L R AS Publié le mardi 25 septembre 2018 - n° 248 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le service rendu par la Chine à la planète !

Et si la Chine avait rendu un grand service à la planète ?

Les Etats Unis font face à une vague de commandes de centrales

 Des contrats de construction de solaire+stockage à des prix très compétitifs

L’Europe constate une multiplication de construction de grandes centrales

Des conséquences multiples

A NOTER

Les textes :

Et si la Chine avait rendu un grand service à la planète ?

Les réactions au moment de la publication de la nouvelle politique chinoise le 31 mai étaient catastrophées. On ne voyait que le conflit mondial entre la Chine et le Etats-Unis, l’envahissement des marchés occidentaux par les produits photovoltaïques asiatiques. Certains y voyaient à la fois une volonté d’hégémonie de la Chine sur le reste du monde. D’autres voyaient dans cette mesure, une rétorsion contre les droits de douane américains en baissant les prix et en rendant les droits de douane inefficaces. Certains prévoyaient l’effondrement des prix des panneaux sur les marchés… Rien n’était assez noir pour caractériser la situation mondiale.

Quatre mois après, les catastrophes annoncées ne se sont pas produites. On pourrait presque dire qu’il n’y a que des bonnes nouvelles issues de cette décision…

Ainsi, pour les Etats-Unis sur lesquels on dispose d’informations régulières, mais c’est aussi le cas de l’Europe.

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Les Etats Unis font face à une vague de commandes de centrales

Rien n’était assez noir sur les perspectives américaines en janvier 2018 si on écoutait les commentateurs autorisés. Il devait y avoir l’effondrement des installations photovoltaïques pendant deux ou trois ans ; le chômage généralisé dans la profession ; la régression de l’économie américaine sous l’effet de la contagion… Ce qui est vrai, c’est que les professionnels du photovoltaïque ont attendu durant le second semestre 2017 de percevoir comment la situation allait évoluer. Il était normal que les commandes de construction de centrales soient interrompues pour connaitre le prix des panneaux, une composante qui représente 46 % d’un projet. Au second semestre, les importateurs, craignant une revalorisation significative du prix des panneaux à cause des droits de douane ont stocké (pour l’équivalant de la construction pour six à neuf mois), faisant même remonter les prix mondiaux.

Dès que les droits de douane américains ont été publiés en janvier 2018, les développeurs ont pu élaborer des prix pour la construction de centrales. Ainsi, les commandes passées au cours du seul 1er trimestre représentent la moitié des constructions de l’année 2017 ! et celles du 1er semestre ont été supérieures à celle de l’ensemble des années 2014 ou 2015. Or, la décision chinoise ne date que du 31 mai. Elle a été trop tardive pour inciter les clients à passer commandes. En revanche, au 3ème trimestre, elle commencera à être influente d’autant que la baisse des prix sur les marchés a repris au second semestre 2018, réduisant le prix du kilowattheure sur la période (Bloomberg NEF annonce une baisse des prix de 24 %; GreenTech Media du 20 septembre envisagent 30 %).

On peut s’attendre à ce qu’une grande partie du portefeuille d’études de centrales qui s’élève à 24 GW, soit construit. Ce volume que les compagnies d’électricité envisagent de faire construire, le sera probablement car le crédit d’impôt fédéral de 30 % ne peut être perçu que si les travaux commencent avant la fin 2019. Ainsi, si on cumule l’avantage fiscal et la baisse des prix (à fin juin, les prix des panneaux malgré la surcharge des droits de douane de 30 % étaient revenus au niveau de janvier 2017, à 0,42 – 0,40 $ / watt). Depuis, les prix ont encore reculé sur les marchés mondiaux et les droits de douane doivent diminuer de 5 % l’an prochain, puis de 10 % en 2020. Une avalanche de commandes va être passée aux Etats-Unis, avec un achèvement en 2020 et en 2021. Les prix du kWh seront sans commune mesure avec les cours actuels !

Or on a déjà des centrales dans le monde (Mexique, Chili, Arabie Saoudite) qui vont être construites sur la base d’un prix du kWh de 0,02 à 0,03 $.

Augmentation des passations de commandes en 2018 aux Etats-Unis

 

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 Des contrats de construction de solaire+stockage à des prix très compétitifs

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le coût de la production d’énergie couplée à du stockage parvient aussi à des niveaux particulièrement bas. Un contrat a été conclu sur la base de 0,037 $ / kWh (contrat obtenu par l’américain Xcel Energy). Un autre par Tucson Electric Power avec NextEra sur la base d’énergie stockée à 0,045 $ / kWh ! Si l’énergie renouvelable intermittente peut être stockée à ce niveau de prix, rien n’empêche qu’elle se développe rapidement, d’autant que le prix du stockage devrait baisser de 5 % à 8 % pour chaque doublement de capacité installée. Or les estimations actuelles (celle de Wood Mackenzie-GTM) envisagent une multiplication par dix d’ici 2022, soit quatre ans.

