L R AS Publié le mardi 24 avril 2018 - n° 230 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le tournant pris par le photovoltaïque cette semaine

La tentative de prise de contrôle de Direct Energie par Total

Une stratégie habile

Total n’achètera pas Direct Energie à 42 €

Le monde des pionniers du photovoltaïque est en train de passer

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Le document d’Enerplan

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A NOTER

les textes

Regard sur le tournant pris par le photovoltaïque cette semaine

Deux éléments indiquent qu’un tournant est pris dans le développement du photovoltaïque en France. Ils paraissent sans lien entre l’un et l’autre, et en même temps ils se renforcent et confirment le changement.

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La tentative de prise de contrôle de Direct Energie par Total

Le premier est la tentative de prise de contrôle de Direct Energie par Total. Le groupe pétrolier avait lancé il y a six mois une offre de fourniture de gaz et d’électricité en direction du grand public. Cette société qui contrôle des stations-service et qui distribue des produits pétroliers, pensait que ce serait une opération rapide, brillante et plein de succès. Elle s’appuyait sur une proposition choc, celle de réduire de 10 % la facture d’électricité, mais sans dire que l’abonnement de livraison et surtout les taxes restaient constantes. Dès que les utilisateurs ont compris qu’on réduisait de 10 % une seule petite partie de la facture, ils se sont demandés pour qui on les prenait… Ainsi, l’offensive blitzkrieg s’est transformée en échec. Seulement 500.000 clients ont franchi le pas.  Total veut acquérir Direct Energie;    Total et Direct Energie suite

Il fallait trouver autre chose et notamment une machine à recruter des abonnés. Direct Energie avait montré le chemin. Au cours de la seule année 2017, cette société avait collecté près d’un million d’abonnés (+ 24 % en un an), parvenant au chiffre respectable de 2,6 sites clients, devenant le 3ème distributeur de gaz + électricité en France derrière EDF et Engie. La cible s’identifiait d’elle-même car si l’acquisition se faisait, la taille critique était atteinte, et Total pouvait poursuivre sa marche en avant profitant de sa notoriété et de ses équipes.

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Une stratégie habile

Là où cette intention d’acquisition rejoint le photovoltaïque, c’est bien sûr que les énergies renouvelables constituent l’avenir de l’énergie et qu’il faut savoir investir à temps pour profiter du courant porteur. L’autre raison plus importante est qu’EDF est affaiblie car elle est engluée dans le nucléaire. Ce groupe veut à tout prix maintenir cette activité, quelque soit le prix qu’il fait payer à la communauté nationale. Or le dernier appel d’offres (CRE 4, tranche 3) a réduit le coût de l’électricité solaire au prix de 0,055 € le kWh. C’est à comparer au prix établi par EDF il y a une dizaine d’années, de 0,043 €; il faudrait y ajouter désormais les différents frais de maintenance ou de renforcement de la sécurité. C'est-à-dire que le solaire est parvenu au prix du kilowattheure nucléaire et qu’avec la baisse des coûts en cours, on parviendra très vite en dessous. C’est ce qu’avait compris les dirigeants de Direct Energie qui avaient lancé la construction ou le rachat d’actifs de production, jusqu’à détenir fin 2017, 1,3 GW de capacité dont 0,55 GW de solaire. Même si cet actif est pour le moment insuffisant, sa constitution permet de s’affranchir progressivement du monopole d’EDF, et de constituer un autre pôle de production d’électricité. Le choix de Direct Energie s’imposait donc à Total qui a les moyens d’investir massivement dans les centrales solaires ou éoliennes pour obtenir une électricité moins chère que celle d’EDF… et très vite convaincre les clients, non pas avec une baisse maximum de 10 % liée à des phénomènes conjoncturels, mais par un pourcentage bien supérieur si la bonne gestion est au rendez-vous. Ainsi, Total effectuait un transfert des hydrocarbures vers les énergies vertes, s’imposait face aux deux monopoles historiques, et menait une politique d’installations de centrales solaires ou éoliennes… La stratégie est habile.

Si les motivations de Total sont compréhensibles, celles des actionnaires de Direct Energie le sont moins (or, les actionnaires historiques ont approuvé cette vente). Est-ce l’impression que le parcours de leur entreprise a effectué le meilleur et qu’il sera difficile de progresser largement au-delà ? Est-ce la volonté de se retirer pour des raisons patrimoniales ? Est-ce parce que leur société commence à inquiéter les deux anciens monopoles qui ont les moyens d’arrêter sa progression ?

