L R AS Publié le mardi 02 octobre 2018 - n° 249 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le contraste France-Europe dans le PV

Le trompe-œil de l’appel d’offres

Pas d’autoconsommation collective, pour le moment

Pas d’électricité verte

Le photovoltaïque émerge de tous côtés et tout d’abord en Europe :

Un renouveau européen ?

les textes :

Les informations de cette semaine laissent une impression désagréable ou plutôt elles reflètent une situation française qui se dégrade insensiblement, sans qu’on en ait conscience mais dont l’écart avec les autres pays ne peut que s’agrandir jusqu’à être considérable et peut-être dramatique pour l’avenir.

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Le trompe-œil de l’appel d’offres

On pourrait mettre l’accent sur le résultat de l’appel d’offres et sur le succès de l’un ou de l’autre. Mais a-t-on bien réfléchi qu’il s’agit d’une opération franco-française où les lauréats ont beaucoup travaillé, beaucoup investi de temps et d’argent pour que le sixième obtienne seulement 13 MW à construire et qu’à partir du 13ème, il obtienne 4,6 MW, et qu’à partir du 16ème, il n’obtienne que 2 MW et même beaucoup moins… ? Certains peuvent être satisfaits, mais que peuvent-ils faire avec 1 MW à construire ? Comment l’équipe peut-elle fonctionner ? Comment acquérir davantage de compétences pour aller plus loin et mieux ? Le savoir-faire acquis sur une construction pourra-t-il être utilisé sur une autre ? Y aura-t-il un autre projet à construire ? En définitive quel avenir peut avoir l’entreprise concernée ? Cf, Résultats de l'appel d'offres sur bâtiments CRE4.5, de 0,1 à 8 MW

C’est le défaut de ce système d’appel d’offres qui donne à chacun une chance de succès et qui la réserve en fait aux plus expérimentés, à ceux qui peuvent industrialiser les chantiers, qui peuvent tester différentes façons de construire, qui peuvent mettre en œuvre les nouvelles technologies. On se prépare à un émiettement de la détention des centrales.

S’il n’y avait qu’émiettement, on pourrait dire que chacun a droit à construire une installation photovoltaïque. A la condition qu’il n’y ait pas ces appels d’offres qui séparent de façon peu transparente les gagnants et les perdants… N’est publié que le prix de 0,072 € et 0,064 € le kWh selon le type de famille, sans faire connaitre le prix offert par le mieux disant, et si le prix retenu n’est pas celui du plus mauvais de la sélection… A quand une présentation non pas par le volume obtenu mais par le prix proposé ?

Les entreprises lauréates vont se satisfaire de ces attributions et se mettre au travail. Ceci évite de regarder ce qui se passe dans le photovoltaïque actuellement :

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Pas d’autoconsommation collective, pour le moment

Le Secrétaire d’Etat M. Lecornu en juin avait affirmé vouloir développer « l’autoconsommation collective dans le cadre d’un périmètre d’un kilomètre ». Le Sénat avait proposé un amendement dans ce sens. La commission mixte paritaire (Assemblée Nationale + Sénat) a rejeté cette possibilité. Les commentateurs se consolent en envisageant que cette autorisation sera inscrite dans la loi PACTE qui prévoit d’élargir l’autoconsommation collective à titre expérimental. Rien ne dit qu’il y aura inscription dans la loi et surtout qu’elle ne sera pas bridée par les conditions mises lors de son application « à titre expérimental. » Cette éventualité est reportée de plusieurs trimestres ! Faut-il s’en contenter ?

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Pas d’électricité verte

Que dire de l’appréciation de Greenpeace sur la distribution d’énergie en France ? Seuls trois petits distributeurs quasi-inconnus du public (Energie d’Ici, Enercoop, Ilek) distribuent de l’électricité verte à 95 %. Six autres ont fait des efforts et sont « sur la bonne voie » (Planète Oui, ekWateur, Energem-UEM, Gaz et Electricité de Grenoble (GEG), Sélia, Alterna). Les plus grands distributeurs (EDF, Engie, Total, …) continuent de fournir de l’énergie à partir de combustibles fossiles et, pour donner bonne conscience, achètent des certificats verts… (Classement des fournisseurs d’électricité verte en France). Autrement dit les grands distributeurs n’ont pas changé leur mode de fonctionnement et évitent de le dire. Ils restent dans l’ancien monde et essaient de donner le change… Rien n’a changé pour eux. Ils veulent ou voudraient que le monde continue comme avant, « comme quand ils avaient vingt ans » dirait Jacques Brel. Ainsi, pour eux, les énergies renouvelables sont des perturbateurs qu’il faut ostraciser.

