L R AS Publié le mardi 30 mai 2017 - n° 193 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 193 du 30 mai

LA BAISSE EXCESSIVEMENT RAPIDE DU kWh LITHIUM IMPOSE CETTE TECHNOLOGIE

Le coût du stockage a baissé de moitié au cours de ces deux dernières années !

Nouvelle baisse de moitié au cours des quatre prochaines années

Les fabricants de batteries au lithium l’ont compris et accélèrent les unités de production

La réduction des prix et l’augmentation de la densité des batteries accélèreront l’irruption du véhicule électrique

Le stockage est indispensable pour absorber les énergies renouvelables

Pour développer l’autoconsommation

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LE BUDGET AMERICAIN

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LE FEUILLETON SUNIVA PREND DE L'AMPLEUR AUX ETATS-UNIS

Le décor se met donc en place :

La situation s’institutionnalise

La semi-léthargie du marché américain va accentuer la surproduction mondiale de panneaux au second semestre

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A NOTER

LA BAISSE EXCESSIVEMENT RAPIDE DU kWh LITHIUM IMPOSE CETTE TECHNOLOGIE

   Il faut un graphique pour percevoir la baisse excessivement rapide des batteries au lithium. Si le prix est descendu à 273 $ le kWh fin 2016 (selon Bloomberg NEF), il était encore de 1.000 $ en 2010, de 650 $ en 2012, de 530 $ en 2014.

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Le coût du stockage a baissé de moitié au cours de ces deux dernières années !

   Ainsi, il y a accélération de la baisse au cours des deux dernières années. Les raisons sont multiples et se combinent pour accélérer le recul : il y a l’augmentation des demandes de stockage de la part des compagnies d’électricité qui y ont trouvé un moyen de réguler leur réseau et d’absorber les énergies renouvelables qui leur étaient fournies; il y a l’augmentation des productions de batteries dans le monde induisant des économies d’échelle; il y a les perfectionnements techniques qui ont simplifié le fonctionnement des batteries au lithium.

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Nouvelle baisse de moitié au cours des quatre prochaines années

   Selon Bloomberg, la baisse de prix va se poursuivre avec une nouvelle baisse de moitié entre 2016 et 2020, rendant les batteries bien plus abordables et bien plus fréquentes. Il est vrai que la capacité de production de batteries qui vient de dépasser le cap des 100 GWh en 2016 (à 103 GWh), va plus que doubler d’ici 2020 (à 240 GWh).

   Cette baisse rapide des prix qui est intervenue au cours des deux dernières années, entraine une polarisation des fabricants de batteries autour du lithium-ion, malgré ses inconvénients (risque d’explosion, mais aussi rareté et concentration géographique des ressources naturelles du lithium, durée de vie du stockage). 

Cette baisse des prix élimine toute technologie alternative

   La concentration des fabricants sur la technologie lithium fait que les technologies alternatives sont étouffées par cette baisse des prix et par leur isolement car les uns ont misé sur la batterie à flux, d’autres sur les batteries aqueuses, quelques uns sur l’air comprimé, certains ont préconisé les volants à inertie, beaucoup croient au stockage par l’hydrogène… Le caractère dispersé de ces propositions les a empêchés de percer suffisamment pour obtenir une production industrielle significative, donc pour baisser les prix et rester compétitif. Les concepteurs de batteries alternatives au lithium-ion ont de plus en plus de difficulté à survivre malgré un certain nombre de succès. Ceux-ci n’ont pas été suffisants pour créer un effet de masse et donc d’incitation vis-à-vis des clients. Ainsi les américains Aquion et Inergy ont dû cesser leurs activités. Cette semaine, l’australien Redflow a dû se rendre à l’évidence que ses coûts de production étaient trop élevés pour lutter avec le prix du kilowattheure issu des batteries au lithium. Le secteur résidentiel qui va être celui qui va connaitre la plus forte croissance dans les années à venir, se ferme pour lui faute de prix de revient suffisamment faible. Il va essayer de capitaliser sur le secteur des télécommunications et se concentrer sur les régions où il a déjà effectué des ventes… Si on annonçait sa disparition, il ne faudrait pas s’en étonner, comme d’ailleurs bien d’autres fabricants de batteries alternatives au lithium.

