L Publié le mardi 28 novembre 2017 - n° 213 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 213 du 28 novembre

Les titres

LE PAYSAGE ENERGETIQUE FRANÇAIS EVOLUE

La scission d’EDF est à l’ordre du jour

Ainsi, la situation est mûre pour casser la forteresse EDF.

Priorité aux constructions photovoltaïques dédiées

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AVANCER SES PIONS POUR QUE L’ADVERSAIRE RECONNAISSE SA DEFAITE SANS COMBATTRE

Epuiser les industriels coréens en majorant les droits de douane

Un dépôt de brevet sur deux dans le domaine photovoltaïque vient de Chine

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A NOTER

Développement de ces titres :

LE PAYSAGE ENERGETIQUE FRANÇAIS EVOLUE

Il y a quelques semaines nous évoquions la mutation chez les gros développeurs de projets photovoltaïques qui consiste à se vendre soit à des plus gros, soit à des tiers (Fonroche, Quadran,  Solairedirect,…) car le financement des projets devient une contrainte et qu’aucune autre source de financement, sauf emprunt et cession d’une partie du capital, n’est disponible. Cette orientation a décapité certains des plus gros compétiteurs.

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La scission d’EDF est à l’ordre du jour

Une autre mutation pourrait bien intervenir (ou plutôt s’impose), celle de la scission d’EDF (EDF pourrait se scinder entre production nucléaire et distribution). Il s’agit sous une forme ou sous une autre de réduire la taille et surtout l’influence du lobby nucléaire sur la politique énergétique française. Le ministère de la Transition Energétique, farouche promoteur des énergies renouvelables, ne peut pas accepter de se voir obligé, la semaine dernière, de reporter la baisse de la place du nucléaire dans le mix énergétique français de cinq ou même de dix ans, car il ne peut pas contrôler la puissance et l’influence d’EDF. Il y a deux ans, le ministre de l’Economie de l’époque (E. Macron) s’était heurté à EDF, ayant perçu qu’elle constituait une forteresse qui défendait son pré carré et était peu gouvernable. Devenu Président de la République, il ne peut pas admettre les ratés et les retards dans la construction de la centrale de Flamanville et les menaces sur l’avenir que constitue la construction de la centrale britannique de Hinkley Point, alors que bien d’autres soucis attendent EDF : sauver Areva, fournir une production électrique nucléaire en toute sécurité alors que les coûts de mise en sureté augmentent constamment et que les centrales vieillissent, faisant apparaitre des failles. La partie nucléaire d’EDF a donc à être mieux gérée et mieux contrôlée. D’autant que rien ne dit que l’avenir du nucléaire soit assuré car la défiance des populations envers cette forme d’énergie augmente, et que les énergies renouvelables deviennent suffisamment bon marché pour constituer une concurrence redoutable, alternative et sûre

Il y a aussi l’autre aspect d’EDF, celui de la distribution d’énergie. Laisser à une même entreprise le soin de produire et de distribuer l’énergie pouvait se concevoir il y a trente ou cinquante ans, mais l’ouverture à la concurrence de cette distribution crée des conflits d’intérêt tant avec les autres distributeurs qu’entre le producteur et le distributeur… La clarification imposerait que l’ensemble de la distribution soit sur un pied d’égalité, et puisse acquérir le kilowattheure au même prix.

Enfin, l’émergence des énergies renouvelables crée de nouvelles opportunités de production d’énergie. Si EDF est empêtré dans ses problèmes de résolution de cuves de centrales, elle ne peut pas s’occuper du mieux qu’elle peut des nouvelles énergies, ce qui fait rater des opportunités… Les allemands l’ont compris car il n’y avait pas de quasi-monopole comme en France. Devant l’évolution de la situation, leurs grands groupes énergétiques ont tranché : d’un côté la production avec les centrales existantes, de l’autres les nouvelles énergies. L’exemple outre Rhin peut servir pour justifier en France une mutation vers un autre monde énergétique. En revanche, l’existence du quasi-monopole de production et de distribution rend l’opération « une affaire d’Etat ». Mais on lui trouvera des justificatifs habiles et des sauvegardes d’amour propre pour faire passer l’opération.

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Ainsi, la situation est mûre pour casser la forteresse EDF.

