu à peu dans la pensée commune, mais est-ce que cela a changé nos habitudes, nos dirigeants, la stratégie française ? Y a-t-il eu davantage d’installations solaires ou éoliennes à cause de ce calcul économique ? Les installations solaires en 2018 en France sont à peine égales à celles de 2017 !

Pourquoi ? Que se passe-t-il ?

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EDF

Que disait la Programmation Pluriannuelle de l’Energie largement commentée ici au cours des deux dernières semaines ? Le nucléaire est, et reste le pilier de l’approvisionnement énergétique français. On attendra 2035 pour fermer quelques centrales (pas trop toutefois) pour qu’on reste autour de 50 % de l’approvisionnement énergétique (contre 71,6 %), avec probablement de nouveaux reports de fermeture du fait de l’incapacité des énergies renouvelables à prendre le relai. La façon de faire d’EDF vis à vis de Fessenheim a bien marché jusqu’à présent…

D’ailleurs EDF n’est pas prêt à abandonner le nucléaire car les énergies renouvelables désormais regroupées dans une entité distincte ne représente que 2,4 % du chiffre d’affaires du groupe. Ceci veut dire qu’EDF n’est pas disposé à abandonner son créneau énergétique et fera tout pour le conserver le plus longtemps possible.

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L’étude de British Petroleum sur le paysage énergétique mondial répond aussi en partie à la question

BP estime que les énergies renouvelables vont prendre une place de plus importante dans le mix énergétique à horizon 2040, mais que les hydrocarbures et notamment le gaz conserveront une place essentielle dans l’approvisionnement énergétique. Ainsi, 85 % de la croissance d’énergie d’ici 2040 sera fournie par du gaz naturel ou renouvelable. Là, c’est clair ! Les hydrocarbures continueront à être la base de l’énergie du futur, avec un pic pétrolier au début de la décennie 2030 et la poursuite de la croissance de la demande de gaz jusqu’en 2040. Pendant ces deux décennies, les énergies renouvelables (éolien et solaire) continueront leur montée en puissance, n’atteignant que 30 % de la consommation d’énergie primaire en 2040.

La vision de BP est que le monde va continuer comme avant. L’évolution vers les énergies renouvelables s’imposera peu à peu, au fur et à mesure que des progrès technologiques auront été obtenus dans le stockage de l’énergie et la gestion de l’intermittence, mais aussi selon les progrès de l’autoconsommation qu’elle soit résidentielle ou collective. L’utilisation locale de l’énergie produite entraine une réorganisation complète du réseau de distribution, ainsi que la mise au point d’une gestion demande-réponse de l’énergie. Tous ces changements exigent non seulement des investissements, mais surtout une mutation des esprits qui doit précéder toute décision. Or, de ce côté, on se heurte en France au centralisme, à la tradition jacobine, aux forces économiques installées (genre EDF). Le changement se fera, mais lentement au gré des opportunités, avec de fortes réticences des acteurs économiques installés qui refuseront ou s’accrocheront le plus longtemps possible à un ancien style de l’énergie, à leur emploi, à un certain mode de vie. Les autorités politiques devront prendre en compte ces réticences, les salariés mis au chômage, les revendications pour que rien ne change. La mutation se fera, mais difficilement, étalée dans le temps, avec des avancées souvent infinitésimales, car la difficulté est d’entrainer un pays vers la modernité et de maintenir la cohésion sociale. Rude tâche qui se fera, probablement étalée sur une génération.

