L R AS Publié le mercredi 02 mai 2018 - n° 231 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la brutalité de l’émergence du PV en Espagne-Portugal

Regard sur la brutalité de l’émergence du PV en Espagne-Portugal

L’Espagne (58 millions d’habitants) : en 2018, changement de décor; des entreprises du secteur PV déjà performantes

Le Portugal (10 millions d’habitants) : nombreux projets de construction de centrales

Un bouleversement est en train de se produire en Europe

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L’industrie allemande de production de machines pour le PV

Regard sur la brutalité de l’émergence du PV en Espagne-Portugal

Une vague de développeurs de projets photovoltaïques déferle sur l’Espagne et le Portugal. Ils viennent tous avec des ambitions considérables du fait des conditions actuelles du solaire dans la péninsule ibérique : la baisse des coûts des panneaux, un fort ensoleillement, l’existence de professionnels de la construction, l’intérêt des utilisateurs pour s’approvisionner en dehors du réseau, tout est fait pour qu’elle connaisse une explosion d’installations dans les semestres à venir.

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L’Espagne (58 millions d’habitants)

Lors de l’enchère mixte solaire-éolien proposée par le gouvernement espagnol en juillet 2017, les 3,9 GW proposés ont été obtenus uniquement par le solaire. Ceci ne fait pas une déferlante solaire.

En 2017, les installations solaires en Espagne n’ont été que de 135 MW (après 55 MW en 2016 !), ce qui a porté la puissance installée à 4,8 GW à la fin de l’an dernier. On ne peut pas parler d’un engouement l’an dernier, ni en 2016 !

En 2018, changement de décor :

En décembre dernier, le développeur espagnol a reçu l’approbation du ministère de l’Agriculture pour construire 500 MW en Estramadure. Il doit encore recevoir l’approbation du ministère de l’Energie. Dans cette même région, le ministère de l’Energie a signé un protocole d’accord avec un consortium international formé par le britannique Solarcentury, l’espagnol Genia Global Energy pour développer une centrale solaire de 300 MW.

En mars, on annonçait le rachat du projet à construire de 660 MW de Cox Energy par Sonnedix.

En mars, l’association solaire espagnole UNEF estimait qu’il y avait 24 GW en cours d’études en Espagne, que 4 à 5 Mds € devraient être investis dans des centrales au cours des deux prochaines années. Fin avril, la même organisation réévaluait le volume à 29 GW de projets solaires en préparation (précisant cette fois que ce chiffre comprenait les 3,9 GW de l’enchère gouvernementale). Autre indice du développement du PV, l’intérêt des clients utilisateurs d’électricité : selon l’UNEF, il y a un an, il n’y avait aucun contrat d’achat d’électricité entre un fournisseur et un consommateur. Actuellement, il y a une signature par semaine. C’est la conséquence de la compétitivité de l’électricité provenant des centrales solaires par rapport à celle du réseau.

Les centrales se répartissent sur tout le territoire : bien évidemment, les développeurs se concentrent dans le sud du pays (l’Estramadure et l’Andalousie), mais la région d’Aragon (à proximité des Pyrénées) espère faire aboutir huit projets solaires ayant une puissance cumulée de 398 MW. La région au centre de l’Espagne, la Castille, gère 60 projets ayant une capacité cumulée de 1,3 GW. Avalanche de projets solaires en Espagne

Des entreprises du secteur PV déjà performantes

Pour gérer cet afflux de projets, de nombreuses entreprises espagnoles ont une dimension internationale. Citons parmi les développeurs solaires : Acciona, Elecnor, Fotowatio, Cox Energia, X-Elio, Soltec, Alten Energias Renowables, … mais il y a aussi des constructeurs de panneaux tel que Solaria, … le fabricant d’onduleurs Ingeteam, … les fabricants de suiveurs tels que SRInorland, Nclave, Solar Steel, Abengoa, Soltec RE. Ainsi, l’Espagne est la première touchée par cette vague photovoltaïque qui va envahir l’Europe et en même temps elle est bien préparée industriellement pour y faire face.

La conséquence de ce mouvement de fond est que l’industrie va avoir un marché intérieur et pouvoir augmenter sa compétitivité, alors que jusqu’à présent, elle ne pouvait être présente qu’à l’international. Il faut s’attendre à ce que le renouveau européen de la fabrication de panneaux, d’onduleurs, de suiveurs vienne de l’Espagne car les entreprises vont étendre leur présence au fur et à mesure que le photovoltaïque gagnera d’autres régions plus septentrionales… On a peu entendu jusqu’à présent parler des entreprises espagnoles dans le photovoltaïque. On va mieux les connaitre car elles seront bien plus présentes dans les toutes prochaines années.

Comme pour marquer le caractère conquérant de l’Espagne, une nouvelle liaison électrique à haute tension de 2,2 GW est en cours de construction entre l’Espagne et la France. Elle doublera presque la capacité d’exportation électrique espagnole, la portant à 5 GW en 2025.

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Le Portugal

Ce pays de 10 millions d’habitants vient de se signaler en indiquant que pendant l’ensemble du mois de mars 2018, le pays avait été autonome (en moyenne) avec les énergies renouvelables, avec un taux mensuel de 104 % de la consommation (avec une pointe de 143 % des besoins et un plus bas de 86 %). Dans ce bilan, le solaire ne représente que 1,7 % car seulement 300 MW sont reliés au réseau, dont 166 MW sur les installations de moins de 250 kWc. L’hydroélectricité a apporté 55 % et l’éolien 42 %.

