L R AS Publié le mardi 05 février 2019 - n° 262 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la PPE : un document qui serait inutile et fallacieux ?

Comment se présente la Programmation Pluriannuelle de l’Energie ?

De très nombreuses consultations de personnalités sur cette PPE

Quant au fond du sujet : examinons les sous-rubriques concernant le photovoltaïque et le nucléaire

Le texte du photovoltaïque : 

Tout autre est la présentation du nucléaire :

Conclusion

L’irritation procurée par les faussetés de la PPE reprises par PV Magazine (cf La PPE ou la façon de berner le monde) nous a incité à en lire en détail un certain nombre de passage relatif au photovoltaïque et au nucléaire, afin, ou bien de relativiser quelque peu les propos violents de l’article, ou bien pour mieux comprendre comment ils ont été présentés.

 

Comment se présente la PPE

Le document de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie ou PPE comprend 330 pages et 30 pages d’annexes. Il essaie de balayer l’ensemble des éléments concernant l’énergie avec pour grandes rubriques. Il se présente pompeusement comme « la Stratégie Française pour l’Energie et le Climat ». Il n’y a aucune stratégie dans ce document qui présente à peu près honnêtement les différentes parties. Utiliser le terme de « stratégie », veut dire qu’on a une idée claire pour obtenir un but précis. Or dans ce document, il y a davantage un catalogue de présentations, sans qu’il y ait d’objectif, sauf celui de faire attention à l’écologie mais ce qui est différent de la gestion de l’énergie.

Les différents chapitres :

La programmation pluriannuelle de l’énergie

Amélioration de l’efficacité énergétique et baisse des consommations d’énergie fossile

Offre d’énergie / Développement de l’exploitation des énergies renouvelables et de récupération

Les mix énergétiques cibles

Sécurité d’approvisionnement, développement des réseaux, du stockage, des flexibilités et de la production locale.

Recherche et innovation pour le développement des nouvelles technologies de l’énergie .........

Préservation du pouvoir d’achat des consommateurs et de la compétitivité des prix de l’énergie, évaluation des besoins de compétences professionnelles

Mobilisation des territoires.

Avec de nombreuses sous-chapitres qui analysant la partie concernée. Ainsi, dans la rubrique « présente les différentes sources d’énergies produisant de l’électricité. Après une brève description, le document indique des objectifs dont on se demande comment ils ont été élaborés car aucun justificatif n’est publié, aucune hypothèse n’est avancée, aucun l’historique pour guider la projection. Le plus souvent, on se contente de prendre l’écart entre deux dates et de prolonger la tendance. N’importe qui peut faire cette prolongation, mais est-ce un travail sérieux ? Est-ce bon pour le pays ? Et surtout a-t-on sélectionné les bons moyens pour les bons objectifs ?

Avec quelle inflexion ? Aucun moment, on explique pourquoi et comment on a choisi plutôt ce chiffre ou celui-là. Le plus souvent, on reprend la moyenne qui se retrouve dans la tendance antérieure. Prolonger le passé ne fait pas une politique et encore moins une stratégie. En revanche, cette attitude permet de ne mécontenter personne, surtout lorsque l’objectif parait élevé. On obtient un consensus à peu de frais qui repousse à un autre moment le temps de la décision, celui des cabinets ministériels où les décisions se prennent à l’abri des regards… Normalement une projection repose sur un grand nombre d’hypothèses et de décisions politiques. Si elles ne sont pas explicitées, on ne peut pas comprendre la démarche et donc la conclusion. Dommage ! la PPE pêche par l’absence d’hypothèses, de justificatifs, et d’objectifs déterminés on ne sait trop comment. Dès lors que vaut intrinsèquement ce document ?

