L R AS Publié le mardi 12 février 2019 - n° 263 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la PPE, ce qu’il aurait fallu faire !

Quelle énergie veut-on pour la France de 2050 ? 

Reste l’électricité.

Quatre exemples illustrent ce propos :

Le rôle des autorités publiques…

…Est fondamental pour entrainer le pays

Dès lors,

La semaine dernière, le projet de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie avait fait réagir tant il est mal fait et contrefait. Cette semaine, l’actualité signale comment il aurait fallu présenter le dossier si on voulait s’inscrire dans le futur et essayer de le baliser.

La semaine dernière, le projet de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie avait fait réagir tant il est mal fait et contrefait. Cette semaine, l’actualité signale comment il aurait fallu présenter le dossier si on voulait s’inscrire dans le futur et essayer de le baliser.

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Quelle énergie veut-on pour la France de 2050 ? 

Le point de départ aurait été « Quelle énergie veut-on pour la France de 2050 ? ». Les choix auraient été rapides : faut-il des hydrocarbures ? Ils sont à l’origine de gaz à effet de serre. Les observateurs du climat indiquent qu’il faut limiter l’émission de CO2 afin de limiter le réchauffement climatique : les hydrocarbures ont été utiles dans le passé, mais il semble que leur expansion soit désormais dangereuse ou néfaste. Il faut donc gérer leur diminution dans le temps en leur trouvant des substituts si c’est possible, car il sera difficile de les remplacer pour tout ce qui est chimique (plastiques, …).

Pour les mêmes raisons, l’utilisation du charbon est en train de décliner. Là encore les quelques utilisations industrielles du charbon feront subsister son existence, mais non pour le chauffage ou la production d’électricité.

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Reste l’électricité.

Doit-elle être nucléaire ou issue des énergies renouvelables ? Le débat actuel fait rage en France entre les tenants de ces deux énergies, car les EnR sont trop intermittentes pour assurer une fourniture régulière d’énergie, ce qui est une caractéristique de la première. Ce qui fera la différence, c’est l’opinion publique. Les énergies renouvelables recueillent entre 70 % et 90 % d’opinions favorables en France contre 46 % (Préférences des Français pour les EnR, mais peu passent à l'acte !). Bien sûr l’énergie nucléaire peut toujours affirmer haut et fort son attrait, mettre en avant la technique maitrisée, affirmer que c’est l’avenir, souligner que c’est l’intérêt de la France. L’opinion publique mondiale a été secouée par l’accident de Fukushima. Elle est loin de faire confiance à cette technologie. Alors, peut-on vivre avec de l’électricité nucléaire en défiant l’opinion publique ? Est-ce durable et souhaitable ? Est-ce démocratique ? Est-ce l’avenir ?

L’émergence des énergies renouvelables est trop récente pour qu’elles se soient vraiment imposées : l’énergie solaire assure 2 % de la consommation électrique en France. L’énergie éolienne représente à peine davantage. Pas assez pour être reconnue comme une énergie fiable à long terme ; pas assez pour être utilisable constamment ; pas assez organisée pour être considérée comme l’énergie de l’avenir. Et pourtant, les progrès dans la baisse des prix des panneaux et l’amélioration du taux de conversion des rayons du soleil font imaginer que des perfectionnements vont lui donner une place bien plus importante.

Sur cette base, il y a une grande probabilité que les énergies renouvelables et spécifiquement le solaire s’imposent comme la source d’énergie d’avenir. De toute façon, il n’y en a pas d’autres utilisables actuellement. Dès lors, il faut faire avec, et améliorer les processus, les utilisations, et mettre en place les industries qui s’y rattachent.

C’est sur ces bases qu’aurait dû être élaborée la PPE. Elle faisait une place au nucléaire car il faut utiliser les réacteurs en exploitation pour fournir de l’électricité de façon régulière. On en a besoin. Elle devait miser sur les énergies renouvelables en assurant leur expansion, non pas sur des volumes (21 GW en 2023 et 35 à 45 GW en 2028), mais davantage sur l’organisation autour des énergies renouvelables.

