L R AS Publié le mardi 09 janvier 2018 - n° 216 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 216 du 9 janvier

 Bonne année à tous nos lecteurs, Beaucoup de satisfactions familiales et professionnelles.

 

le sommaire :

LE MONDE PARAIT VOULOIR REAGIR CONTRE LA POLITIQUE CHINOISE

L’Europe se dote d’un cadre réglementaire qui pourra peut-être protéger les productions intérieures

Pour endiguer les importations, la politique américaine devrait être bien plus musclée

Taïwan a commencé à réagir contre son voisin chinois

L’Inde veut se faire une place dans l’industrie photovoltaïque mondiale

Comment évolue la Chine dans ce contexte ?

Quel effet sur la disponibilité des panneaux et quelle sera l’orientation des prix en 2018 ?

A NOTER

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présentation des textes

LE MONDE PARAIT VOULOIR REAGIR CONTRE LA POLITIQUE CHINOISE

L’Europe se dote d’un cadre réglementaire qui pourra peut-être protéger les productions intérieures

Pour un européen, la décision de la Commission le 13 décembre dernier de définir un nouveau cadre antidumping contre les importations chinoises de panneaux (comme d’autres produits), est fondatrice d’une nouvelle attitude, de nouvelles possibilités juridiques et peut-être d’un renouveau industriel. Si on en croit Milan Nitzschke, président de Eu Prosun et porte-parole de l’association industrielle AEGIS (La nouvelle législation antidumping européenne protégera mieux les industriels européens selon Milan Nitzschke), qui défend les intérêts des fabricants européens de panneaux, « ces nouvelles règles offrent une plus grande sécurité juridique pour des mesures antidumping. » Elles permettent une évaluation complète et à jour de la mesure à prendre en fonction de l’économie du pays d’origine, et de la façon dont la libre concurrence y est déformée par les autorités politiques de cet Etat. C’est la conséquence de l’abandon de la référence à l’économie de marché quel la Chine avait souhaité obtenir en 2016, mais non accordée par les Européens.

Selon les termes de la Commission, « celle-ci devra désormais prouver l’existence d’une ’’distorsion significative de marché’’ entre le prix de vente d’un produit et son coût de production. Elle pourra alors fixer un prix pour ce produit en se référant par exemple au prix du bien dans son pays d’origine ayant un niveau de développement similaire ou à des coûts et prix internationaux non faussés et pertinents ».

 Ainsi, selon Milan Nitzschke, même si la Commission veut éliminer les prix minimum l’an prochain, on pourra l’en empêcher car les nouvelles dispositions européennes permettent de prendre des mesures contre le dumping.

Les européens sont donc bien formalistes et juridiques, car la preuve pourra peut-être être bien plus difficile à prouver qu’on ne l’imagine, car comment aller chercher les prix des panneaux qui sont vendus en Chine ? En tout cas, c’est un début de réaction et il faut le prendre comme tel, car l’industrie PV européenne ne pourra se réveiller et se développer que si le marché intérieur est dynamique, ce qui est encore à démontrer…

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Pour endiguer les importations, la politique américaine devrait être bien plus musclée

Tout autre est la politique américaine d’endiguement des flots d’importations de produits PV chinois. Certes, aucune décision du président Trump n’est encore prise (il a jusqu’au 26 janvier pour le faire), mais les quelques informations qui sont disponibles font envisager une réaction violente. Selon une note confidentielle de la Maison Blanche (D. Trump serait fortement incité à prendre de fortes sanctions commerciales), de fortes sanctions commerciales seraient étudiées contre les fabricants étrangers de panneaux solaires. Selon cette note, les mesures seraient plus sévères que celles demandées par Suniva et SolarWorld

Si cette note peut être de l’intox, le rapport de la Commission américaine du Commerce International (USITC) pose des bases juridiques à l’instauration de sanctions sévères (Le rapport de l'USITC incite le président à imposer des sanctions rigoureuses sur les importations solaires) : la Chine est accusée de mettre en place des subventions gouvernementales et d’étendre sa production au-delà de ce qu’il pourrait utiliser dans le pays. L’USITC accuse la Chine de détourner les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. Les Etats-Unis sont contraints de constater « des développements imprévus » du fait de l’attitude de la Chine, facilitant l’inondation des autres pays avec des produits à bas prix de dumping. Ces « développements imprévus » donnent le droit aux Etats-Unis d’imposer des sanctions sévères sur les importations de panneaux solaires.