 D’ailleurs si on avait un doute sur le réalisme de cette étude, d’une part le cabinet PwC a constaté que les énergéticiens ont le plus grand mal à évoluer puisque 40 % d’entre les sondés ne prévoient pas d’évolution de leur entreprise avant trois ans. D’autre part, l’enquête d’Octopus Investments auprès d’investisseurs institutionnels a mis en évidence que 4,4 % seulement de leurs placements se fait dans les énergies renouvelables (c’est à dire marginalement). Ils ne prévoient qu’une hausse de 10 % par an de leurs placements dans cette classe d’actifs au cours des cinq ans à venir, ce qui porterait la part à 7,1 %. Leurs freins sont qu’ils s’inquiètent de l’incertitude des prix futurs de l’énergie (pour une majorité d’entre eux) et de la liquidité de leurs investissements pour près de la moitié d’entre eux. Ceci indique qu’ils ne connaissent pas le secteur et ne veulent pas s’aventurer. Ainsi, même les financiers qui placent à long terme, ne sont pas prêts à miser largement sur les énergies renouvelables…

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L’étude de McKinsey

A côté de ce que certains pourraient appeler un conservatisme, l’étude de McKinsey s’appuie sur les évolutions récentes qui indiquent que les énergies renouvelables sont moins chères que l’énergie conventionnelle et que l’écart va grandissant entre les deux. De ce fait, l’économiste rationnel affirmera que les énergies renouvelables doivent être privilégiées et imposées au nom de l’efficacité et de la rentabilité. Ainsi, l’éolien et le solaire vont progressivement dominer la scène énergétique, alors qu’ils occupent 4,6 % de la production d’énergie en Europe : les énergies renouvelables qui sont à 18 % en Europe (l’essentiel de l’hydro-énergie) et aux Etats-Unis en 2018, assureraient 27 % des besoins en 2020. Elles deviendront majoritaires dès 2035. Elles fourniront 75 % de l’énergie du monde en 2050 à cause d’une multiplication par 60 des installations solaires et de 15 fois plus d’éoliennes d’ici là.

Ces perspectives, peut-être réalistes, reposent sur une solution technologique pour les transports avec des batteries dont le prix aurait sensiblement baissé et avec des performances accrues. Dès lors, les véhicules électriques deviendront majoritaires autour de 2025, et auront un effet d’entrainement sur l’installation de générateurs solaires et éoliens.

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Qui croire ?

Il se peut que les deux études aient raison l’une et l’autre, mais pour des motifs différents. McKinsey ne fait qu’extrapoler les progrès techniques et financiers des installations renouvelables. Rien ne va les arrêter même en Europe et en France à travers les tarifs d’achat. Le premier vient d’être conclus en Allemagne, d’autres émergent en France. Cette irruption va créer un appel d’air pour instaurer et développer les installations solaires. Les forces conservatrices seront bien obligées d’admettre l’existence d’un secteur parallèle, indépendant du réseau national. Même si on se focalise sur les quelques premières grandes centrales en Espagne, elles constituent une avant-garde qui va entrainer progressivement le reste de l’économie. De même en France, la possibilité de s’affranchir d’une loi (dans le cadre d’un contrat de droit privé) qui limite la surface des centrales solaire, accentuera la baisse des prix, favorisant la généralisation des centrales.

A partir du moment où les centrales existeront, la nécessité de stocker ou d’utiliser différemment l’énergie intermittente fera vite des progrès, contribuant à sa généralisation

Ainsi, la généralisation des énergies renouvelables est inscrite dans l’avenir, mais à quel rythme et surtout avec quel effet sur l’économie ? Des pans entiers vont se trouver en difficulté car certaines machines devront être converties à l’électricité, l’organisation d’EDF et les fabricants de matériel de distribution de l’énergie seront bousculés. De même qu’il y a encore en France des entreprises et des personnes qui ne se sont pas informatisées longtemps après que ce se soit généralisé, différentes entreprises ne sauront pas prendre le virage de l’énergie renouvelable. Une nouvelle secousse propulsera certaines entreprises au firmament grâce à des prix de revient diminués par rapport aux autres. Elle jettera d’autres dans les difficultés. Ce seront celles qui n’ont pas su voir que les EnR procurent une énergie moins chère.

Le dosage dans l’évolution sera effectué par les pouvoirs publics avec des risques de crise sociale dans tous les pays à démographie déclinante et dans tous les pays d’abord tournés vers le passé et qui considère la modernité avec réticence…

Pouvait-on envisager que les énergies renouvelables seraient porteuses de tant de bouleversement ?

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