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Les fabricants de batteries au lithium l’ont compris et accélèrent les unités de production

   Devant cette hégémonie technologique qui émerge, les fabricants de batteries n’ont que le choix d’aller bien plus vite et bien plus fort dans l’installation de giga-usines afin d’abaisser le coût du kilowattheure par les économies d’échelle. Ceci a été la perception de Tesla qui veut installer une unité de 35 GWh. C’est l’opinion de Mercedes Benz qui veut être présent sur une des composantes essentielles des véhicules électriques (les batteries représentent 35 % du prix du véhicule actuellement). C’est la certitude de LG Chem et de Samsung DI qui ont déjà des unités de fabrication de batteries considérables puisque LG Chem reste et restera le n° 1 mondial par la capacité de production de batterie. Dans un avenir prévisible, car Tesla a compris que sa giga-usine de 35 GWh servirait à alimenter en batteries 500.000 véhicules électriques alors qu’il a aussi des ambitions dans le stockage résidentiel et de centrales électriques. Il envisage déjà de construire d’autres giga-usines pour faire face à une demande qui va vite se manifester.

   Les Européens ne sont pas en reste avec plusieurs projets en Suède (NorthVolt), en Hongrie, en Pologne,… et bien sûr Mercedes Benz. Des giga-usines sont aussi installées en Chine où huit projets sont programmés.

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La réduction des prix et l’augmentation de la densité des batteries accélèreront l’irruption du véhicule électrique

   Ces différents projets de constructions d’usines indiquent que le stockage et les véhicules électriques vont émerger dans la vie quotidienne bien plus vite qu’on ne peut l’imaginer actuellement. Ainsi, dire comme Bloomberg qu’il n’y aura que 20 % de véhicules électrique en circulation en 2030, c’est oublier la vitesse de la baisse des prix des batteries, la nécessité de réduire la pollution automobile et la volonté de limiter le réchauffement climatique. Bien évidemment, il est difficile d’avancer une date, mais ces 20 % de véhicules électriques annoncés pour 2030, pourraient bien être en circulation dès 2020 tant tous les constructeurs ont de projets ou même ont déjà mis sur le marché des modèles électriques qui n’attendent que d’être fabriqués en très grande série et avec un coût de batterie inférieur pour convaincre les acheteurs de véhicules.

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Le stockage est indispensable pour absorber les énergies renouvelables

   Les batteries sont la pièce manquante pour utiliser à plein les énergies renouvelables et pour augmenter leur proportion dans la consommation énergétique de tous les pays :

   Lorsque ces derniers jours, l’énergie solaire représente 24 % de la production d’électricité du Royaume Uni (on aurait aimé savoir quelle proportion de la consommation les énergies renouvelables ont fourni ce jour-là), ou lorsque les énergies renouvelables assurent 80 % de la production d’électricité de Californie, ces taux, concentrés sur un ou deux jours, seront de plus en plus fréquents sous l’effet des installations solaires ou éoliennes qui seront installées et qui ne peuvent être valorisées que par le stockage. L’italien Enel indique que l’adjonction d’un système de stockage a permis d’augmenter de 30 % la production d’une centrale éolienne. Il est donc important que le stockage se développe.

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...Pour développer l’autoconsommation

   Les batteries sont aussi attendues pour développer l’autoconsommation, surtout dans les pays où le prix du kilowattheure du réseau est cher comme en Allemagne, et pour l’établissement de micro-réseaux où la batterie sert de sauvegarde et de fourniture d’énergie selon les besoins, compensant les besoins et les ressources des différents participants au réseau. Bien évidemment, les situations géographiques particulières telles que les îles ou les zones rurales isolées verraient leur situation énergétique transformée par l’existence de générateurs éoliens ou solaires couplés à des batteries de stockage.

   Même à l’échelle qu’un quartier, le stockage peut se justifier en constituant une première enveloppe au sein de laquelle la production et la consommation d’énergie essaient déjà de s’ajuster. En cas de pénurie ou de surplus d’énergie, le recours au réseau s’effectue à travers un stockage centralisé.