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De très nombreuses consultations de personnalités sur cette PPE

Le document mentionne qu’on a constitué « le Comité de suivi de la PPE et le Comité d’orientation de la SNBC ». Et continue : « Le Comité de Suivi de la PPE est composé d’environ 80 représentants de la société française, principalement des structures membres du Conseil National de la Transition Ecologique (CNTE) et du Conseil Supérieur de l’Energie (CSE). Ce Comité a été réuni à trois reprises au cours de l’année pour lui donner l’occasion de s’exprimer sur l’avancement des travaux. Des ateliers de travail relatifs à la maîtrise de la demande ont été partagés avec les travaux de révision de la SNBC. Ces ateliers ont été sectoriels. Ils se sont réunis à quatre reprises chacun sur l’ensemble de l’année juin 2017-juin 2018. En complément, 24 ateliers de travail ont été organisés entre octobre 2017 et janvier 2018, sur l’ensemble des thématiques spécifiquement abordées par la PPE. Chaque atelier a réuni entre 20 et 50 personnes. Ensuite, plus d’une centaine de présentations ont été discutées dans ce cadre et 70 contributions écrites ont été partagées. Pour ce qui concerne l’anticipation de l’offre en énergie, les ateliers ont été organisés par filière. Au total, les 86 rencontres organisées dans le cadre du débat public ont réuni près de 8.000 participants. 47.572 visites ont eu lieu sur le site Internet sur lequel 561 avis ont été postés, 140 contributions et 193 cahiers d’acteurs publiés, 2.379 commentaires sur les informations et avis disponibles, et 666 questions ont été posées par des internautes. La « Commission Particulière du Débat Public » a rendu un rapport qui est accessible sur le site : https://ppe.debatpublic.fr/.

Le débat a certainement été trop large. Il a édulcoré le texte final car comme chacun a voulu y apporté sa touche, les rédacteurs ont dû rester dans les généralités, faire plaisir à tout le monde et estomper l’objectif principal du texte qui est de déterminer une stratégie, au profit d’un catalogue de bonnes intentions qui ne fâchent personne, mais alors dont on se demande quelle en est l’utilité. En même temps, on est en droit de se demander combien cette opération de « débats » a coûté à la collectivité car les membres des comités et autres conseils ne se sont pas déplacés sans des avantages financiers conséquents. On peut estimer le coût pour le budget public entre 50 et 100 millons d'euros. Ensuite, la France croule sous les dettes ! Mais que ne ferait-on pas pour mettre tous les acteurs concernés dans sa poche !

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Quant au fond du sujet : examinons les sous-rubriques concernant le photovoltaïque et le nucléaire

Le photovoltaïque : est-ce intentionnel ou est-ce le hasard ? sur les 4 pages et demie qui sont consacrés à ce sujet, il faudrait en enlever une de graphiques et 1,5 page de mesures préconisées ou de tableau de répartition des prochains appels d’offres. Autant dire du remplissage. En comptant large, il y a eu seulement deux pages de texte pour présenter le PV.

Le nucléaire : ce sujet a mobilisé sept pages, dont une demie page de graphiques. Le reste est constitué d’explications détaillées

Dans cette disproportion, on y peut voir, ou bien le reflet de l’importance du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique (71,6 %) par rapport au photovoltaïque (2 %), ou bien les difficultés de sortir du nucléaire ce qui impose de justifier l’intérêt de lui faire encore confiance, ou encore la pression d’EDF pour faire reconnaitre l’importance de cet approvisionnement afin de conserver cette position dominante en France. A aucun moment, il n’y a eu de hiérarchisation entre ces deux sources pour faire ressortir soit son acceptation par la population, soit son avenir.

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Le texte du photovoltaïque :

Après un rapide état des lieux à fin 2017 et une grande carte de France représentant les lieux d’installations ainsi qu’un rappel de l’objectif PPE 2016 pour 2018 de 10,2 GW contre 7,7 GW fin 2017, on a approximativement doublé les deux chiffres pour en faire un objectif pour 2023 (bas à 18,2 GW et haut à 20,2 GW).