Cette différence d’approche entre l’Europe et les Etats-Unis traduit la faiblesse politique de celle-là, et la conviction de son bon droit de celui-ci ! Elle traduit un rapport de force vis-à-vis de la Chine. En effet, et à l’occasion de ce bras de fer, les américains vont faire payer à la Chine les mesures douanières sur le silicium qui interdisent de fait les ventes des fabricants dans le seul pays qui a créé une filière photovoltaïque florissante. Ceci fait dire que la bataille commerciale qui a commencé en 2017, a encore de belles perspectives en 2018.

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Taïwan a commencé à réagir contre son voisin chinois

 Si l’Europe et les Etats-Unis ont commencé leur contre-offensive envers la Chine, d’autres pays la lancent, eux aussi. Pour mémoire, les taïwanais qui vivaient en bonne intelligence avec les fabricants chinois, sont depuis dix-huit mois victimes de pression pour réduire les prix, pour rendre déficitaires les entreprises de l’ile, et donc pour les faire disparaitre. Les chinois reprennent actuellement leur offensive pour ruiner l’industrie taïwanaise de cellules en proposant des plaquettes chères et l’achat de cellules à bas prix. Certaines entreprises taïwanaises ont commencé à réagir en se regroupant fin 2017 afin de constituer le cinquième groupe mondial de fabrication de cellules dans le but de réduire les prix, mais comment pouvoir peser dans les négociations si on ne maîtrise pas les approvisionnements en amont, ni la fabrication des panneaux en aval ? C’est pourquoi, certains se lancent, un peu tard, dans la fabrication de panneaux, mais c’est encore marginal.

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L’Inde veut se faire une place dans l’industrie photovoltaïque mondiale

Le gouvernement lance un programme ambitieux d’installations de panneaux afin de réduire les importations d’énergie et réduire la pollution des villes. Seulement, ce sont les chinois avec leur capacité de production qui tirent les marrons du feu, assurant 85 % des importations : ils fournissent ainsi les panneaux pour plus des deux tiers des installations PV puisque sur les 7 GW installés au cours des neuf premiers mois de l’année civile, les indiens n’ont produit que 2 à 3 GW de panneaux (l’approximation est révélatrice de l’absence de statistiques en Inde et de l’insuffisante compétitivité indienne. Les importations devraient encore avoir réduit ces chiffres). Les chinois ont ainsi profité du programme d’installation en Inde : les importations sont passées de 1,3 GW au cours de l’année fiscale 2014-15, à plus de 8 GW cette année. L’industrie indienne ne profite pas des installations PV. De plus, prétextant une demande mondiale soutenue en juillet-août dernier, les Chinois ont suspendu leurs livraisons ou ont majoré leurs prix au mépris des contrats signés. Dès lors, après avoir lancé les installations PV, le gouvernement indien se lance dans l’édification d’une industrie, étant prêt à investir 1,7 milliard de dollars pour la stimuler (L'Inde élabore un plan de production de panneaux photovoltaïques de 1,7 milliard de dollars) : il s’agit de développer la production embryonnaire de cellules et de panneaux, mais aussi et surtout de créer une industrie du silicium et de plaquettes pour constituer une filière complète et pourvoir s’affranchir des importations de composants. Pour cela, il lance un appel d’offres, promet des subventions aux producteurs, supprime les droits d’entrée des machines de production, et envisage l’instauration d’une taxe de 7,5 % sur les produits importés. Les fabricants indiens réclament de telles protections douanières pour avoir les moyens de mettre en place des chaines de productions performantes…

 Comme la volonté indienne de se développer et de migrer vers l’énergie solaire ne fait pas de doute (10 GW de centrales flottantes sont envisagés), il lui faut prendre les moyens de faire croître son industrie. Ceci n’est pas facile car l’Organisation Mondiale du Commerce veille : les Etats-Unis ont fait condamner l’Inde pour ses pratiques de préférence nationale… Néanmoins, cette volonté d’industrialisation se mettra en place. Un nouveau front va émerger contre la volonté d’hégémonie de la Chine. Il faut attendre deux ou trois ans pour qu’il apparaisse clairement, mais il veut émerger.