Le stockage était la dernière difficulté avant de pouvoir utiliser les EnR de façon pérenne. On croyait que le gaz naturel pouvant être stocké remplirait les périodes de temps où le soleil ou le vent ne produirait pas assez d’énergie. Si cette difficulté disparait et surtout si cela rend l’énergie renouvelable stockée aussi bon marché (ou aussi chère) que le gaz naturel, rien ne s’oppose au développement des EnR dans le monde. Les centrales au gaz pour servir en période de consommation de pointe, sont de plus en plus refusées par les autorités de régulation au profit d’EnR stockées.

Ainsi, il y a un mouvement de fond dans l’ensemble des pays de la planète pour utiliser de plus en plus les énergies renouvelables. Avec cette conséquence que plus on les utilise, plus le coût de leur emploi diminue, amenant une généralisation de leur utilisation. Ce mouvement de fond est largement entamé aux Etats-Unis et surtout en Californie qui impose à partir de 2020 l’installation de panneaux solaires sur toute nouvelle maison d’habitation. La transition énergétique est en cours, ou plutôt on tourne déjà le dos aux combustibles fossiles. Les EnR fournissent de plus en plus les énergies nécessaires à la vie économique, même si leur rôle est encore limité. Il est irrésistible, car la seule contrainte, celle du prix, a été franchie victorieusement.

Les énergies renouvelables menacent désormais le gaz naturel

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L’Europe constate une multiplication de construction de grandes centrales

Le franchissement de la transition énergétique est moins évident en Europe, mais elle gagne de plus en plus l’Europe du Sud. Cette semaine, l’Italie instaure un avantage fiscal pour installer un système de stockage résidentiel à coté de panneaux solaires. L’Espagne s’ouvre aux énergies renouvelables avec différentes constructions de centrales : cette semaine, une centrale solaire de 300 MW (projet Talasol) a obtenu ses autorisations administratives, a déjà une aide européenne, et recherche un financement, préalable à la construction laquelle sera achevée début 2020. Cette semaine, il y a l’annonce du début de la construction d’une centrale de 85 MW par Enel. Unielectrica va construire 50 MW dans la région de Murcie. Le développeur espagnol Cox Energy 660 MW. 3,9 GW ont été  mis aux enchères en 2017 et entreront en exploitation en 2019-2020… Globalement en Espagne, le portefeuille de projets de centrales porte sur 21 GW, dont beaucoup sont prêts à être construits. Il est bien évident que la baisse du prix des panneaux et une construction en série provoqueront le lancement de nombreux chantiers.

L’approbation administrative au Portugal lance la construction de trois centrales d’une puissance globale de 145 MW. Le pays va construire aussi des centrales solaires pour fournir de l’électricité à son voisin. Welink Energy a déjà inauguré une centrale de 46 MW et en mettra une autre en service l’an prochain de 200 MW.

Il y a aussi le projet de 100 MW en Belgique (projet Crystal), de 110 MW (près de Groningue) et de 44 MW aux Pays-Bas.

En France, une centrale de 1 GW à 1,2 GW est en cours d’étude de faisabilité.

Toutes ces installations seront construites sans subvention publique et vendront leur énergie sur le marché ou plus sûrement dans des contrats de gré à gré avec les utilisateurs. Pour le moment, les promoteurs hésitent encore à lancer la construction de leurs projets, mais la baisse du prix des panneaux combinée avec la hausse du prix de l’électricité du réseau vont lancer les constructions. On est aux prémices d’une avalanche de production d’électricité à bas prix sur le marché espagnol, mais aussi dans le sud européen. La suppression du prix minimum début septembre pourrait être le déclencheur du lancement de ces projets.

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Des conséquences multiples

Les conséquences induites par la mise en exploitation de ces centrales sont difficiles à percevoir. Ce qu’on peut envisager, c’est que les acheteurs de cette énergie moins chère que celle du réseau et donc que celle des concurrents, vont redessiner, à horizon de trois à quatre ans, la compétitivité respective des uns et des autres sur chaque secteur économique. Les cartes vont être rebattues. Surtout à partir du moment où les dirigeants économiques percevront qu’il leur est plus rentable de passer des contrats à long terme d’approvisionnement énergétique. Le mouvement sera exponentiel. On a la chance en ce moment d’en déceler le début. Les changements qui découleront de cette production d’énergie non centralisée, non monopolisée, et laissant à chacun le soin de trouver le prix le moins cher, entraineront des bouleversements : par exemple, le kWh des contrats à dix ans souscrits en 2018 sera non compétitif avec celui qui sera signé d’ici quatre ans, et peut-être même deux ans… Comment les fournisseurs pourront-ils s’adapter pour réduire leur prix et pour conserver leurs clients car la tentation des utilisateurs sera grande à changer de fournisseurs… ? Les perturbations ainsi que les transformations économiques sont à venir.

A NOTER

La fin du prix minimum, mauvais signal à l'industrie du stockage, avertit Total

 

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