Ce n’est vraiment pas un hasard si différentes sources laissent des fuites évoquer ce sujet cette semaine. On teste la réaction des uns et des autres; on prépare l’opinion à une opération d’envergure; on fait comprendre les avantages qu’auraient une telle scission... Toutes les sources indiquent que de nombreuses pistes sont à l’étude, comme pour mieux dire que les avantages d’une telle formule sont examinés, et qu’en théorie tout peut revenir comme avant. Rien ne le sera car la pression des énergies renouvelables est énorme, car le meilleur prix obtenu lors d’une enchère en Allemagne cette semaine qui s’est établi à 0,0429 € le kilowattheure, indique bien que l’avantage-prix du nucléaire est en train de vaciller… au profit du solaire, car la production décentralisée crée un autre défi que la production centralisée existant depuis la création de l’électricité… Si on veut regarder l’avenir, des changements sont indispensables. Le changement des structures énergétiques les impose. EDF qui préconise encore une structure centralisée de l’énergie à base de nucléaire, doit donc être scindée pour réexaminer d’un œil neuf la politique énergétique française.

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Priorité aux constructions photovoltaïques dédiées

L’arrêt des appels d’offres crée aussi un autre appel d’air dans le monde énergétique. La vente de la production d’électricité sur le marché libre a été instaurée pour les contrats conclus à partir de 2017. Instaurée dans un but de rendre le prix de production plus concurrentiel, il avait abouti, avec le complément de rémunération, à une solution bien peu transparente pour entrainer l’adhésion des professionnels producteurs d’électricité. Surtout, il impose d’être capable de prévoir sa production, ce qui avec les énergies renouvelables relève de l’impossible, créant deux pénalités presque incontournables : soit on vend trop peu et on perd le reste de sa production. Soit on en vend trop par rapport à la production réelle, et on subit une pénalité. L’alternative pouvait être l’agrégateur, qui regroupe différentes productions, atténue ainsi les fluctuations particulières de chaque production, mais il prend sa marge bénéficiaire au passage, sans pouvoir laisser au producteur un libre accès au marché, le contrôle des prix, et une connaissance de sa rentabilité…

Ce mécanisme qui parait adapté aux grands producteurs alternatifs lesquels peuvent (éventuellement) discuter avec les agrégateurs, avait déjà entrainé une vente de portefeuilles de centrales en France : ainsi, Fonroche, Quadran, … ont préféré sortir de ce mécanisme. Ils ont vendu les revenus à venir des centrales liées par les appels d’offres et se tournent vers d’autres énergies renouvelables ou d’autres activités.

L’une d’entre elle qui émerge de cette mutation, est le contrat de fourniture d’énergie en direct à un utilisateur : un accord est conclu entre un constructeur de centrale et un utilisateur : le premier mettra à disposition du second de l’électricité à un certain prix pendant un certain nombre d’années. Le premier reste dans son rôle de constructeur. Au lieu d’être rémunéré par EDF au titre de l’obligation d’achat, il l’est par l’utilisateur dans le cadre du contrat conclus. La différence est faible. L’avantage pour le constructeur est qu’il échappe au prix du marché et à l’agrégateur; il obtient une rémunération supérieure, et surtout maitrisable puisqu’il conclut un prix en connaissance de la rentabilité de l’opération… On peut comprendre la demande d’Enerplan à l’issue de son assemblée générale que les pouvoirs publics suppriment les appels d’offres pour les installations inférieures à un mégawatt-crête. C’est là qu’il y a un gros potentiel de contrats de fourniture en direct…

   Les petits constructeurs retrouvent ainsi une rentabilité normale et une maitrise de leur activité. Cap Vert Energie a déjà lancé cette formule de centrale dédiée en France et à l’étranger. Armorgreen le rejoint dans sa volonté d’établir des contrats. Cette dernière compte réaliser plusieurs dizaines d’opérations de ce type en 2018. Amorgreen propose de fournir directement de l'électricité aux utilisateurs. D’autres constructeurs ont certainement déjà instauré cette formule sans la faire connaitre des médias. Cette formule constitue aussi une rupture avec l’activité centralisée de la production et de la distribution d’énergie en France évoquée ci-dessus. Une nouvelle activité. Un nouveau créneau de développement. Une nouvelle raison de provoquer la scission d’EDF

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AVANCER SES PIONS POUR QUE L’ADVERSAIRE RECONNAISSE SA DEFAITE SANS COMBATTRE

La Chine a été influencé profondément par Sun Tzu, stratège militaire du 5ème siècle avant notre ère, qui a défini la façon de gagner une bataille « en soumettant l’ennemi sans combattre », ajoutant : « soumettre l’ennemi par la force n’est pas le summum de l’art de la guerre. Le summum de cet art est de soumettre l’ennemi sans verser une goutte de sang ». Les chinois adoptent constamment cette attitude dans leur vie quotidienne (conduite automobile, …). Ils viennent de l’adopter une nouvelle fois cette semaine avec la Corée en augmentant les droits de douane.

