L Publié le mardi 12 décembre 2017 - n° 215 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 215 du 12 décembre

le sommaire

L’ANNEE 2017 EST CELLE DE L’EMERGENCE DE L’AUTOCONSOMMATION EN FRANCE

L’autoconsommation intéresse de plus en plus les consommateurs

Comment l’autoconsommation peut-elle fonctionner ?

Le basculement vers les EnR est plus proche qu’on ne le croit

Les industriels ont anticipé ce basculement et proposent des solutions

 

Ainsi, l’autoconsommation s’est lancée en 2017. Son avenir brillant commencera à se concrétiser dès 2018.

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A NOTER

développement de ces titres

L’ANNEE 2017 EST CELLE DE L’EMERGENCE DE L’AUTOCONSOMMATION EN FRANCE

 S’il fallait caractériser l’année 2017, il faudrait dire que c’est l’année 1 de l’autoconsommation. Le 30 avril, la publication au Journal Officiel du décret sur l’autoconsommation formalise le dispositif législatif et réglementaire qui est désormais complet.

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L’autoconsommation intéresse de plus en plus les consommateurs

Depuis lors, nombre de colloques, de conférences, d’ateliers ont eu lieu pour présenter les mesures, pour expliquer, pour faire le point. Ceci a été accompagné d’appels d’offres soit dans les zones non interconnectées, soit pour les installations de moins de 500 kWc dont le résultat vient d’être annoncé (cf à Noter). La fièvre qui entoure l’autoconsommation a été accompagnée par la mission confiée à la Commission de Régulation de l’Energie-CRE afin de déterminer quels tarifs devraient être appliqués aux autoconsommateurs qui bénéficient du réseau public pour le solde de leurs besoins mais qui ne contribuent pas avec leur production propre autoconsommée à l’entretien du réseau. La CRE doit donner son opinion début 2018, mais une ligne de fracture nette s’est établie entre les tenants de la centralisation électrique qui considèrent que tous doivent payer l’infrastructure électrique et la production d’énergie à des dizaines ou des milliers de kilomètres de chez eux, et les tenants de l’autoproduction qui veulent un circuit court : production locale - consommation locale.

L’élaboration d’une proposition est en cours, mais déjà une orientation concrète se manifeste avec de plus en plus d’utilisateurs qui ont recours à leur propre production. La CRE estimait leur nombre à 14.000 en septembre dernier. Le succès de l’appel d’offres publié le 12 décembre indique que leur nombre va augmenter rapidement et qu’il correspond à un souhait profond des utilisateurs. Certaines études estiment que les raccordements des installations photovoltaïques en autoconsommation passeront de presque rien actuellement (0,04 % des ménages), à 30 % en 2023. La CRE est plus prudente envisageant 10 % en 2030.

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Comment l’autoconsommation peut-elle fonctionner ?

Le phénomène parait irrésistible et fait s’interroger sur la façon dont on produira et on consommera l’électricité dans les prochaines années. Thierry Lepercq vient de synthétiser (T. Lepercq affirme que l'autoconsommation va devenir la base du futur système électrique.) ce qui est le plus probable en utilisant le modèle de l’allemand Sonnen. Le consommateur ne produira pas de façon simultanée de l’électricité et la consommera. Il y aura à chaque instant un excédent ou un déficit de production d’électricité. Sonnen a remarqué qu’en solde, les utilisateurs ont un excédent qui n’est pas continu. Pour que le consommateur soit approvisionné selon ses besoins, il lui suffit de se procurer l’excédent d’énergie d’un de ses voisins. Ceci peut se faire au sein d’une communauté de producteurs-consommateurs qui sont reliés par un réseau informatique lequel répartira les excédents auprès de ceux qui en manquent. Pour faire face aux excédents et pénuries, on peut avoir recours à une batterie qui accumulerait la production excédentaire et la distribuer en cas d’insuffisance sur le réseau. On peut aussi envoyer un signal numérique aux équipements consommateurs d’énergie d’une habitation, pour réduire la consommation ou même arrêter la demande, afin de stabiliser le réseau communautaire.

