L R AS Publié le lundi 04 février 2019 - n° 262 - Catégories : ministre-réglementation

La PPE ou la façon de berner le monde

Dans le projet de "Programmation Pluriannuelle de l'Energie" (PPE) publiée le 25 janvier par le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, le programme d'appel d'offres solaires de six ans prévoit d'allouer 2,7 GW cette année et 2,9 GW par an pour les cinq prochaines années. Cette année, deux appels d'offres pour des systèmes solaires au sol

seront organisés aux deuxième et quatrième trimestres, avec une capacité assignée attendue de 800 MW et 1 GW, respectivement. Les toits solaires bénéficieront de trois appels d’offres au cours des trois premiers trimestres, d’une capacité assignée de 300 MW chacun.
Au cours de chacune des cinq années suivantes, deux appels d’offres de 1 GW pour des centrales solaires au sol seront organisés aux deuxième et quatrième trimestres et des offres de 300 MW pour des systèmes photovoltaïques sur les toits au cours des trois premiers trimestres.

Les appels d'offres pour l’énergie hydroélectrique ne porteront que pour 210 MW jusqu’en 2025. La capacité totale de l’éolien terrestre sera de 11,4 GW.

Selon le document, les coûts de la technologie PV devraient baisser de 4 % par an pour les projets à grande échelle et de 5 à 7 % pour les toits.

"En 2028, le coût de la photovoltaïque sur le toit pourrait avoisiner les 60 € / MWh, tandis que celui de l'énergie solaire au sol pourrait s'élever à environ 40 € / MWh", indique le projet PPE. Dans les derniers appels d'offres du gouvernement français, le prix moyen de l'énergie solaire au sol était de 55 € / MWh, les projets de toits affichant une moyenne de 85 € / MWh.
Le document prévoit que le solaire atteigne une capacité installée de 20 GW d'ici 2024 (11,6 GW au sol et 9 GW sur le toit) et entre 35,6 GW à 44,5 GW d'ici la fin de 2029.

Le projet prévoit que le solaire actuellement de 8,5 GW atteigne une capacité installée de 20 GW d'ici 2024 (11,6 GW au sol et 9 GW sur le toit) et entre 35,6 GW et 44,5 GW d'ici la fin de 2029.

Le document prévoit 65.000 à 100.000 projets d’auto-consommation d’énergie solaire d’ici 2024 et indique qu’une réglementation améliorée est nécessaire pour permettre le financement et le développement de projets communautaires, pour augmenter la taille des installations admises aux appels d’offres de toits et pour soutenir le modèle de tiers, dans lequel le consommateur n'est pas propriétaire du système de production.

La plus grande part de la production d’énergie d’ici 2028 restera toutefois absorbée par le nucléaire. Alors qu'elle représente 71,6 % de la demande française d'énergie, l'objectif de 50 % d'énergie nucléaire d'ici 2025 parait impossible à atteindre sans la possibilité de mettre en péril l'approvisionnement en électricité en France. 14 réacteurs nucléaires ont été suspendus jusqu'en 2035, après avoir été initialement conçus pour être fermés d'ici 2025, sans qu'une liste ne soit publiée.
La France compte 19 centrales nucléaires en exploitation d’une capacité combinée de 63,2 GW et d’une production d’énergie de 32 à 33 € / MWh, en tenant compte du programme de prolongement de la durée de vie d’EDF Grand Carénage, qui vise à prolonger la vie des réacteurs au-delà de 40 ans. Ce prix de l'électricité indique qu'il n'y a a pas d'influence du prix de l'uranium mais n'inclut pas le coût du démantèlement.

"La Cour des Comptes a estimé le coût de production de l'énergie nucléaire à environ 61,60 € / MWh, coûts d'exploitation et de fin de vie compris. Ces coûts ont toutefois été calculés avant le Grand Carénage qui, conformément à la nouvelle stratégie énergétique, a ramené les dépenses prévues du parc nucléaire d’EDF d’ici 2025 de 55 à 45 milliards d’euros".

https://www.pv-magazine.com/2019/01/28/france-to-tender-17-2-gw-of-solar-up-to-2025/
PV Magazine du 28 janvier

NDLR   Ce document repose sur les informations publiées par EDF qui détient les informations et ne publie que celles qu'il veut bien : on ne voit pas pourquoi le "grand carénage", c'est à dire la mise en sécurité des centrales vieilllissantes permettraient de réduire le coût des dépenses de 55 Mds € à 45 Mds€. Cela ne peut qu'être l'inverse car tout vieillissement entraine des dépenses imprévues de réparations.
Comment se fait-t-il qu'EDF ait affirmé il y a une dizaine d'années lors de l'ouverture de sa production à des distributeurs indépendants, que son prix de production était de 42 € le MWh et maintenant, malgré la hausse des prix intervenue depuis lors, il rabaisse ses coûts bruts à 32/33 € ? Qui a donc de la mémoire? ou plutôt qui se moque de qui ?

Le coût de production du kWh nucléaire à 0,0616 € selon la Cour des Comptes, date d'il y a plusieurs années et l'inflation est passée par là. Pourquoi reste-t-on sur de vieilles données pour élaborer le futur ? Il faut rappeler que la centrale nucléaire britannique, lorsqu'elle sera achevée, produira le kWh autour de 0,11 €, en tenant compte de la construction et la production d'énergie, mais non du démantèlement.

Comment croire un seul instant que la projection 65.000 à 100.000 projets d’auto-consommation d’énergie solaire d’ici 2024 ait une seule once de crédibilité ? Pourquoi cette remarque ? Car selon Enedis, il y avait en septembre 2017, 16.400 installations en autoconsommation, il y en avait déjà 33.600 raccordées au réseau en septembre 2018. Ainsi, il y a eu un doublement en un an ! Selon ce "document", il n'y aurait qu'un doublement ou peut-être un triplement en cinq ans ? Mais qui fait de telles projections aussi farfelues ? Quelle crédibilité donner à un document qui engage les autorités de l'Etat ? Là encore quel est le sérieux des dirigeants ?

Quant à la baisse de 4 % par an du "coût de la technologie PV", c'est à dire de la diminution du prix du kilowattheure issu des centrales solaires au sol, ce taux parait bien faible si on le compare à la baisse de 6 % des prix des appels d'affres lors des derniers douze mois (en comparant CRE4 tranche 2, à CRE tranche 4). Cette baisse est encore plus erronnée lorsqu'on compare le prix moyen proposé de 58,2 € le MWh de la CRE tranche 4 d'août 2018 (avec des écarts de 52,1 € à 83,8 € selon les familles), avec les 124 € le MWh de CRE 3 de décembre 2015, soit un recul de 52 % en 30 mois ou 20 % par an ! Dès lors, lorsqu'on prend des chiffres pippés, on n'a que des résultats faussés, et surtout une grande défiance envers les dirigeants.

D'autant que pour satisfaire les professionnels du solaire, le document du PPE ne mentionne qu'un objectif très large de solaire s'étageant de 35,6 GW à 44,5 GW en 2029 (quatre à cinq fois plus qu'actuellement). D'ici quelque temps, ces chiffres-bidon auront été oubliés surtout si les appels d'offres de 300 MW (appel d'offres CRE bâtiments-ombrières dont les résultats viennent d'être annoncés) se résument à la distribution de 100 MW. D'ici dix ans, plus personne ne retiendra que ces chiffres (on n'ose pas dire "objectif") avaient été avancés. Rien n'oblige l'Etat à respecter ce qu'il a lui même décidé.

Comment faire confiance dans ce monde d'ombres, de faussetés et de chiffres faux ?

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