L Publié le mardi 05 décembre 2017 - n° 214 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 214 du 5 décembre

Le sommaire

LA SPECIALISATION, UN PASSAGE OBLIGE

Le photovoltaïque a entamé la même évolution :

L'installation de système de stockage coûte cher par sa conception

La spécialisation apparait dans les grandes mises aux enchères

Une autre forme de spécialisation, la course au gigantisme

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A NOTER

Développement de ces titres

LA SPECIALISATION, UN PASSAGE OBLIGE

 Un commentateur a fait le parallèle cette semaine entre l’évolution de la micro-informatique et celle du photovoltaïque. Elle semble pertinente

 A la fin des années 1970, la micro-informatique a commencé à se généraliser. À ce moment, chaque entreprise concevait et fabriquait tout, la machine, le logiciel d’exploitation, les logiciels d’applications et avait son propre réseau de vente. Les plus grandes entreprises (Commodore, Apple, …) ont occupé jusqu’à 8 % de leur marché. Et ce jusqu’à ce que Microsoft mette son système d’exploitation à la disposition des constructeurs alternatifs qui très vite se sont spécialisés dans la construction de matériels ou de parties de matériels, (disques durs, microprocesseurs, lecteurs de disquettes ou de CD…), dans l’extension des logiciels d’application. Les ventes se sont alors faites dans les grands magasins spécialisés puis se sont encore généralisées. Le grand public a suivi.

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Le photovoltaïque a entamé la même évolution :

Les groupes intégrés faisant l’ensemble des tâches tels que SolarCity, Sungevity, SunRun, s’étaient chargés de trouver les clients, de concevoir les installations, de les construire et de se faire financer … La chaine est complète mais elle exige que chaque partie soit performante et en symbiose en termes de charge de travail avec le reste de l’entreprise : que fait-on s’il y a une incapacité à concevoir les installations ou si les commerciaux ne parviennent pas à trouver des clients… ?  L’entreprise est alors fragilisée…

  Le modèle d’intégration verticale de SolarCity s’est essoufflé durant les années 2016-2017. La recherche de clients est devenue plus difficile et plus coûteuse. Les installateurs locaux, ayant moins de frais de prospection, ont prospéré. SolarCity a été racheté par Tesla; Sungevity a fait faillite. Le marché photovoltaïque américain cherche un second souffle. Probablement grâce à une spécialisation accrue autour d’une compétence unique, celle de l’élaboration des installations qui peut se faire de façon centralisée avec des logiciels de conception assistée par ordinateur, et une spécialisation dans les parties amont (recherche de clients, recherche de financement) ou aval (l’installation, l’après-vente et le contact avec le client). Comparer l'évolution de la micro-informatique à celle du PV... ?

L’auteur de l’article paru dans GreenTech Media estime que l’ensemble de cette mutation va s’effectuer au cours des quelques prochaines années. Déjà, il y a des tentatives pour cela. La société américaine Compete a viré de l’installation complète, à la conception de systèmes PV en construisant une plateforme logicielle. D’autres commencent à se spécialiser dans la recherche de clients intéressés par la recherche de clients soit comme complément à leur activité actuelle soit comme communauté hispanophone. Compete a déjà regroupé autour d’elle 25 sociétés disposant de 500 salariés soit de commerciaux, soit d’installateurs… Un début qui va certainement s’amplifier.

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L'installation de système de stockage coûte cher par sa conception

Par exemple dans son étude récente, Lazard fait remarquer que la construction de stockage domestique coûte 25 % de plus qu’un grand système. Ceci ne provient que de l’ingénierie et de la conception des systèmes de stockage. Il fait remarquer que le lieu et la façon d’installer le système ne peuvent pas être standardisés et que chaque nouvelle implantation fait recommencer tous les travaux à zéro et qu’elle a sa propre structure de coûts. Là encore, la spécialisation pourrait aider à réduire les coûts (Deux remarques de Lazard sur le coût du stockage)

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La spécialisation apparait dans les grandes mises aux enchères

Les enchères au Mexique traduisent à leur façon la spécialisation qui intervient dans la fixation d’un prix d’enchère. Seules quelques grands développeurs sont parvenus à fournir une offre à peine supérieure à 0,02 $/kWh (0,0218 $/kWh). Ces offres sont proches de celle d’Arabie Saoudite où le prix le plus bas proposé était de 0,0179 $/kWh

