L R AS Publié le mardi 20 février 2018 - n° 222 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la nouvelle étape franchie par le photovoltaïque

REGARD SUR LA NOUVELLE ETAPE FRANCHIE PAR LE PV

Le contrat First Solar et APS

Le choix du photovoltaïque pour la fourniture d’énergie de pointe

Pour se décider, les ingénieurs se sont penchés sur les deux plateaux de la balance :

L’énergie solaire sera dominante à partir de 2022

La situation financière d’EDF continue de se dégrader

A NOTER

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les textes

REGARD SUR LA NOUVELLE ETAPE FRANCHIE PAR LE PV

Le contrat First Solar et APS

Le photovoltaïque vient de passer cette semaine une nouvelle étape. Jusqu’à présent, associé au stockage il servait à réguler la fréquence et à assurer la stabilité du réseau. Accessoirement, il servait de sauvegarde pour les installations résidentielles. L’annonce du contrat entre First Solar et APS (Arizona Public Service) ouvre un autre horizon, celui du stockage pour fournir de l’énergie. Le contrat stipule qu’une installation solaire de 65 MWc va être installée à côté d’un système de batterie de 50 MW afin de fournir de l’énergie lors de la période de 15 heures à 20 heures tous les jours (la parité est proche de 1 pour 1). La batterie n’est plus un régulateur, mais un fournisseur d’énergie.

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Le choix du photovoltaïque pour la fourniture d’énergie de pointe

APS avait le choix entre la construction d’une centrale au gaz pour lui fournir en période de pointe de la journée, de l’énergie pour assurer la climatisation, et la solution proposée par First Solar. Il a préféré cette dernière proposition qui doit être opérationnelle en 2021. On ne connait pas le prix d’achat du kilowattheure. Seul élément de comparaison, la compagnie d’électricité Tucson Electric Power a proposé un prix de 0,045 $ le kWh pour les 100 MW de solaire et les 30 MW de stockage, soit un taux de 3 pour 1. Pour comparer, notons que les contrats d’achat d’électricité solaire se font sur la base de 0,03 $ / kWh. La batterie de 50 MW sera la plus importante des Etats-Unis après celle de 100 MW annoncée par Fluence, elle aussi prévue pour 2021.

Ainsi, dans les régions très ensoleillées des Etats-Unis, les premiers systèmes photovoltaïques associés à des batteries vont, à horizon prévisible, remplacer les générateurs à gaz qui paraissaient, il y a peu, comme le système de production d’électricité le plus performant. Ceci témoigne de la confiance des ingénieurs dans leurs anticipations de l’évolution des différents éléments constitutifs des prix du photovoltaïque et des batteries. Bloomberg estime que le coût moyen du stockage a baissé de 24 % en 2017 sur 2016, revenant à 209 $ / kWh, et que le volume mondial des installations s’est établi à 1,17 GW.

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Pour se décider, les ingénieurs se sont penchés sur les deux plateaux de la balance :

Ils ont étudié l’évolution probable du prix du gaz et l’anticipation de l’évolution des systèmes solaire + batterie, les deux évoluant de façon opposée.

Pour le moment, le prix de l’électricité issue du gaz naturel constitue la référence. Le prix du gaz dépend de l’évolution de la production de ce carburant. Or la mise en exploitation de plusieurs gazoducs aux Etats-Unis va le rendre plus disponible sur les lieux de consommation, ce qui aura un effet au cours des deux ans à venir. Au-delà, l’approvisionnement est plus incertain car les découvertes de gisement de gaz naturel en Amérique ont atteint leur niveau le plus bas depuis 70 ans, laissant une incertitude pour les années à venir. Les exploitants se sont jusqu’à présent contentés d’extraire le gaz ayant le prix de revient le moins cher, laissant en terre, le gaz le plus coûteux à extraire… La combinaison d’une rareté (peut-être temporaire) et d’un prix d’extraction qui s’accroitra, donne une première évolution des prix (à la hausse).

L’autre branche à examiner est l’évolution du photovoltaïque, avec une composante financière et technique. La composante financière est liée à l’attrait d’avoir une installation qui produit presque sans frais de l’électricité pendant vingt ou vingt-cinq ans, fournissant une visibilité des revenus. Pour un gestionnaire qui doit fournir des prestations de retraite (par exemple), l’investissement dans une installation photovoltaïque ou de solaire + batterie assurera des revenus pendant toute la période de paiement des retraites d’une tranche d’âge. C’est donc tout à fait adapté. De plus, il est judicieux d’avoir un actif non lié à l’évolution des indices boursiers qui ont bien monté depuis plusieurs années et qui pourraient se retourner… Enfin, la sécurité de revenu procuré par une centrale est sans comparaison avec le risque industriel des activités productives et même avec la situation de l’immobilier qui a périodiquement des frais de rénovation ou d’entretien. La détention d’une centrale est donc idéale pour un financier, ce qui veut dire qu’ils sont prêts à diminuer le taux de rendement de leur placement en contrepartie de ces avantages : le coût du capital (et donc les taux d’intérêt) ne peut que baisser au fur et à mesure que ces avantages intrinsèques seront mieux perçus. A ces avantages financiers, s’ajoute celui que toute inflation des prix à la consommation entraine dans son sillage celui du kilowattheure, augmentant ainsi la rentabilité des exploitations.

