L R AS Publié le dimanche 27 mai 2018 - n° 235 - Catégories : réseaux

L'installation de micro-réseau dans les pays émergents est-elle un leurre ?

Les mini-réseaux paraissent la solution pour apporter aux 1,1 milliard d'humains n'ayant pas accès à l'électricité. L'Agence Internationale pour l'Energie estime qu'ils apporteront l'électricité à un tiers de cette population. L'achat d'équipement pouvant générer des revenus pour les villageois ruraux est considéré comme l'un des moyens les plus importants d'améliorer la bancabilité des mini-réseaux ruraux.

Les entreprises de mini-réseaux ruraux travaillent aujourd'hui avec les communautés pour comprendre quels seraient les équipements générateurs de revenus (appelés usages productifs de l'électricité) peuvent rendre des entreprises viables.

Un cycle vertueux est créé lorsque les développeurs de mini-réseaux ruraux permettent l’achat d’équipements qui augmenteront les revenus d'un client. Dans une situation idéale, l'augmentation du revenu du client couvre plus que le coût d'exploitation de l'équipement. Le profit qui en résulte permet au client de se payer des services supplémentaires alimentés par le mini-réseau.

Ce scénario est idéalisé.

La difficulté est de développer des usages productifs. Il peut y avoir de nombreux obstacles à l'adoption d'équipements à usage productif. Un de ces défis est la capacité limitée du client à payer pour le coût initial de l'équipement. Dans certains villages riches, l'électricité produite par le mini-réseau a permis de réduire par quatre le coût de fonctionnement des appareils, et l'acquisition de matériel a progressé très rapidement. En revanche, dans les villages les plus pauvres, il a fallu plusieurs années d'économies avant que les clients puissent acheter des appareils.

Le financement lui-même ne conduira pas à l'adoption d'équipement, car les villageois sont réticents au risque. Or il faut fournir un accès au marché pour de nouveaux produits ou une production accrue. Le plus grand défi pour utiliser l'électricité est l'absence de liens commerciaux ou encore de chaines efficaces d'approvisionnements ou de livraisons. Les entreprises qui fournissent des micro-réseaux, doivent souvent prendre en main les micro-entreprises afin de les lancer. Ces fournisseurs de micro-réseau cherchent des partenariats avec des organisations non gouvernementales ou des entreprises privées pour que celles-ci apportent l'expertise afin d'initier la croissance de la production et de la demande.

Souvent les fournisseurs d'électricité doivent identifier les micro-entreprises qui peuvent générer de la valeur. Il leur faut connaitre le marché au sein de la communauté locale. 

Autre aspect à analyser, les utilisations : parfois la tension électrique est trop faible pour l'utilisation de machines; parfois les puits sont trop éloignés du centre du village pour que des pompes puissent être utilisées; D'autres fois, il faut construire ou aménager les tuyaux de conduite de l'eau jusqu'aux champs, Quelques fois, la demande est de l'eau potable pour l'alimentation et il n’en reste plus pour arroser les champs.

 La problématique de l'électrification des zones non-raccordées est diverse, variée selon les communautés villageoises, et aussi reliée aux potentialités économiques locales. Ainsi, il ne suffit pas d'apporter des micro-réseaux, il faut élargir l'offre à bien d'autres facteurs imprévus, mais qui conditionnent l'utilisation de l'énergie.

PV Magazine du 26 mai

NDLR  Notre expérience personnelle durant plusieurs dizaines d’années en Afrique nous fait souscrire complètement à cette analyse. Et même d’aller plus loin : les européens vont avec leur connaissance dans des régions qui n’ont rien connu d’autres depuis des centaines d’années. Pourquoi voudraient-elles changer ? Comment le pourraient-elles alors qu’elles n’ont pas la culture technique ou le savoir pour mettre en place des machines ou pour réparer une simple panne. Enfin, la volonté de développement économique est souvent extérieure à leur conception. Comme me l’a indiqué un africain cet été dans la capitale du Bénin : « les africains sont des bons vivants. Ils ne veulent rien d’autre. » Il n’y a pas la volonté d’enrichissement qu’on trouve en Asie…

 

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