Après une mention du potentiel d’installation du PV en France selon l’Ademe de 350 GW sur toitures et selon Cerema de 776 GW au sol ou en parking, le texte fait une digression vers l’importance de l’ensoleillement bien imprévisible, du coût à l’hectare d’une centrale au sol, tout en insistant sur l’aspect intermittent de la production énergétique tant dans la journée que des difficultés de programmation de la production. Eh pan sur le bec !

Vient le passage sur les coûts actuels et prévisibles, c’est le plus contestable tant le rédacteur n’a pas suivi l’évolution des coûts du PV et de l’évolution des appels d’offres. Il rappelle que les prix proposés ont été de 55 € le MWh au sol et de 85 € le MWh en toiture. Mais il refuse d’examiner l’évolution des appels d’offres au sol que ce soit sur une année – 6 %, ou sur 2 ans et ½ (- 20 %). Il ajoute perfidement ou par ignorance que la baisse à venir sera de 4 % pour les installations au sol et de 5 à 7 % pour les installations sur toiture (soit bien moins que l’évolution récente). Dès lors d’ici dix ans, selon la PPE, le coût du PV reviendrait à 40 € le MWh au sol et 60 € le MWh en toiture. Ceci appelle deux remarques : la première est que le PV est déjà devenu moins cher que le kWh nucléaire (en 2018), mais l’auteur du document oublie de le mentionner. De même il évite de mentionner que cet écart s’accroîtra encore d’ici 2028 (mais c’est aller contre les intérêts d’EDF, d’où l’omission). La seconde est que le calcul mental doit lui avoir échappé : 4 % sur dix ans représente 40 % en arithmétique et plus de 50 % en intérêt composé. Dès lors, le MWh au sol qui était à 55 € le MWh en 2018 devrait revenir entre 33 € et 27,50 € le MWh au sol et non à 40 €. Ou comment trafiquer les chiffres !

Après que ces chiffres erronés aient été mentionnés, il ne reste plus à l’auteur que de parler de la filière en terme de marché ou d’emploi, et d’évoquer longuement les enjeux environnementaux. Et de faire un tableau de présentation des objectifs qui peuvent être fixés, sans bien évidemment faire autrement que de les affirmer sans les justifier. Ils ne font que multiplier par deux les objectifs de 2018 en 2023 puis de quadrupler 2018 pour atteindre 2028 et de reprendre certaines conclusions de la conférence Place au Soleil. C’est effectivement plus simple. Quant à la pertinence ?

L’Administration qui ne connait pas le caractère exponentiel des installations photovoltaïques dans le monde, et qui ignore que la baisse des prix provoque des installations solaires sans subvention en Espagne et de plus en plus en France, est incapable de percevoir l’avenir puisqu’il est influencé par EDF et qu’il ne consulte que le passé !

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Tout autre est la présentation du nucléaire :

Après un état des lieux décrivant le nombre, la puissance et la production annuelle des réacteurs, on en arrive au coût du parc nucléaire. Là, l’auteur cherche à noyer le poisson en évoquant les « différentes notions de coûts » : marginal, coût de production restant, coût complet économique, mentionnant au passage les investissements de mise aux normes, de maintenance, d’exploitation, de démantèlement, de gestion des déchets et de rémunération du capital…

Pour bien enfoncer le clou, l’auteur mentionne que « le coût marginal de production est très bas, inférieur à 10 € le MWh » insistant et soulignant sur le fait que « cela positionne favorablement dans les différents moyens de production d’électricité français » (pourquoi n’a-t-il pas mentionné que le coût est nul pour une centrale solaire ?). Il ajoute que « le coût de production du nucléaire existant, le coût restant à engager, qui correspond aux décaissements actuels et à venir concernant les investissements et les dépenses d’exploitation (personnel, combustible...), est estimé en moyenne sur le parc à 32-33 €/MWh en tenant compte du programme du grand carénage. Ce coût est peu sensible aux évolutions de prix de l’uranium. De plus, il n’intègre pas les coûts de démantèlement et de gestion des déchets radioactifs couverts par des actifs dédiés déjà constitués par les exploitants nucléaires. »