On a réussi à établir une liaison automatique entre un centre de stockage et un générateur d’électricité au gaz

   En 2017, on est parvenu à ce qu’une installation de stockage, ayant perçu automatiquement une insuffisance d’énergie dans les batteries, mette en route automatiquement un générateur d’énergie au gaz afin de regonfler les unités de stockage. En janvier, une centrale de 5 MW construite par l’allemand Younicos avec des cellules de batteries Samsung SDI avait restauré l’approvisionnement local en période d’insuffisance. Le 10 mai, le californien Imperial Irrigation District a fait démarrer automatiquement une turbine à gaz à cycle combiné à partir du système de stockage d’énergie d’une batterie au lithium. Ce couplage entre batteries et générateurs ouvre des horizons d’utilisation car s’il y a surveillance humaine au départ, on parviendra rapidement à automatiser l’appel à production d’énergie en cas d’insuffisance des batteries centrales…

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LE BUDGET AMERICAIN

   Le projet de budget de D. Trump est dans la droite ligne de ses propos de campagne et ne surprendront personne : l’énergie nucléaire voit son projet de budget augmenté de 11 %, alors que celui des énergies renouvelables baissent dans l’ensemble de 18 % (NDLR il y a d’énormes contradictions entre les différents articles qui ont traité le sujet, ce qui rend la synthèse impossible).

 

 

   Le graphique ci-dessous est éloquent. Selon les chiffres publiés, c’est une diminution totale de 70 % du budget qui est proposé, avec de nombreuses suppressions ou de telles réductions qu’on peut se demander comment les missions fédérales pourront être assurées.

   On peut regretter de telles coupes brutales dans le projet de budget fédéral. Ceci ne veut pas dire que le budget sera adopté tel quel car de nombreux députés tant Républicains que Démocrates sont convaincus que les énergies renouvelables sont le sens de l’histoire et que réduire le budget du département de l’Energie est contre-productif. Par ailleurs, l’aspect fédéral des Etats-Unis laisse à chaque Etat, le soin de fixer ses priorités budgétaires et donc de favoriser ou non les énergies renouvelables. On le voit en Californie où les gouverneurs ont misé depuis longtemps sur l’émergence de l’énergie propre. Enfin, si cette purge devait se maintenir après le vote des membres du Congrès, elle pourrait être salutaire car elle mettrait en évidence les activités inutiles mais qui persistent, et soulignerait les activités indispensables ou porteuses d’avenir qu’il faudrait conserver… Bien évidemment, les lobbies cherchent à alerter sur la situation, mais elle ne parait pas si catastrophique que cela. Il faut bien que tout nouveau président imprime sa marque sur son administration et éventuellement soit excessif dans ses décisions. Il pourra toujours corriger ses excès ultérieurement.

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LE FEUILLETON SUNIVA PREND DE L'AMPLEUR AUX ETATS-UNIS

   Au départ, un fabricant photovoltaïque (inconnu) fait faillite, incriminant la concurrence chinoise de pratiquer des prix de dumping. Sa demande d’établir des prix plus conforme aux coûts de revient américains en brandissant la section 201 de l’Acte du Commerce International, met le feu aux poudres ! Les chinois affirment qu’ils ne font que de vendre au prix de revient et n’ont pas enfreint les règles du commerce international. Les autorités américaines ont constaté que les prix des cellules notamment mais aussi des panneaux chinois étaient bien trop bas pour être conformes à des prix de revient et ont constaté qu’aucun fabricant chinois d’envergure n’a souhaité s’implanter industriellement sur le sol américain comme s’il y avait une volonté concertée des fabricants chinois de « nettoyer » les industriels américains et de faire place nette. Il s’ajoute la volonté américaine de sauvegarder son industrie, même photovoltaïque, ce qui avait conduit les Etats Unis à deux séries de mesures pour limiter les importations chinoises par des droits de douane. Enfin la cessation de paiement de SolarWorld Allemagne montre les dangers de l’absence de sauvegarde douanière et souligne la situation critique des industriels américains, d’autant que la filiale américaine se plaint depuis de nombreuses années de la concurrence déloyale des importations chinoises.

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Le décor se met donc en place :

 d’un coté les fabricants chinois qui aimeraient bien pouvoir vendre sans concurrence locale leurs produits comme ils sont parvenus à le faire en Europe et dans d’autres régions du monde. Ils sont soutenus par les installateurs américains et par le syndicat des activités PV (le SEIA) qui veulent un prix des panneaux le plus bas possible pour pouvoir vendre le plus facilement possible des installations photovoltaïques. De l’autre coté, les industriels américains qui disparaissent les uns après les autres (SunPower est en difficulté et sans le soutien de Total, seraient dans la même situation que SolarWorld Americas ou que Suniva), et les autorités américaines qui ne transigent pas avec l’intérêt supérieur du pays et avec la sauvegarde d’une Amérique tout puissante.

