L R AS Publié le mardi 29 mai 2018 - n° 235 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur l'apport du photovoltaïque à notre vie

A travers le prix

L’adaptation réciproque du solaire aux consommateurs

Quelle évolution économique, faut-il envisager ?

L'économie sera dynamisée par un faible coût de l'électricité

A NOTER

Trois articles cette semaine indiquent dans quelle direction le photovoltaïque va évoluer au cours des toutes prochaines années. A travers le prix, à travers l’adaptation du solaire aux consommateurs, et enfin, quelle évolution économique il faut envisager.

A travers le prix

Au cours des cinq dernières années (2012-2017), le prix moyen d’une installation PV aux Etats-Unis a baissé de 12 % par an. Il est difficile d’être certain que cette tendance va se poursuivre au cours des prochaines années. D’où GTM retient une baisse annuelle moyenne de 7 %.

Ceci proviendra de la baisse du prix des panneaux qui de 0,37 $ / W actuellement, devrait baisser de 35 % (7 % par an) et parvenir à 0,24 $ / W. Ceci proviendra de la hausse du rendement des panneaux. De 16 % à 17 % actuellement, il devrait atteindre 20 %, ce qui constitue un gain de 20 %. Il s’y ajoutera l’apport de l’utilisation des panneaux bi-faces (+ 12,5 % à + 13 %).

Bien que le prix les onduleurs ait diminué de 10 % à 20 % par an dans le proche passé, GTM retient un recul de 5 % à 10 % pour les quatre prochaines années.

Par prudence, les autres coûts (main d’œuvre, équipement, …) sont estimés stables dans un proche avenir.

L’utilisation de suiveurs apporte aussi un gain important de rendement. Déjà dans le sud-ouest des Etats-Unis les panneaux à haut rendement montés sur suiveurs fournissent un taux de conversion de 30 %. Si on utilise des panneaux double faces et qu’on optimise le reflet sur le sol pour la face arrière (effet albédo), on parvient à 34 % de rendement, soit 20 % de plus que l’installation d’un panneau sur une structure fixe, et même à 38 % si les panneaux bifaces augmentent la production de 17 % à 20 %.

Tout ceci est évalué selon la technologie actuelle connue. Donc, sans envisager l’arrivée de panneaux bifaces à hétérojonction qui doit permettre de dépasser les 23 % de rendement (comme l’envisage Tongwei).

GTM tient compte des frais d’exploitation et d’entretien évalués à 7,50 $ par kWh, précisant que déjà des contrats entre 8 $ et 10 $ sont conclus sur le marché.

Pour estimer le prix de revient du kilowattheure d’ici quatre ans, GTM considère que le développeur profitera du crédit d’impôt fédéral sur l’investissement et qu’on aura atteint la fin des droits de douane aux Etats-Unis.

En fonction des paramètres ci-dessus, GTM parvient à un prix du kilowattheure compris entre 1,5 et 1,1 ¢ $ / kWh. Comme pour s’excuser d’un prix de revient aussi bas, GTM évoque les contrats déjà conclus en Arabie Saoudite (1,78 ¢ $ / kWh), au Mexique (1,97 ¢ $ / kWh) en utilisant les certificats d'énergie propre, au Chili (2,15 ¢ $ / kWh). A titre de comparaison, ce prix du kWh en euro serait de 1,3 ¢ € à 1 ¢ € alors que les derniers appels d’offres de grande surface en France s’établissent à 5,5 ¢ € / kWh et en Allemagne à 4,7 ¢ € / kWh.

Quel peut-être le prix du kWh en 2022 aux Etats Unis ?

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L’adaptation réciproque du solaire aux consommateurs

Cette étude de GTM souligne l’importance de la baisse du coût de l’électricité à venir au cours des toutes prochaines années. Ceci aura des conséquences considérables pour les consommateurs : cette baisse des prix que ce soit de l’électricité fournie par le réseau ou par les installations résidentielles fait envisager que l’utilisation de l’électricité va se diffuser et faire abandonner rapidement l’énergie fossile dans le chauffage, l’eau chaude sanitaire et pourquoi pas les véhicules.

Seulement la généralisation des installations solaires ne peut se produire que si différentes conditions sont réunies : la première est que les systèmes solaires soient reconnus comme prioritaires ou à privilégier. Ceci parait loin d’être le cas en France, alors que les panneaux solaires devront être installés sur toute nouvelle habitation en Californie à partir de 2020.

La seconde difficulté est qu’il faut convaincre le client d’installer un système solaire. Ce n’est pas simple. Après une période d’engouement qui a convaincu les passionnés de technologie ou les curieux de la nouveauté, c'est-à-dire selon les pays entre 2,5 % et 12,5 % de la population, il faut pouvoir généraliser la diffusion du photovoltaïque afin d’en faire un vrai générateur d’énergie. Avec un obstacle de taille : le prix. Il faut investir au démarrage un gros montant pour en profiter durant vingt ans… Les propriétaires ne voient pas pourquoi consacrer un tel montant pour un horizon si lointain, d’autant que les vendeurs qui divisent le prix du système par le montant reçu chaque année (dans le cadre d’un tarif d’achat), parviennent à une durée de remboursement de dix à douze ans : il faut donc attendre la seconde décennie pour tirer profit de cette dépense. Les propriétaires sont donc difficiles à convaincre. Ainsi, l’estimation du coût d’acquisition d’un client aux Etats-Unis atteint 4.000 $ selon GTM. Ce montant devrait être supérieur en France car l’installation solaire est loin d’être une priorité.