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Comment évolue la Chine dans ce contexte ?

Dès lors, tous les regards se tournent vers la Chine en ce début d’année. Elle tient la clé de la croissance (ou en décroissance) mondiale des installations photovoltaïques. Sa part de marché a constamment progressé au cours de ces dernières années, passant de 26 % en 2015, à 38 % à 2016, et probablement à 50 % en 2017 : déjà, on peut être certain que le niveau de 50 GW installés en 2017 dans l’Empire du Milieu seront dépassés car les autorités ont annoncé que les installations à fin novembre atteignaient 48,4 GW en partie grâce aux installations décentralisées qui représentent 17,2 GW sur ces onze mois et augmentent rapidement (le dernier jour de l’année, le 29 décembre, 500 MW d’installations décentralisées ont été installés). Atteindra-t-on 54 GW comme certains l’ont envisagé récemment ? Ce niveau serait-il dépassé au 31 décembre ! Il est couramment admis que les installations mondiales atteindraient 100 à 108 GW. La Chine serait ainsi à 50 % du monde !

Dès lors, il y a deux sortes d’industries photovoltaïques en Chine, l’une, constituée d’entreprises de second rang et d’importantes sociétés qui travaillent uniquement pour le marché intérieur et utilise surtout du polysilicium. L’autre est capable de vendre sur les marchés internationaux; elle est constituée des dix principales sociétés largement connues dans le monde et utilise du poly et du monosilicium. La première vit au rythme des installations intérieures, l’autre dépend des principaux marchés mondiaux dont les Etats-Unis et l’Europe.

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Quel effet sur la disponibilité des panneaux et quelle sera l’orientation des prix en 2018 ?

 Ceci veut dire que si les Etats-Unis fermaient leur marché aux importations chinoises, les grandes entreprises chinoises se retourneraient en partie vers leur marché intérieur ou vers d’autres marchés, alors que l’autre partie de l’industrie ne serait pas affectée par ces mesures ! Ceci veut dire aussi que la taille du marché intérieur chinois lui permet de sauvegarder la rentabilité des entreprises : elles ne seraient que marginalement affectées. Enfin, ceci veut dire qu’une dynamique a été enclenchée en Chine au profit des installations photovoltaïques. Pour la façade, le gouvernement de Pékin fait semblant de diriger le mouvement d’installation, mais le rythme, bien plus rapide qu’autorisé par le plan, montre bien qu’il y a un besoin et une volonté de valoriser cette énergie au détriment du charbon et de la pollution dans les centres urbains. Dès lors, il faut envisager une nouvelle croissance importante des installations chinoises en 2018 (après le doublement de 2016 sur 2015, puis les 50 % de hausse de 2017 sur 2016). L’hypothèse haute d’IHS qui envisage 60 GW installées dans le pays en 2018 parait une limite basse de ce qui sera installée. (NDLR A noter que ces chiffres sont approximatifs et indiquent une tendance, car il n’y a pas unité des statisticiens sur eux)