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La situation s’institutionnalise

    Pour mettre du piment à la situation, la Commission du Commerce International des Etats-Unis a décidé d’enquêter sur la plainte de Suniva, plainte que SolarWorld Americas a rejointe. Ceci veut dire qu’un rapport sur la situation sera établi le 14 septembre prochain (en principe). D. Trump sera saisi officiellement de ce rapport le 13 novembre.

   D’ici là, toute l’activité photovoltaïque des Etats-Unis est dans l’expectative : les importateurs, les installateurs résidentiels et les développeurs de centrales savent que des mesures de protection seront prises, mais bien sûr, personne ne sait de quelle ampleur, qui sera touché et comment ! Si chacun fait tourner ses calculettes sur la base des réclamations de Suniva, cela ferait remonter le prix des panneaux à ceux de 2015, ce qui n’est pas encore très catastrophique, mais personne ne peut dire si les importations de panneaux se poursuivront, s’il y aura un contingentement ou au pire une suppression des importations. Cette incertitude empêche les professionnels américains de se projeter dans 2018, car comment proposer des prix aux clients si on ne connait pas celui du principal d’entre eux, le prix des panneaux. Celui-ci selon les cas représente entre 30 % (pour une centrale) et 50 % (pour le résidentiel) d’une installation. Dès lors, pour effrayer, le SEIA annonce que 60 % de l’activité d’installation sera supprimée en 2018, ce qui représente « des centaines de millions de travailleurs américains dans l’industrie solaire et pourrait compromettre des milliards de dollars d’investissements ». C’est manifestement exagéré car il n’y a que 266.077 travailleurs américains dans le solaire fin 2016, chiffre dont il faudrait déduire les emplois industriels qui ne sont pas concernés par une diminution du volume des installations.

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La semi-léthargie du marché américain va accentuer la surproduction mondiale de panneaux au second semestre

   Cette semi-léthargie qui va frapper l’activité photovoltaïque américaine va se répercuter sur l’approvisionnement mondial en panneaux déjà marqué par la surproduction. Si la demande américaine 2017 peut être évaluée autour de 10 GW (14,5 GW en 2016), soit 10 % de la capacité de production mondiale) et si le marché outre-Atlantique se fermait (temporairement ou durablement) aux importations chinoises, on peut se demander où iront ces produits non-vendus aux Etats-Unis !

   Cette hypothèse n’est pas seulement valable pour 2018, mais déjà pour le second semestre 2017 ! Jusqu’au 30 juin, les fabricants ont des commandes pour la réalisation de centrales en Chine. L’augmentation des capacités de production réalisées en 2016-début 2017 s’est traduite par une stabilité ou un reflux des prix à la production, indiquant que la demande trouvait facilement de la marchandise. Lorsque cette demande va devenir moins forte, les fabricants ne sauront pas où se tourner pour livrer leurs panneaux. La crise américaine intervient donc à un bien mauvais moment. Comme en 2016, les acheteurs de panneaux vont miser sur une nouvelle baisse des prix et éviter d’acheter au cours du troisième trimestre, accentuant la surcapacité et provoquant à nouveau une chute des prix. Les fabricants qui ont vu leurs marges bénéficiaires revenir près de zéro (comme JA Solar) au 1er trimestre, vont être soumis à rude épreuve. Le plus faible lâchera, entrainant parmi les fabricants chinois une nouvelle concentration… Faut-il envisager que les producteurs chinois deviennent eux aussi victimes de la surproduction qu’ils ont sciemment organisé ?

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A NOTER

   - Le tribunal de commerce a reporté au 14 juin sa décision sur l'avenir du fabricant de panneaux photovoltaïques Sillia VL

   - Les énergies renouvelables emploient 9,8 millions de personnes dans le monde.

   - Photosol possède un parc de 143 mégawatts en exploitation ou en finalisation de projets.

   - Pour le tiers (exactement 31 %) de Français interrogés une installation photovoltaïque est encore trop chère

   - Vendre des panneaux en intéressant le public

   - Projet de réseau intelligent à Rotterdam

   - Les russes affirment avoir réussi à stabiliser la pérovskite

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