Dès lors, on oublie de souligner que la région de France la plus ensoleillée n’est que la troisième dans les différents résultats d’appels d’offres, et donc dans les installations photovoltaïques. En revanche, on souligne et on met en avant l’inauguration de la plus grande centrale de la région Centre qui n’a que 18 MW alors que partout ailleurs, c’est quelques dizaines de mégawatts qui sont mis en service. On fait mousser ce qu’on peut…

Si les grands décideurs de France tant politiques qu’économiques cherchent à maintenir le passé, comment le présent ou le futur pourrait-il s'imposer ?

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Le photovoltaïque émerge de tous côtés et tout d’abord en Europe :

  - De nouvelles mesures sont prises en Italie pour réhabiliter les zones polluées, pour remplacer les toitures en amiante, pour développer l’autoconsommation…

  - En Espagne, cette semaine, le gouvernement a présenté une nouvelle série de mesures pour favoriser le photovoltaïque, supprimer la taxe solaire, favoriser l’autoconsommation, simplifier les procédures bureaucratiques d’installation et de connexion. Que ce soit les mesures passées ou présentes, les centrales solaires se multiplient en Espagne.

A quelques jours d’intervalle, on annonce que le fabricant de suiveurs espagnol STI Norland, largement inconnu du grand public va fournir 1.500 machines au Mexique, et que la filiale américaine du français Exosun s’est fait condamner pour plagiat de brevet, alors que sa société mère est en faillite. L’autre fabricant français Optimum Tracker n’a pu sortir de la période de faillite qu’en vendant tous ses brevets… A force de ne regarder qu’en France, un certain nombre d’entreprises ne sont plus outillées pour aller à l’étranger. Comme si on croyait encore que le pré carré était le centre du monde !

  - Au Portugal, durant la première quinzaine de septembre, 81 demandes d’autorisation de construction de centrales (pour 1,7 GW) ont été déposés auprès de l’administration. Or le réseau n’est pas capable d’absorber une telle vague de nouvelles productions. Dès lors, on met en place un plan d’extension du réseau. Ainsi, il doit s’adapter aux nouvelles productions.

  - En Allemagne, en octobre, IKEA va lancer la vente en grande surface de panneaux. De son côté, l’institut TUV Rheinland forme des jeunes chinois aux technologies modernes du photovoltaïque.

  - Au Royaume Uni, déjà, un certain nombre d’installations photovoltaïques sont construites sans aucune subvention et le pays développe rapidement une significative capacité de stockage d’énergies renouvelables

Ainsi, le contraste est fort entre l’attitude de la France et celle des autres pays européens. Si on voulait le confirmer, on reprendrait les propos du responsable commercial de LONGi, repris dans Tecsol du 27 septembre : « Le marché français est très contraint par la règlementation, il est très difficile à appréhender pour nous, fabricants chinois. Nous ne sommes pas habitués à autant de conditions à satisfaire pour pouvoir répondre aux appels d'offres ou bénéficier de FIT. C'est sûrement le marché du photovoltaïque le plus complexe que je connaisse » estime le directeur commercial qui fournit des projets sur les quatre continents. 

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Un renouveau européen ?

Au congrès EU PVSEC, les voix qui se sont faites entendre sont celles d’une volonté de renaissance de l’industrie européenne décimée par la vague chinoise du début de la décennie. Que des autorités tant industrielles que scientifiques essaient de réunir les bonnes volontés et de stimuler une renaissance de la fabrication dans la filière, est réconfortant et encourageant. Il a fallu tomber bien bas, avec la mise en liquidation de Solarworld ainsi qu'avec l’ouverture des frontières européennes liée à la suppression du prix minimum à l’importation, pour que l’opinion professionnelle s’émeuve et cherche une réponse. Elle passe par la création d’un syndicat professionnel l'ESMC (European Solar Manufacturing Council) qui associe les industriels avec des centres de recherche afin d’utiliser toutes les compétences pour produire dans les meilleures conditions (Association européenne pour représenter les fabricants et la recherche).

 Certes, cette association en est à ses débuts. Rien ne dit qu’elle parviendra à fédérer l’industrie et la recherche. Mais aussi et surtout, rien ne dit que des unités de production de plus d’un gigawatt pourront émerger du fait de la concurrence frontale des chinois qui savent qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner à laisser un ou des concurrents européens émerger. Ils feront du dumping comme ils savent si bien le faire pour couper tout émergence de concurrents européens. C’est là où les dirigeants des Etats et de la Communauté Européenne ont un rôle à jouer ! Qui l’emportera ? L’avenir reste ouvert.

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