 Pour effrayer, plusieurs commentateurs (IHS, Bloomberg NEF, …) estime qu’il n’y aura pas assez de silicium disponible pour dépasser les 110 GW qui pourraient être produits en 2018. Il est vrai que les approvisionnements actuels en silicium sont apparemment tendus. Fin novembre, le gouvernement a augmenté les droits de douane sur le silicium importé de Corée du Sud, contribuant à cette pénurie (La Chine majore ses droits de douane sur le silicium coréen), et renchérissant le prix moyen en Chine. Ensuite, la coupe de lingots au diamant crée de la poussière de silicium qui peut être recyclée, contrairement à la coupe avec de la boue où les poussières sont inutilisables (la coupe au diamant réduit la consommation de silicium de 17 % selon BNEF). Enfin, les fabricants ont entamé la construction de plusieurs unités de production de silicium dans l’ouest et le sud-ouest de la Chine (Déplacement des fabricants de silicium vers l'ouest et le sud de la Chine). Certaines seront mises en service mi-2018. Il faut donc s’attendre à ce que l’approvisionnement en silicium augmente au cours du second semestre 2018. Avec ces mises en services, le prix actuellement élevé du silicium pourrait alors (peut-être) se détendre du fait d’une certaine abondance. Un autre facteur jouera, celui de l’installation des nouvelles unités de production dans les régions déshéritées de la Chine où le prix du kilowattheure électrique coûte cinq à dix fois moins cher. Il faut donc s’attendre à une baisse mécanique du prix des panneaux à partir du second semestre impulsé par le silicium.

Et pour le premier semestre ? L’incertitude est plus grande car elle dépend des mesures américaines : des droits de douane élevés ou des quotas limiteraient les ventes sur le marché américain. La production disponible de panneaux irait en Europe ou dans d’autres régions du monde : les prix pourraient alors reculer. Une absence de mesures américaines (peu probable) rendrait difficile l’approvisionnement mondial car les installations en Chine seront particulièrement importantes au 1er semestre du fait de la fin de tarif d’achat favorable au 30 juin 2018.

Autre facteur à prendre en compte, l’instauration ou l’absence d’instauration d’une taxe à l’importation en Inde. 8 GW sont en cause. Ce volume sera absorbé par l’Inde ou sera disponible pour d’autres marchés…

Ainsi, si l’orientation en prix et en volume du marché mondial des panneaux est dans l’incertitude en ce début d’année, on peut envisager une seconde partie de l’année plus favorable en approvisionnement et en prix… A horizon de 2019 et surtout 2020, les fabricants chinois de silicium auront mis en service leurs unités de production. De leur côté, les fabricants américains et indiens auront retrouvé une partie de leur dynamisme.

Quant à l’Europe, elle pourrait bien surprendre en 2018 par les nouvelles installations PV effectuées sans subventions, et avec des ventes d’électricité de gré à gré. On en a l’illustration en Espagne ou plusieurs centaines de mégawatts sont en attente d’autorisation de construction. L’électricité produite soit vendue sur le marché. Au Royaume Uni, où les premières centrales sans subventions viennent d’être mise en service au second semestre 2017. Ces précurseurs seront certainement suivis d’autres soit dans ces deux pays, soit dans d’autres. En 2017, au Royaume Uni, il y a eu la première journée où les centrales au charbon ont dû est totalement arrêtées et 86 % des journées de l’année où les EnR ont produit davantage que les centrales à charbon (Emergence des EnR au Royaume Uni en 2017). En France, il s’y ajoutera le GW d’appel d’offres supplémentaire annoncé par le ministre français qui sera attribué cette année.

 Allons ! Le temps de la brioche est proche !

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A NOTER

   - Classement des producteurs d’électricité solaire en France en MW détenus : une intéressante présentation des différents producteurs d'énergie solaire en fonction du nombre de mégawatts-crêtes détenus de façon majoritaire au 31 octobre 2017, a été établie sur une base déclarative.

   - Exosun est repris par Arcelor Mittal

   - Résultat d'expérimentation de la route solaire un an après

   - Entretien avec Mark Widmar, PDG de First Solar, réalisée par PV Magazine   Le marché américain est bouleversé par l'affaire 201. La demande de panneaux est forte

   - Comment assurer la consommation d'électricité avec les EnR en Californie ? En utilisant les terres impropres à l'agriculture et en sauvegardant les réserves naturelles, la production d'EnR serait 13 fois supérieure à la consmmation

   - Où en est l'activité industrielle de démantèlement des batteries au lithium-ion ?  Il n’y a pas encore d’industrie de recyclage des batteries au lithium usagées. Il semble qu’une grande partie des batteries ont peu ou pas de valeur économique d’un point de vue recyclage   -

   - Retour du pétrolier BP dans l'énergie verte

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