Pour parvenir à un prix aussi bas, il faut que les développeurs aient amélioré leur spécialisation à tous les étages du projet. Il leur a fallu tirer parti des enchères précédentes (c’est la troisième au Mexique); il leur a fallu avoir accès à des financements privilégiés, faire des hypothèses sur le prix futur des équipements, mais aussi réduire les coûts de construction et améliorer la durée et la qualité des équipements pour étendre la durée de vie des matériels, et pour obtenir le supplément de chiffre d’affaires qui fait la différence entre un projet déficitaire et une réalisation gagnante. La spécialisation a fourni à quelques grands groupes le supplément de gain qui a fait la différence face aux concurrents moins performants. D’ailleurs si ceux-ci étaient nombreux à la première et à la seconde enchère, ils s’étaient raréfiés pour la troisième… Un petit nombre de développeurs est désormais capable de concourir à ces enchères. Sa composition varie selon la zone géographique car au Moyen Orient, il n’y a pas les mêmes entreprises performantes. (Précision sur l'enchère mexicaine)

A propos de cette enchère (et en aparté), il faut remarquer la proximité des résultats du kilowattheure attribué au Mexique 0,01897 $ et 0,0218 $ selon que l’offre provienne d’éolien ou de solaire. De même en Allemagne cette semaine, la proposition solaire a été faite au prix moyen de 0,049 €/kWh alors que la proposition éolienne était à 0,063 €. Les deux technologies parviennent à des prix comparables.

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Une autre forme de spécialisation, la course au gigantisme

Ayant constaté que plus les usines de production de panneaux étaient importantes, plus les prix de production pouvaient être abaissés, certains fabricants chinois qui parviennent déjà à une capacité de 8 GW, visent les 20 GW pour dominer leurs concurrents. Aucun délai de réalisation n’est fixé, mais il faut envisager cet objectif pour les deux ou trois prochaines années. Ceci ne fait que répondre à l’intention des fabricants de plaquettes monosicilium de parvenir à une capacité annuelle de 20 GW. Pour qu’il y ait un débouché pour ces 20 GW, il faut des acheteurs pour cela, d’où l’intention des fabricants de panneaux. A force de se spécialiser sur la fabrication, on peut se demander la place que ces sociétés occuperont dans l’avenir du PV et quelle rigidité qu’elles acquièrent. A moins que cette taille ne les rende irremplaçable…

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A NOTER

   - L’institut allemand Fraunhofer ISE a expérimenté l’installation de panneaux solaires verre-verre placé à cinq mètres de hauteur au-dessus de la production de l’herbe de trèfle, de pommes de terre, de blé et de céleri-rave. Les résultats sont encourageants, car la production d’électricité a été supérieure à celle au sol et la production de végétaux a été un peu inférieure (de 5 % à 19 % selon les cultures) à celle en plein champ. Ceci signifie qu’on peut superposer sur des terrains agricoles des installations photovoltaïques et donc gagner en productivité. Il est possible de cultiver sous des panneaux solaires

   - Le comparatif entre les cellules normales et les cellules coupée par moitié, indique un gain évident de rendement sur quasiment tous les compartiments de comparaison (seul, celui du prix n’a pas été fait) Comparaison des panneaux à cellules entières / panneaux à demies cellules

   - Dans ses prévisions d’installations mondiales 2018, Bloomberg reste très prudent (+ 2 à + 15 %, entre 94 GW et 111 GW). Le plus intéressant est son affirmation qu’il y a juste assez de silicium disponible pour répondre à la demande : la coupe au diamant réduit de 17 % les besoins de silicium; l’offre en monocristallin offre un meilleur taux de conversion que le polycristallin, d’où moins de panneaux nécessaires pour une puissance supérieure. Pour répondre à cette augmentation des installations mondiales, la production de silicium, stable, serait suffisante. En revanche, toute majoration de la demande mondiale entrainerait une pénurie et donc une hausse des prix dans la filière. Ceci lui fait envisager une stabilité des prix des panneaux Première prévision pour 2018. Comme d'habitude peu ambitieuse

   - La perte d’énergie sur les allers-retours d’un système de stockage pourrait être bien supérieure à celle envisagée. Les études manquent. Lazard se fondait sur une perte de 10 à 20 %. Une autre étude porte le taux entre 14 % et 17 %, et à autour de 50 % lorsque les charges sont incluses Deux remarques de Lazard sur le coût du stockage

   - L’étude d’Enerplan en liaison avec SiaPartners sur l’autoconsommation est de celles qui éclairent le sujet et qui sont trop peu nombreuses. Une étude sur l'autoconsommation très intéressante effectuée par Enerplan et SiaPartners

   -  Produire de l'éthylène par le soleil

   - L'énergie solaire va être utilisée par l'industrie pétrolière !

   - Neoen est parvenu à se glisser parmi les développeurs les plus performants lors de l’enchère mexicaine, avec l’obtention de 377 MW. La discrétion et l’absence de cocorico indiquent la qualité de l’entreprise Neoen a obtenu la construction de 377 MW au Mexique

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