Nombreux projets de construction de centrales

Ce faible taux de solaire au Portugal est le résultat du passé. Plusieurs entreprises ont annoncé leur intention de construire des centrales : en décembre 2016, le chinois CNBM annonçait son intention de construire une centrale de 221 MW (projet Solara 4 Vaqueiros). L’irlandais WElink Energy annoncé en mars 2017 vouloir construire une centrale de 220 MW. Le chinois Dynavolt va faire construire une centrale de 29 MW (en janvier 2018). Natexis a acquis le droit à construire d’une centrale de 25 MW (en mars 2018).

Ainsi, alors qu’en novembre 2107, les développeurs avaient 521 MW à construire, un mois plus tard (fin 2017) c’était 756 MW qui étaient approuvés par l’administration mais non encore construits et tous sans subvention publique : ils s’engageaient à vendre l’électricité produite sur le marché libre. L’administration annonçait aussi qu’elle étudiait 91 projets solaires totalisant 2,2 GW (à l’échelle de la France, cela ferait près de 5 GW en construction et 13 GW en cours d’examen).

La ruée des développeurs sur le pays inquiète le gouvernement car il faut que la production des nouvelles installations ne perturbe pas le réseau et puisse être absorbée. Des mesures de sélection ont été décrétées pour retenir les projets dans les régions qui ont besoin d’énergie, et pour freiner ou refuser la construction dans les zones déjà trop équipées… Une première sélection de projets devait être faite au cours du mois de mars…

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Un bouleversement est en train de se produire en Europe

Ces deux exemples indique qu’un bouleversement est en train de se produire en Europe : le photovoltaïque sans subvention et avec vente sur le marché libre gagne les régions les plus méridionales du vieux continent. Les zones les plus favorables vont constamment s’agrandir avec la diminution des coûts. Surtout, la brutalité du mouvement est sous-estimée : s’il y a 22 GW de projets en Espagne et 2,2 GW au Portugal, ce n’est qu’un début. C’est surtout la violence du mouvement qui surprend : en trois à cinq semestres, on passe (en Espagne et au Portugal) d’une absence ou quasi absence de construction de centrales solaires, à un trop plein qui perturbe l’équilibre économique et social d’un pays.

Pour le moment, on n’a pas encore estimé les modifications que cela va faire courir tant aux compagnies nationales d’électricité (cela est connu et reconnu), qu’au reste de l’économie. Lors de Forum des Investisseurs qui s’est tenu à Berlin mi-avril, il a été souligné que a°) la transition énergétique était déjà en cours; b°) qu’on n’avait pas encore adapté l’électricité à de nombreuses industries telles que les cimenteries, les transports aériens et maritimes, la production d’acier, ou même les industries lourdes, grosses consommatrices d’énergie; c°) qu’il va y avoir la mise au rebut de très nombreux outillages ou équipements (un chiffre a été avancé de 200 milliards de dollars) qui sont autant d’investissements nouveaux qui seront faits mais qui répartiront différemment la richesse mondiale puisque ceux qui avaient des installations obsolètes, perdront leurs dépenses… d°) des modifications économiques profondes vont intervenir sans qu’on sache encore bien lesquelles et comment. Un exemple a été cité : aux Etats-Unis, le charbon représente 50 % du transport ferroviaire. On pourrait citer aussi les tankers transporteurs d’hydrocarbures. Il devrait y avoir bien d’autres secteurs économiques touchés par cette mutation énergétique.

Le développement du PV qui a émergé dans la péninsule ibérique va se manifester au cours des prochains semestres en Italie et dans le sud de la France. L’Europe qui n’a installé que 9 GW en 2017 selon IHS (y compris la Turquie qui a installé 1,8 GW), devrait selon GreenTech Media en installer entre 10 et 17 GW par an au cours des cinq prochaines années (sans qu’il précise si ce chiffre comprend ou non la Turquie). Ainsi, les installations passeraient de 111 GW actuellement, à 182 GW, soit une progression de 64 %. En considérant l’explosion des installations prévues en Espagne-Portugal au cours des deux ou trois prochaines années, il se pourrait que cette prévision se révèle une fois de plus inférieure à la réalité.

L'Europe va bénéficier d'un nouveau boom solaire

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L’industrie allemande de production de machines pour le PV

Il aurait fallu parler plus en détail de l’industrie allemande de production de machines pour le PV. L’impression qui en ressort est que l’émergence d’une industrie concurrente en Chine met les industriels allemands sur la défensive (et peut-être même en déclin), car si on parle de Meyer Burger pour les machines de coupe au diamant de lingots, il y a une cinquantaine d’entreprises en Chine (sans qu’on puisse affirmer qu’elles proposent des machines de meilleure ou de moins bonne qualité que le suisse).

Si on a une information sur la coupe au diamant, on ne connait rien du reste de l’industrie chinoise de matériel PV. Ce qu’on peut dire seulement, c’est que le chiffre d’affaires du 1er trimestre de l’industrie allemande a été réalisé à 97 % (la quasi-totalité) avec des couches minces et la production de cellules. Aucun chiffre d’affaires réalisé avec la production de panneaux, de production de plaquettes (coupe au diamant, …), de production de polysilicium ou de monosilicium... D’ailleurs les commandes rentrent moins vite… Ralentissement de l'activité en 2018 chez les fabricants d'équipements allemands; Fort recul des commandes d'investissement au 4ème trimestre 2017

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