Le troisième obstacle est qu’il s’agit d’une nouvelle technologie qui est mal connue et surtout mal maitrisée par la population : autant les grandes centrales ont des postes de surveillance, des drones utilisant des caméras thermiques, des agents qui sillonnent les centrales pour déceler les anomalies de fonctionnement de tel ou tel panneau ou onduleur, autant un particulier n’a aucun moyen de localiser un composant défectueux, de détecter que son onduleur est en panne ou de percevoir une baisse de rendement de son installation. N'y connaissant rien, le propriétaire d’une installation doit s’adresser à un spécialiste. Mais où se trouve-t-il ? Qu’est devenu l’installateur d’il y a six ou dix ans, disparu après la purge du moratoire ? A qui s’adresser ? Le secteur de l’assistance est à créer.

Le propriétaire d’un système solaire va rechercher la fiabilité, la permanence de la production et la sécurité… De nombreux métiers vont être créés pour lui donner satisfaction : des liaisons avec des centres de surveillance pour détecter les anomalies de fonctionnement, des assurances pour le rendement de l’installation, des prestataires disponibles pour intervenir. Il s’y ajoutera très vite des professionnels qui préconiseront de changer les panneaux de dix ans d’âge, par des plus récents, car en 2009, la puissance d’un panneau était inférieure à 200 W, alors qu’on peut déjà trouver des panneaux ayant une production double…

Si on veut que les systèmes photovoltaïques se généralisent, il faut que les besoins des propriétaires d’installations soient pris en considération avant même que les installateurs n’interviennent. C’est à cette condition que l’énergie solaire se diffusera dans la population et qu’il pourra y avoir le développement de l’autoconsommation. Sans cette diffusion, on en restera à la fourniture d’énergie par des centrales solaires ou éoliennes, plus ou moins grosses et plus ou moins éloignées du lieu de consommation.

Comment faire pour que le photovoltaïque atteigne le marché de masse ?

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Quelle évolution économique, faut-il envisager ?

Ce que ne détaille pas GTM Research, mais qu’étudie l’Ecole Polytechnique de Lausanne, ce sont les conséquences de l’irruption des énergies renouvelables. Il le fait à travers trois scénarios : continuer avec les mêmes mesures que celles prises en 2011; poursuivre avec les mesures adoptées récemment en Suisse; et enfin en suivant une stratégie énergétique.

L'EPFL a évalué l'impact économique des énergies renouvelables

Il apparait tout de suite que la mise en œuvre des EnR en Suisse permet de quasiment tripler d’ici 2050 l’indépendance énergétique du pays car les ressources hydroélectriques seront fortement développées. L’apport de la biomasse sera quadruplé. Le solaire aussi mais restera moins significatif que ces deux autres sources d’énergies. Bien évidemment, la part des énergies fossiles (importées) seront d’autant réduites par rapport à la situation présente.

 Surtout l’efficacité énergétique sera créatrice d’emploi. Le nombre d’emplois en Suisse dans les secteurs liés à l’énergie serait de 35 % plus élevé dans le scénario « nouvelle politique énergétique » que dans les deux autres scénarios, atteignant 464.000 emplois contre 340.000. Ceci s’explique par les besoins de rénovation énergétique des bâtiments qui est effectuée par les entreprises locales. Les créneaux les plus porteurs d’emplois (sur la base des prix actuels de l’énergie) sont le transport public, le bâtiment-chauffage et les emplois indirects.

 Surtout, cette évolution de l’économie s’effectuerait à coût similaire pour les trois scénarios, à 24 millions de francs suisses par an. Ces chiffres incluent le coût des infrastructures (réseaux, unités de production, etc…), des mesures d’efficacité énergétique, et des importations de produits énergétiques (pétrole, gaz naturel, électricité, évalués aux prix d’aujourd’hui).

Les différences de coûts entre les scénarios étudiés sont inférieures à 10 %, ce qui, compte tenu de la marge d'incertitude, ne permet pas d'affirmer qu'une option est plus chère que l'autre. Les scénarios qui dépendent des ressources fossiles présentent une plus grande incertitude sur leur coût futur, car ils sont soumis aux prix du pétrole et du gaz dont l’évolution à long terme est plus difficile à prédire que celui des technologies.

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L'économie sera dynamisée par un faible coût de l'électricité

Un point fondamental qui n’a pas été évoqué par les études mentionnées ci-dessus, est que plus l’énergie est bon marché, plus l’économie peut être dynamique : d’une façon générale, lorsque le pétrole baisse, les coûts énergétiques des entreprises baissent permettant de réduire les prix de revient des produits les rendant plus achetables par les clients. Inversement, la montée du prix des hydrocarbures augmente les prix finaux des produits qui sont alors moins abordables par la population. Ceci veut dire que si l’électricité provenant des EnR baisse en dessous du prix du kWh nucléaire et bien sûr des hydrocarbures, la compétitivité des entreprises sera améliorée et les économies ayant le plus rapidement muté vers les EnR auront une longueur d’avance en termes de prix bas par rapport à celles qui dépendront encore de sources d’énergies plus chères. Or cette mutation doit intervenir d’ici quatre ans selon les calculs de GTM. Pour sa part, EDF envisage de conserver ses centrales nucléaires produisant du kWh à un prix bien supérieur pour une grande part de son parc pendant encore dix ans et considère qu’un certain nombre de centrales pourront tenir encore vingt ans. Ce n’est pas la capacité technique des centrales nucléaires qui est en jeu, c’est le coût financier des démantèlements des centrales qui entrave toute mutation énergétique de cette entreprise… Les démanteler conduirait à la ruine d’EDF.

EDF a publié sa position sur la programmation pluriannuelle de l'Energie

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