 

Quatre exemples illustrent ce propos :

L’intermittence des EnR est un gros frein à leur exploitation. Un moyen pour étaler leur production est de mutualiser deux EnR, telles que l’éolien + solaire, l’un produisant surtout l’hiver, l’autre l’été ; ou trois EnR avec en plus la biomasse. Les chinois viennent de mettre en service un ensemble constitué de 400 MW d’éolien, 200 MW de solaire et 50 MW de solaire à concentration, le tout couplé avec une unité de stockage de 100 MW. Voici une attitude astucieuse pour utiliser au mieux des énergies qui ne sont pas concordantes.

Le second est la mutualisation des EnR entre régions, surtout en France qui a un paysage varié : les vents soufflent dans le nord, alors que le soleil brille au sud : la combinaison des deux permet un relatif équilibre de la production d’énergie. Il n’y a plus qu’à assurer l’équilibre du réseau à base de stockage, ou de transport d’autres régions françaises ou d’importation de l’étranger. Le même phénomène est perceptible en Allemagne où les régions du nord sont mal reliées aux régions utilisatrices du sud. Un autre schéma du réseau électrique se dessine alors. Il faut penser à le mettre en place.

Le troisième exemple provient du saucissonnage des appels d’offres et de la loi qui limite la taille des installations photovoltaïques en France. Elle a pour but de limiter l’importance des centrales, et d’augmenter le coût du kilowattheure obtenu à l’issue des appels d’offres. En effet, plus la surface installée est grande, au-delà de 100 MW et encore plus de 300 MW, plus il y a des économies d’échelle dans la conception, dans les études, dans la construction, dans les volumes des appels d’offres auprès de sous-traitants. En limitant la taille, les prix ont été plus élevés, freinant la compétitivité de la production des centrales solaires ou éoliennes… On entrave ainsi la baisse des prix du kilowattheure des énergies renouvelables. BayWa r.e. l’a bien décrit dans son analyse du prix d’une centrale solaire en Espagne : il y mentionne qu’avec une taille de 175 MW, il avait réduit son prix de revient de 33 % (de 0,04 € à 0,027 € le kWh) !

Le quatrième exemple provient de la volonté d’une dizaine d’Etats américains de parvenir à une électricité à 100 % renouvelables d’ici 2050. Lorsque des dirigeants estiment que l’avenir est constitué par tel ou tel phénomène ou énergie, ils organisent leurs décisions dans ce sens, sans forcer mais en montrant nettement la direction. Où est la direction suggérée par la PPE ? Où est l’avenir souhaitable qu’elle annonce ? Quelles sont les mesures qu’elle annonce pour parvenir à cet objectif ! Quand on ne sait pas où on va, on n’arrive nulle part ! A cause de la PPE !

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Le rôle des autorités publiques…

Cette volonté des autorités publiques est indispensable pour inciter les acteurs économiques ou les ménages à s’impliquer dans les choix effectués, surtout s’ils obtiennent l’adhésion de la population. Un courant de pensée s’organise autour de la décision, la valorise, la justifie, entraine l’assentiment public et donc s’impose naturellement. Comment les tenants du nucléaire peuvent-ils convaincre lorsque la population marque sa défiance ? Il ne leur reste qu’à faire le siège des ministres et de la haute administration pour obtenir des décisions qui leur soient favorables. En même temps, les décideurs politiques sont bien embarrassés pour justifier un choix fait contre l’opinion publique, d’où l’absence de justification probante, d’où l’absence de consensus. Ils ne peuvent plus promouvoir les énergies renouvelables car ils ont donné une grande part de leur préférence au nucléaire. Ils ne peuvent donc pas faire de la publicité pour les EnR. Ils ne peuvent que se réfugier dans la neutralité. Avec cette conséquence, qu’en ayant évité de choisir, ils maintiennent la situation antérieure et empêchent l’immersion dans la nouveauté et le progrès. On maintient ainsi la France dans un état second, celui du non-choix, et de l’attente que la situation se débloque ce qui ne se produit pas car les tenants du nucléaire constatent qu’ils peuvent inverser la tendance naturelle en présentant de faux arguments et de faux chiffres ! On n’est plus dans une situation rationnelle, mais dans du court termisme qui est mauvais pour le pays.