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Epuiser les industriels coréens en majorant les droits de douane

Prétextant que les fabricants coréens de silicium bénéficieraient d’avantages indûs, les chinois ont augmenté les droits de douane. Pas de beaucoup, mais suffisamment pour créer un écart favorable en faveur de leur propres producteurs nationaux : ils ont éliminé certains producteurs (SMP et Woongjin Polysilicon) en faisant passer leurs droits de douane de 12 % (ce qui est déjà dissuasif) à 114 %. Habilement ils ont favorisé Hanwha Chemical, en réduisant de 12,3 % à 8,9 % les droits de douane, probablement à cause de sa proximité financière avec Hanwha Q-Cells. Ils ont commencé à éliminer OCI et Hankook en faisant passer leurs droits de douane de 2,4 % et 2,8 % respectivement, à 4,4 % et 9,5 %. Pour ces deux dernières entreprises, cette modification qui parait à la marge, mais elle ampute les bénéfices des coréens ou augmente ceux des producteurs chinois. Il renverse le rapport de force entre des producteurs coréens qui fournissent du silicium de très grande pureté au profit des chinois qui ne savent pas encore les produire et qui en ont besoin, et parce que la production chinoise de silicium n’est pas suffisante : ainsi, on gonfle la rentabilité des producteurs chinois qui auront davantage de moyens financiers pour augmenter leurs capacités de production et leurs budgets de recherche et développement. On prépare aussi l’élimination en douceur des fabricants de silicium coréens puisque selon Bloomberg, la part de marché des producteurs chinois passera de 59 % à 73 % de la demande mondiale. (La Chine remonte ses droits de douane sur le silicium coréen; La Chine majore ses droits de douane sur le silicium coréen)

Rien n’a été fait brutalement. Le Chine n’a fait que « se protéger » des importations vendues théoriquement à « prix de dumping » et renforce sa position sur la filière photovoltaïque. Ceci vient après les mesures prises par les fabricants chinois de panneaux de supprimer les importations de cellules de Taïwan au second semestre 2016. Leurs fabricants ont été soumis à une sous-production qui les a fragilisés et qui ne leur a pas permis encore de redevenir bénéficiaires. Ceci prolonge les difficultés « organisées » des fabricants taïwanais de plaquettes, qui étaient une des forces de la filière PV taïwanaise. Ceux-ci n’ont plus les moyens financiers (et peut-être technologiques) de passer à la coupe au diamant. Conséquence, un grand nombre d’entreprises arrêtent leur activité de coupe à la boue. Taïwan arrête pour une grande part la fabrication de plaquettes… détruisant une partie de sa filière de production. On ne peut y voir qu’une succession de circonstances particulières ou d’incapacités des industriels à s’adapter. On peut aussi considérer les industriels coréens et taïwanais comme des victimes de la volonté impérialiste des chinois. Tout a été fait en douceur, sans avoir l’air d’y toucher mais avec une volonté claire et nette de domination. Selon la tradition chinoise ! Il faut espérer que les difficultés des producteurs américains de silicium éclaireront les producteurs de silicium coréens et les inciteront à ne pas attendre leur déclin, mais à évoluer vers l’aval avec la coupe de lingots et la fabrication de plaquettes.

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Un dépôt de brevet sur deux dans le domaine photovoltaïque vient de Chine

Il faut attirer l’attention sur l’étude des Nations Unies sur les dépôts de brevets photovoltaïques dans le monde : entre 2011 et 2015, la Chine a réalisé 46 % des dépôts de brevets. Un sur deux dans le monde ! Elle s’est particulièrement intéressée à la technologie des panneaux solaires (plus de la moitié des dépôts sur la période 2000 à 2015), aux cellules (un tiers) et aux plaquettes (un sixième). Ayant atteint une position enviable dans le cristallin, la Chine met désormais l’accent sur les cellules solaires alternatives où elle a un retard sur les Etats-Unis. La Chine est devenue l'acteur majeur dans la recherche photovoltaïque

Les années récentes ont été mises à profit par la Chine pour renforcer sa position d’une part dans la compétence humaine et d’autre part dans la construction de matériel d’équipement de production. Ainsi, en 2016, les principaux fabricants de matériels PV avaient leur siège en Chine, et non plus en Allemagne comme il y a une demie douzaine d’années ! Sans rien dire, la Chine avance.

Cette étude montre mieux que tout que la fermeture de la Chine à toute connaissance de ce qui s’y passe, à toute information sur les avancées technologiques, à toute documentation, endort les Occidentaux dans une confiance et une sérénité, certes agréables, mais qui risque d’être douloureuses dans quelques années, tant sur le plan de la production, des installations de centrales que des compétences acquises. Attendra-t-on trop tard ?

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