La composante technique du photovoltaïque est bien connue : le prix du silicium devrait baisser de 20 % en 2018, le ramenant à 14 $ ou même 13 $ / kg du fait de l’augmentation de l’offre. La coupe au diamant réduit le coût d’une plaquette de 10 à 20 %, les plaquettes au silicium sont de plus en plus fines revenant de 7 grammes de silicium en 2010, à 4,8 grammes en 2016; il est prévu 3,6 grammes en 2020 (- 25 % en quatre ans). Les cellules bénéficient d’améliorations techniques telles que le PERC, le bifacial, la demie cellule. Aux Etats-Unis, le coût de la cellule devrait revenir à 0,20 $/watt, et le prix du panneau de 0,40 $/watt au 3ème trimestre 2018, à 0,30 $/watt en 2019. Les prix des onduleurs vont aussi enregistrer une forte baisse des prix : actuellement compris entre 0,05 et 0,06 $/watt, ils vont reculer de 5 % par an, avec un plus fort recours aux onduleurs en réseau (string). Le coût des suiveurs devrait lui aussi reculer en réduisant l’utilisation de l’acier et en les fabricant en plus grande série. Ainsi, le coût de l’énergie solaire, en y incluant les droits de douane américains, devrait revenir en dessous de 1 $/ watt avec des suiveurs à un axe. Le prix du kilowattheure s’installe durablement en dessous de 0,03 $. A ce niveau, le solaire supplante le gaz naturel dans de nombreuses régions. Le coût du stockage doit baisser de 10 % à 20 % par an (- 24 % en 2017). Le solaire est sur le chemin de la domination énergétique mondiale

 

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L’énergie solaire sera dominante à partir de 2022

Ainsi les experts envisagent que l’électricité solaire à concentration avec batteries sera l’énergie dominante à partir de 2022 en Chine. L’énergie solaire PV à partir de 2023. L’électricité d’origine éolienne le serait à partir de 2024 en Allemagne et Royaume Uni. Comme les experts ont tendance à se tromper en prenant une plus longue durée qu’il ne faut en réalité, il faut envisager que l’énergie solaire sera dominante autour de 2020, soit dans trois ans.

Un facteur va jouer en 2018, celui d’une probable et forte baisse des prix des panneaux du fait de la conjonction de deux facteurs : la volonté des autorités chinoises de limiter les installations photovoltaïques entre 40 à 45 GW en 2018, contre 53 GW mis en service en 2017. Ceci indique que 10 GW de panneaux seront à vendre ailleurs qu’en Chine. L’autre facteur provient des stocks de panneaux constitués au cours du second semestre 2017 aux Etats-Unis en prévision de possibles droits de douane (selon les sources, ils s’élèvent entre 3 GW selon GTM, et 6 GW selon le Crédit Suisse et EnergyTrend). Ceci représente un quart à la moitié des installations annuelles des Etats-Unis. Les détenteurs de stocks vont s’en libérer et ne pas importer tout de suite. De plus, la crainte de droits de douane a interrompu les projets de construction de grandes centrales, les plus consommatrices de panneaux. Dès lors, il y a une quinzaine de gigawatts qui ne seront pas demandés au cours du premier semestre 2018; comment feront les fabricants qui ont augmenté leurs capacités de production ? Comme à leur habitude, ils baisseront leurs prix pour convaincre les acheteurs. Ainsi, le directeur général de l’américain Sol Systems estime que le prix des panneaux devrait revenir en dessous de 0,40 $/watt au 3ème trimestre 2018, malgré la présence de 30 % de droits de douane, et que le prix des panneaux reviendra en dessous de 0,30 $/ watt en 2019 (soit une baisse de 25 % en une année). Cette baisse des prix ne peut qu’augmenter l’attrait de l’énergie solaire et accélérer la mutation énergétique du gaz naturel vers le photovoltaïque. C’est une question de quelques années.

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La situation financière d’EDF continue de se dégrader

EDF est en quelque sorte victime de cette émergence des énergies renouvelables. La direction s’est attachée trop longtemps à l’exploitation du parc nucléaire français. Ses comptes annuels en sont la traduction cruelle : le chiffre d’affaires décline depuis trois ans et stagne depuis plus de cinq ans (jamais la production d’énergie nucléaire a été aussi faible à cause des arrêts de centrales, voulus ou subis). Le bénéfice avant amortissements, provisions et frais financiers (EBE ou ebitda) a diminué de 16 % en 2017 sur 2016. Il est à son plus bas niveau depuis 2006. Le bénéfice net courant (celui qui est comparable d’une année sur l’autre et n’est pas affecté par les plus-values de cession comme en 2017) est en diminution de 31 % à 2,8 M€. Ces chiffres ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais c’est la tendance à la baisse qui signale l’essoufflement du groupe et son manque de dynamisme.

De son côté, Greenpeace met l’accent sur l’inquiétante situation financière du groupe car la dette financière brute (sans en retirer la trésorerie) a triplé en dix ans et représente plus d’une fois le chiffre d’affaires. L’endettement croissant de la société avec une rentabilité en baisse entraine un étranglement financier qui exigera de multiples augmentations de capital (dont 85 % est payé par la collectivité française). Ces apports de capitaux ne feront que maintenir une société qui n’a pas d’avenir en tant que telle. Plus grave, on ne perçoit pas d’avenir en cours d’édification. La conclusion de Greenpeace est sévère et même en dessous de la réalité : « La santé financière d'EDF continue de se dégrader. Il va devenir de plus en plus difficile pour l'entreprise de faire face à ses engagements, notamment le développement des énergies renouvelables, le grand carénage des réacteurs ou encore la construction des deux réacteurs à Hinkley Point »

Comptes 2017 d'EDF

Appréciation de Greenpeace sur les comptes 2017 d'EDF

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A NOTER

Résultat de l'appel d'offres CRE 4 tranche 3 (CRE 4.3)

Lauréats de l'appel d'offres pour les installations solaires innovantes

Appréciation du résultat de l'appel d'offres pour les projets solaires innovants

Commentaire sur l'appel d'offres CRE 4.3 par GreenUnivers

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