Dans ce schéma, la production et la consommation est en réseau à l’exemple d’internet. Il est entièrement connecté entre producteurs et consommateurs qui ne sont pas obligatoirement situés dans une zone géographique locale, mais qui utilisent l’intelligence artificielle et le numérique pour gérer l’intermittence de production des énergies renouvelables. Celles-ci vont se développer car elles deviennent moins chères que l’électricité provenant du réseau (les derniers appels d’offres pour les centrales au sol ont fixé un prix de 0,0555 €/kWh en France, alors qu’en Allemagne, le prix atteint est de 0,049 €/kWh), sans perte de ligne et surtout avec une souplesse de prix où les zones de plus grande production seront favorisées par rapport aux autres…

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Le basculement vers les EnR est plus proche qu’on ne le croit

Pour le moment, T. Lepercq fait remarquer que l’éolien et le solaire dans le monde ne représentent que 3 % de la production d’électricité, mais que leur expansion s’effectue au rythme de 20 % par an. La baisse du coût de leur installation et donc du prix moyen de l’électricité incitera à les utiliser de plus en plus et à trouver des solutions pour les incorporer à la consommation. Il affirme « avec une quasi-certitude » qu’avec ces deux facteurs en action, on arrivera entre 2020 et 2025 à une situation où les installations d’énergies renouvelables seront si rentables et si bien intégrées dans le réseau que les générateurs au charbon, nucléaire ou au gaz paraitront obsolètes et disparaitront d’eux-mêmes… Le mouvement s’accélérera pour laisser place uniquement aux énergies renouvelables, à un système énergétique nouveau à base d’autoconsommation collective, mais aussi individuelle.

Comme pour confirmer cette évolution vers les EnR, EDF, le tenant du nucléaire, annonce hier son intention de construire en France 30 GW de centrales solaires d’ici 2035. Outre l’objectif lointain qui permettra d’oublier cette annonce d’ici vingt ans, il faut remarquer d’une part la mutation d’EDF du nucléaire vers les énergies renouvelables (même si le groupe a déjà installé de très nombreux gigawatts hors de France); d’autre part, le volume annoncé 30 GW est à rapprocher de la capacité installée à fin septembre de 7,7 GW en France ! Comme EDF ne sera pas le seul constructeur de centrales solaires en France, il faut s’attendre à une généralisation des installations photovoltaïques sur le sol ou sur les toits de bâtiments.

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Les industriels ont anticipé ce basculement et proposent des solutions

Comme pour confirmer, de nombreuses sociétés ont déjà mis au point des systèmes de surveillance des installations de production et de gestion de l’énergie produite (cf graphique ci-dessous). Elles sont capables d’optimiser l’énergie produite, de la répartir successivement ou simultanément entre les différents appareils ménagers. Elles ont développé les moyens pour augmenter le taux d’autoconsommation à partir d’une quantité de production d’énergie ! L’auteur indique que ce marché naissant va attirer des acteurs d’origine variée qu’ils soient spécialistes de l’automation, du stockage, de la gestion de l’énergie. Une nouvelle industrie est en train de naître en prolongement de l’idée d’autoconsommation. (Les meilleurs fournisseurs de systèmes de surveillance solaire et de gestion de l'énergie à domicile --.  GTM a publié une étude qui parvient à des conclusions un peu différentes : Les meilleurs logiciels de surveillance photovoltaïque au 1er semestre 2017

 

 

 

Trois exemples mais leur nombre devient considérable :

1°) l'appareil de gestion de l'énergie de SMA (le Sunny Home Manager) lancé en 2015 fonctionne en liaison avec une analyse météorologique pour prédire la quantité de puissance photovoltaïque qui sera produite. En analysant les habitudes de consommation d'un ménage, il établit un calendrier de fonctionnement des appareils domestiques. La dernière évolution de ce matériel inclut les appareils méngers produits par Bosch et par Siemens, ce qui permet de mettre en service ou d'arrêter les appareils de ces deux marques. L'article de PV Magazine qui évoque ceci date du 8 septembre 2016 !

 

2°) Après avoir alimenté en autoconsommation les appareils ménagers, le système de Solar iBoost permet de transférer l'énergie solaire non utilisée, au chauffe-eau électrique au lieu de la renvoyer dans le réseau.