C’est que dans toutes les situations, il y a une avant-garde qui sait ce qu’elle fait et qui cherche des solutions. Ainsi, pour les entreprises qui ont décidé d’aller vers le 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 (elles ne seraient que 152). Elles sont suffisamment riches pour qu’en cas de mauvaises décisions, cela n’entraine aucune situation trop dommageable pour elles ! Les unes l’ont fait pour qu’on parle d’elles. Les autres l’ont fait par conviction, mais il est loin d’être certain que celles-ci en aient tiré un avantage économique car les contrats d’achat ont été conclus au moment où l’écart était très faible entre le prix du kWh du réseau et celui qu’elle paie avec de nouvelles infrastructures. Cet écart va s’agrandir au fur et à mesure que le prix des installations solaires va baisser…

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…Est fondamental pour entrainer le pays

S’il y a un si petit nombre d’entreprises ayant franchi le pas, plus de la moitié des entreprises américaines ne savent pas comment s’y prendre, ne perçoivent pas l’intérêt des EnR, ou encore hésitent sur le moment de se décider. C’est là où l’impulsion des autorités publiques devient cruciale et décisive.

De même en France, tous les sondages de Qualit’ENR vont dans le même sens, 70 à 90 % des ménages plébiscitent les énergies renouvelables et notamment le solaire. On pourrait croire que ces ménages parlent en connaissance de cause et qu’ils ont, à une large majorité, des panneaux solaires sur leur toit. Erreur ! Seulement 7 % des sondés ont un tel équipement ! Ceci veut dire qu’ils sont convaincus de l’attrait des EnR, mais qu’ils hésitent à se lancer, à faire confiance à un installateur, qu’ils ne sont pas stimulés par les autorités publiques qui proposent des aides sans établir autour de ces aides ou de cet équipement, une confiance qui pourrait être perçue par les ménages. Dès lors, si le gouvernement n’y croit pas, pourquoi les ménages s’engageraient-ils et y investiraient-ils leur propre argent ? En mettant sur le même plan l’ensemble des énergies, la PPE a brouillé l’image de l’énergie souhaitable à moyen et long terme et bien sûr de l’objectif à atteindre.

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Dès lors,

Il est difficile de percevoir comment va évoluer, et la PPE, et l’attitude des autorités publiques. Pour la PPE, l’importance du lobby nucléaire, de son poids dans l’économie (amplement décrit dans le texte officiel) et de son intérêt à ce que rien ne change, il est probable que même une modification de la PPE ne changerait rien à l’avenir. Il faut attendre que les prix du kWh solaire ou éolien baisse, qu’il y ait mutualisation des EnR et que la construction de grandes ou de très grandes centrales permettent de faire des économies substantielles sur les coûts de production. Le choix de grandes entreprises françaises de recourir en direct à un approvisionnement fera peu à peu basculer la situation actuelle.

En revanche, l’attitude des autorités publiques est plus inquiétante car elle est fondée sur des raisonnements non économiques et probablement non rationnels. Cette volonté de conserver quoi qu’il arrive le nucléaire est un facteur de régression économique, car selon les chiffres disponibles, le kWh nucléaire est déjà largement plus cher que le kWh d’énergie propre… Ce blocage tiendra tant qu’il n’y aura pas un ministre qui, comme en 2018 en Espagne, regarde le problème énergétique sous un œil neuf… Sauf qu’en France, le ministre de l’énergie est le représentant d’EDF ! Alors, où chercher la confiance dans l’avenir ?

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A titre d'exemple, pour faire ce texte nous avons utilisé :

L'électricité est-elle l'énergie du futur ?

Préférences des Français pour les EnR, mais peu passent à l'acte !

Plus de la moitié des entreprises américaines sont peu avancées en matière d'EnR

Mutation du métier de développeur à cause de la parité réseau

L'avenir des EnR passe-t-il par des réseaux transnationaux ou par l'indépendance ?

Les EnR hybrides augmentent l'étalement de la production

De plus en plus d'Etats américains décident d'atteindre 100 % d'EnR

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