L R AS Publié le mardi 23 janvier 2018 - n° 218 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV du 23-1-18 : la baisse du prix du kilowattheure, un perturbateur des habitudes !

Le sommaire

Faire des économies en s’appuyant sur les producteurs décentralisés d’énergies

Supprimer la facturation nette au profit d’une contribution au réseau

Ce qui entraine une différenciation monétaire entre les lieux d’installations distribuées

Les centrales à gaz ne sont plus les bienvenues !

Conséquence du prix bas de l’électricité, le développement de l’autoconsommation

Des objectifs d’installations d’EnR

Des installations de stockage

De la gestion énergétique des bâtiments

A NOTER

.


les textes

LA BAISSE DU PRIX DU KILOWATTHEURE, UN PERTURBATEUR DES HABITUDES !

On n’a pas fini de découvrir ce que peut apporter la baisse du prix de l’électricité provenant de l’effondrement du coût de production des panneaux. Désormais, le kilowattheure solaire ou éolien se situe à proximité du coût de fabrication de l’électricité produite par les centrales nucléaires (en France), en dessous de celle des centrales à gaz aux Etats-Unis. Cette situation incite les particuliers ou les entreprises à s’équiper de systèmes solaires et de plus en plus de stockage.

.

Faire des économies en s’appuyant sur les producteurs d’énergies décentralisés

Les compagnies d’électricité américaines qui voient la situation se dégrader avec des clients de plus en plus équipés de systèmes de production, s’interrogent sur la façon de cohabiter avec ces producteurs. Ils ont cherché à instaurer des taxes, redevances ou pénalisation des systèmes, mais rien n’y a fait, la tendance au développement des énergies renouvelables se poursuit de façon irrésistible. Alors, changement d’orientation, les compagnies cherchent à se concerter avec les propriétaires d’installation. Voyant leur volume de distribution s’effriter, les compagnies cherchent à économiser sur les investissements d’infrastructure.

Leur dernière idée est d’analyser très finement la carte géographique des installations, de repérer les emplacements où le réseau se scinde en sous-parties, et là où il y aurait lieu d’installer une sous-station. Cet équipement sera remplacé par une coordination avec les gros producteurs décentralisés d’énergie : les compagnies vont passer des accords avec ces propriétaires pour mieux connaitre leurs systèmes d’exploitation, leur production demie heure par demie heure, ou même quart d’heure par quart d’heure, et si possible de façon instantanée, afin de déterminer comment ce lieu de production décentralisée peut contribuer à la stabilité du réseau de distribution. D’une certaine façon, la compagnie s’appuie sur ce producteur indépendant pour qu’il contribue à bien faire fonctionner le réseau. Il en résulte d’une part que la facturation nette qui rémunère de façon indifférente tous les excédents d’énergie sans distinction d’origine ou de montant, est une notion appelée à disparaitre au profit de la priorité accordée aux installations de production décentralisée de taille suffisante pour contribuer à la qualité du réseau. Les compagnies vont privilégier ces quelques producteurs du fait de leur situation géographique particulière et négliger les autres producteurs qui pourraient même être considérés comme des perturbateurs du réseau, plutôt que des contributeurs efficaces…

.

Supprimer la facturation nette au profit d’une contribution au réseau

Ceci se manifeste déjà à New York. Un tarif particulier a été instauré, intitulé « valeur des ressources énergétiques distribuées » réservé aux grands clients commerciaux et industriels et aux communautés. Chaque grande installation solaire est évaluée en fonction de son intérêt et obtient une notation. La Commission de la fonction publique de New York considère ce tarif comme une « première étape » vers l’élimination progressive de la facturation nette, qui restera en place pour les clients résidentiels jusqu’en 2020.

La Californie, de son coté, a introduit « Net Metering 2.0 », dans lequel les données du système de distribution seront utilisées pour créer des cartes de capacité, pour localiser les puissances décentralisées installées, et finalement pour modifier le processus de planification de la distribution. Comme avec le tarif « Valeur » de New York, il a été reconnu qu'il s'agit d'un état transitoire. La commission des services publics a décidé que l'ensemble du programme de comptage net sera réévalué l'année prochaine, une fois les données d’installations localisées. Chez ces deux Etats pionniers, il s'agit de la valeur de l'alimentation de secours ou de l’alimentation de base, valorisée au niveau de la compagnie d’électricité ou du réseau.

.

Ce qui entraine une différenciation monétaire entre les lieux d’installations distribuées

D’autre part, la conséquence en est de modifier en profondeur la valeur géographique des installations : à partir du moment où telle installation peut contribuer à fournir une prestation à la compagnie et telle autre n’est pas sollicitée, une rémunération différentielle s’instaure entre les deux centrales. Les premières obtiennent un avantage durable que les secondes n’ont pas. Mais comme le dit le SEIA américain, on ne constatera qu’à long terme, les avantages pour le réseau et pour les propriétaires d’actifs

Autre adaptation des réseaux, celui de l’adéquation des générateurs d’énergies renouvelables à la demande. Jusqu’à présent, on construisait un peu tout et n’importe où. Les compagnies souhaitent de plus en plus adapter les capacités de production à la consommation. Déjà au printemps, il y a une assez bonne adéquation entre la demande et l’offre à cause de l’hydroélectricité. En revanche, les fortes chaleurs de l’été font recourir aux climatiseurs, et il n’y a pas assez de centrales aux énergies renouvelables pour satisfaire les besoins. Nul doute que ce déséquilibre sera corrigé pour limiter le recours à des centrales au gaz ou bien aux importations pour satisfaire les pointes de consommation.