 

3°) Le français MyLight Systems a mis au point un système de télécommande pour contrôler à distance tous les climatiseurs grâce à une liaison avec son logiciel

Comme pour confirmer le caractère inéluctable du recours aux énergies renouvelables, l’Allemagne a enregistré en 2017, 103 périodes où les prix ont été négatifs sur le marché de gros. Le dernier weekend d’octobre, il y a eu tellement d’électricité produite que les prix ont été négatifs pendant 31 heures d’affilé, atteignant même un prix négatif de 0,08306 € le kWh. Alors que pour les énergies renouvelables, il ne s’agit que d’un manque à gagner, cette situation a créé un choc pour les générateurs traditionnels qui ont dû être arrêtés ou produire à perte car pendant cette période, ils ont consommé des combustibles et de l’entretien… Plus ces périodes se rapprocheront et dureront, plus la fin de ces générateurs se rapprochera… Au profit des EnR ! 103 périodes de prix négatifs en Allemagne en 2017

 

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Ainsi, l’autoconsommation s’est lancée en 2017. Son avenir brillant commencera à se concrétiser dès 2018.

D’autres sociétés ont préparé 2018 :

    - La filiale de production de panneaux (SIT) du chinois GCL Poly a installé sa première unité de production complètement automatisée de 200 MW (est-ce une première mondiale ?). Le nombre de ses employés a été réduit de 52 à 8. Si le groupe a commencé à produire ainsi, il faut s’attendre à ce que l’ensemble de la production de l’entreprise le devienne, puis se généralise à l’ensemble des fabricants de panneaux. Ceci signifie une augmentation de la fiabilité des produits finis ainsi qu’une baisse à venir des prix des panneaux.

 

    - Les efforts de recherche et développement du groupe GCL a permis de retourner la situation qui était en faveur du monosilicium : sur les marchés, l’écart des prix avec le polysilicium se réduit par la baisse du prix du premier. Ceci ne semble qu’un début car la coupe au diamant du polycristallin ne fait que commencer. La faible demande qui se manifeste sur les marchés en décembre et au 1er trimestre de chaque année (sans compter que les importateurs américains ont acquis des panneaux par anticipation), entrainera une nouvelle étape de baisse des prix.

 

    - First Solar achève sa mutation vers des panneaux de plus grande taille (la série 6) qui offrent un meilleur taux de conversion. Son nouveau produit parait déjà rencontrer le succès si on en croit les commandes reçues. La société prévoit d’augmenter considérablement sa capacité de production, la doublant entre 2017 et 2019, à 5 GW. Bien qu’en phase d’investissement important, la société compte réaliser une marge opérationnelle de 4,6 % à 7 % en 2018 (pourcentage largement plus élevé que celui des concurrents chinois). Comme la société a une trésorerie excédentaire, le bénéfice net est proche du bénéfice opérationnel (l’écart est constitué par l’impôt sur les sociétés). First Solar présente ses prévisions 2018 - Premiers panneaux de la série 6 de First Solar

ci-dessous l'évolution du taux de convertion chez First Solar :


 

    - La plus grande unité de production de batteries au lithium vient d’ouvrir en Allemagne avec une capacité de production de 600 MWh par an (de quoi équiper 3.000 véhicules électriques). Arkasol dispose déjà de contrats de fourniture de batteries et voit les différentes capitales s’engager à n’acheter que des autobus électriques.

 

    - La coentreprise constituée entre les canadiens Silfab Solar et Morgan Solar prévoit de lancer en 2018 une production d’essai de panneaux 30 % moins chers que les panneaux standards car ils utilisent jusqu’à 80 % de moins de silicium Annonce d'un nouveau panneau solaire jusqu'à 30 % moins cher

 

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A NOTER

    - Le résultat de l’appel d’offres pour des installations PV en autoconsommation de moins de 0,5 MW  Résultat de l'appel d'offres pour autoconsommation

    - Publication de l’arrêté dit de "réfaction" relatif à la prise en charge des coûts de raccordement

    - Les dix éléments marquant du stockage de 2017

    - Production d'hydrogène à partir de l'énergie solaire

    - Phoenix Solar en état d'insolvabilité

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