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Total n’achètera pas Direct Energie à 42 €

Actuellement, il n'y a pas d’autres cibles significatives de fournisseurs d’énergie. Total a saisi l’occasion de la déception qui a suivi la publication des comptes 2017 le 13 mars. Celle-ci a ramené le cours de bourse largement en dessous de ses plus hauts (55 € en juin 2017) à moins de 30 € par action. Total a proposé 42 € par action. Ce prix correspond à une fois le chiffre d’affaires ce qui est peu pour une société qui croît au rythme de 20 % par an et qui devient un danger pour EDF et Engie. Si la société était rachetée par Total, le danger deviendrait considérable et non-maîtrisable pour les deux ex-monopoles. Il faut donc que cette offre à 42 € échoue et qu’un autre acteur profite du brillant outil qui a été forgé. Est-ce au profit d’Engie qui augmenterait son offre sur l’électricité (77 % des clients de Direct Energie sont abonnés à l’électricité) ? Est-ce au profit d’un autre acteur ? Pour le moment, le maintien du cours de bourse au-dessus de 42 € dissuade tout vendeur de profiter du prix proposé par Total. Une surenchère va intervenir car la cible est intéressante. Surtout, elle donnera à celui qui l’acquièrera, une longueur d’avance sur les énergies autres que nucléaire. En effet, Direct Energie a acquis les actifs d’énergies renouvelables de Quadran, soit 550 MW fin 2017. Il rajoutera 180 MW d’EnR en 2018. Il poursuivra l’installation des centrales solaires ou éoliennes.

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Le monde des pionniers du photovoltaïque est en train de passer

On pouvait s’en douter avec le rachat des actifs de Quadran ou ceux de Fonroche : le monde des pionniers du photovoltaïque est en train de passer, au profit des grands groupes industriels ou financiers qui ont laissé les lanceurs de projets se familiariser avec les façons de concevoir les centrales, d’en organiser la construction, de parvenir à rentabiliser les installations. Désormais, cette volonté d’acquisition par Total signifie que la phase d’initiation et de lancement est terminée. Place à l’industrialisation des constructions pour lesquels il faut de gros capitaux, de grandes surfaces et ne plus mégoter pour 4 à 10 MW construits ici ou là ! Qu’on le veuille ou non ! D’ailleurs, EDF l’a déjà reconnu, avec son objectif de construire 30 GW d’ici 2035 (qu’on peut traduire par 2 GW par an !). Total a retenu la leçon. On ne peut pas le lui reprocher.

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Le document d’Enerplan

Le second élément qui souligne qu’un tournant est pris par le photovoltaïque en France, c’est le document commun présenté par Enerplan et le Syndicat des Energies Renouvelables. Il est signifiant.

Ces deux syndicats proposent de passer d’un rythme de construction de 0,9 GW par an, à 5 GW en 2028. On peut les construire mégawatt par mégawatt ! ou même 10 MW par 10 MW, mais il faudrait alors pouvoir construire de petites surfaces à la chaine. Il est bien plus probable que les surfaces de 100 MW ou davantage vont commencer à fleurir en France à la fois pour des raisons de commodité et de coûts (le coût du kWh est moins cher pour une centrale de 100 MW que pour celle de 1 MW : la conception, les achats de composants ou les installations reviennent moins chers). Ceci signifie que le secteur va vite s’écrémer au profit de grands groupes : ils auront les moyens humains, matériels et surtout financiers. Ils pourront apporter les 10 % à 20 % du montant d’un projet en capitaux propres. La taille des chantiers va faire apparaitre une catégorie d’acteurs de plus grande taille. Total l’a compris.

Parce que le document Enerplan-SER est conjoint, il présente des incohérences : d’un côté la croissance du parc passerait de 7,6 GW à 45 GW en 2018, soit 37,4 GW de plus, soit 3,7 GW par an. De l’autre, on veut faire passer le rythme annuel d’installation de 0,9 GW à 5 GW, soit une moyenne de 3 GW. Comme il faut un certain délai pour faire monter en cadence les installations, ou bien il faut davantage augmenter le rythme annuel, ou bien envisager que l’objectif de 45 GW ne sera pas atteint…  Proposition commune SER-Enerplan sur des objectifs solaires 2028

De même, comment un ministre considère-t-il sérieusement l’hypothèse que les effectifs du photovoltaïque n’augmenteront pas, alors qu’on lui parle de faire passer les installations annuelles de 0,9 GW à 5 GW ? 

Au-delà de ces remarques de chiffres, il faut faire attention à la signification que présente ce groupe de travail réuni autour du secrétaire d’Etat au MTES. Il signifie et souligne que les autorités de l’Etat s’intéressent de près à la situation du photovoltaïque, qu’ils ont compris que cette énergie s’imposera progressivement, et qu’il fallait revoir les procédures, les choix effectués, les objectifs, à la fois globalement dans le mix énergétique, mais aussi dans l’agriculture, dans les territoires ruraux, dans l’utilisation de l’espace, dans l’urbanisme, dans les zones insulaires, et de façon plus générale réexaminer la place du solaire dans les réseaux. Toutes les remarques, suggestions et problèmes évoqués par Enerplan ne seront pas solutionnés, mais même si 20 % ou 30 % d’entre eux l’étaient, ce serait une belle avancée du photovoltaïque. Ici encore, cette énergie cherche sa place dans la société et s’impose progressivement. C’est par ses coûts de production de l’électricité qu’il se fait de plus en plus reconnaitre.

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