.

Les centrales à gaz ne sont plus les bienvenues !

Aux Etats-Unis, cette semaine, la baisse des prix de l’énergie renouvelable a obligé deux compagnies l’une en Californie, l’autre dans le Michigan, à reporter ou probablement à annuler le projet de construction de centrales au gaz. Elles se sont vues contester l’intérêt de telles constructions !

L’autorité de régulation de Californie voulait disposer d’énergie pour les pics de consommation. Elle a refusé le projet du constructeur qui prévoyait une centrale au gaz. L’argument du refus est simple : l’usine ne fonctionnerait que quelque temps chaque année, entrainant un coût élevé pour la collectivité. En revanche, la construction d’une centrale utilisant les énergies renouvelables accompagnée de stockage permettrait de fournir de l’électricité toute l’année. Le stockage servirait de sauvegarde pour les pointes de consommation.

Dans le Michigan, la compagnie d’électricité voulait remplacer trois centrales vieillissantes d’un total de 1,8 GW. La compagnie envisageait une nouvelle centrale de 1,1 GW. Les promoteurs du solaire ont réagi en critiquant les données obsolètes de la direction de la compagnie, le caractère polluant de l’usine, le surcoût d’une telle centrale par rapport à des installations d’énergies renouvelables, les risques courus par une seule unité (périodes d’entretien, pannes, …) par rapport à un mix d’installations (solaire + éolien + stockage).

Dans les deux cas, l’installation traditionnelle au gaz s’est faite bousculée par les énergies renouvelables.

Un phénomène comparable se produit en France : le gouvernement a décidé la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim lorsque l’EPR serait mis en exploitation. Il a mis en place cette semaine une organisation pour assurer la transition afin d’utiliser au mieux l’espace de la centrale de Fessenheim. Qu’a-t-il choisi ? Une reconversion basée sur les énergies renouvelables « afin d’en faire une vitrine nationale de la transition énergétique » !

.

Conséquence du prix bas de l’électricité, le développement de l’autoconsommation

Autre modification liée à la baisse des prix de l’énergie, le développement de l’autoconsommation. En France, le phénomène est encore peu développé. Il l’est davantage en Allemagne. L’information importante de la semaine est que le Parlement Européen propose que les autoconsommateurs n’aient pas de frais, de redevance ou de taxes à payer sur leur production. Reste le coût du raccordement au réseau et donc à la compagnie d’électricité (EDF), qui n’est pas visé par cette proposition. Ceci est d’autant plus intéressant que la Commission de Régulation de l’Energie doit se prononcer prochainement sur la contribution des autoconsommateurs aux frais du réseau. Elle ne souhaite pas que le coût du réseau ne soit supporté que par ceux qui n’ont pas franchi le pas de l’installation d’un système solaire et d’un stockage…

.

Des objectifs d’installations d’EnR

Autre modification liée à la baisse des prix de l’énergie, le Parlement Européen propose de fixer l’objectif contraignant d’énergie renouvelable à 35 % à horizon 2030 (au lieu de 27 % jusqu’à présent). Il ne s’agit que d’une proposition, mais la baisse du coût de l’énergie renouvelable baisse si rapidement, que le niveau de 35 % pourrait encore être trop bas d’ici treize ans, puisque déjà en Allemagne ou en France le prix du kilowattheure se situe entre 0,04 et 0,05 €, alors qu’EDF avait annoncé il y a une dizaine d’années que son prix de revient du kWh était à 0,045 €. Ainsi toute baisse supplémentaire du coût de la construction, fera basculer les EnR en dessous de toutes les autres sources d’énergie !

.

Des installations de stockage

Alors l’intérêt des industriels évolue vers la conservation de l’énergie, à travers le stockage :  deux propositions de batteries à flux ont été signalées cette semaine. Il faut retenir celle de Lockheed Martin Energy qui commercialisera sa batterie en fin d’année. La puissance industrielle de ce groupe américain en fait un redoutable concurrent à venir.

.

De la gestion énergétique des bâtiments

L’intérêt des industriels va aussi vers la gestion de l’énergie. Ainsi, une filiale du constructeur d’automobiles Nissan lance sur le marché britannique un kit de gestion d’énergie domestique pour 3.880 £, soit 4.400 €, qui comprend des panneaux solaires, une batterie au lithium-ion fabriquée par Nissan et un système de gestion de l’énergie élaboré par Eaton Energy. A ce prix, et même s’il sera difficile de convaincre les premiers clients, le prix est très raisonnable surtout si l’ensemble permet de réduire la facture d’électricité. Jusqu’à 66 % affirme Nissan !

 

A NOTER

Photowatt veut se placer en amont de la filière PV

DZS (SunPower) présente un panneau à bardeaux de 400 W

Evolution de la demande de fils diamantés : quelques données

Nouvelles augmentations massives de capacité de production en Chine LONGi, Tongwei, …

S'inscrire à la newsletter "Le Fil de l'Actu"