Le texte continue : « la Cour des Comptes avait évalué le coût de production du nucléaire existant à 61,6 €/MWh (en euros de 2012) en raisonnant en termes de coût complet économique : l’ensemble des dépenses de fonctionnement et de fin de vie des réacteurs, avec l’investissement initial amorti et rémunéré sur l’ensemble de la durée de vie du parc. Ce coût a toutefois été calculé avant le programme d’optimisation du Grand Carénage, qui a permis de faire passer le montant total d’investissements prévus entre 2014 et 2025 de 55 Mds € de 2013 à 45 Mds € de 2015, et avant le plan d’économie d’EDF sur ses charges d’exploitation, dont l’impact baissier est d’environ 1 €/MWh. »

On croit rêver tant EDF présente de façon sibylline ses chiffres : EDF avait affirmé en 2011 que son coût de production dans le cadre du dispositif Arenh était de 42 € le MWh et désormais il affirme que c’est un quart en moins ! et ce malgré la hausse des prix qui est intervenue entre temps. De plus, EDF oublie que plus une installation vieillit, plus elle est sujette à des pannes, à des travaux de maintenance, à des mises aux normes de sécurité qui sont de plus en plus drastiques. Quant aux déchets nucléaires radioactifs, ils n’occupent que 2,5 % du chiffre d’affaires. Ben voyons ! Ceci n’intéresse pas EDF

Bien évidemment, le document souligne abondamment l’importance de la filière pour la France avec 6,7 % de l’emploi industriel du pays, 2.600 entreprises concernées qui réalisent un chiffre d’affaires de 52 milliards d’euros par an !

Après cette brillante démonstration, il ne reste plus qu’à étaler les avantages du nucléaire dans le cadre de la transition énergétique et de souligner l’intérêt de prolonger l’existence du nucléaire en France par le maintien de la compétence nucléaire d’EDF, par le recyclage, et surtout par l’affirmation que le problème des déchets est quasiment résolu par l’enfouissement profond.

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Conclusion

Face à cette disproportion de présentation, on peut comprendre que les syndicats représentatifs du photovoltaïque aient été désarmés : ou bien ils contestaient la présentation, mais n’étaient pas entendus avec le risque d’un document à charge, ou bien ils ne contestaient rien pour essayer d’obtenir le plus qu’ils pouvaient en faveur du photovoltaïque. Ils pourront se consoler en soulignant que la PPE prévoit 20,6 GW solaire (11,6 GW au sol et 9 GW en toiture) en 2023, et le double cinq ans plus tard, et en rappelant cet objectif constamment aux pouvoirs publics s’ils s’écartent trop de la trajectoire fixée. Ils n’en auront pas besoin, car le succès du photovoltaïque est inscrit dans le très proche futur

En réalité, cette PPE ne présente aucun intérêt et est inutile car ce ne sont pas des décisions politiques ou les intérêts d’EDF qui empêcheront l’attrait grandissant du photovoltaïque, et qui freineront l’extension des contrats d’achats de la part des grands utilisateurs d’électricité. Déjà, ceux-ci lancent des appels d’offres. Lorsque ces grands utilisateurs auront goûté au « petit prix » de l’énergie, EDF pourra dire ce qu’elle veut, présenter tous les chiffres les plus farfelus, ou annoncer qu’elle est la meilleure, les conditions économiques domineront. EDF ne peut que retarder un peu cet avènement. Il ne peut pas l’arrêter. Or, c’est ce qui intervient actuellement et encore plus d’ici deux ans. Il est certain que les 20 GW solaires prévus par la PPE seront largement dépassée dès 2023, car quel est le chef d’entreprise qui voudra payer plus cher le kWh nucléaire alors qu’il peut obtenir le kWh solaire à un moindre prix ? Heureusement qu’il y une logique qui s’impose tôt ou tard, malgré les propos de tel ou tel.

 Ayons confiance. La PPE est sans intérêt.

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