L Publié le lundi 29 mai 2017 - n° 193 - Catégories : divers stockage

Le stockage d’énergie par batterie aura-t-il un avenir prometteur ?

   Le stockage d’énergie par batterie est au cœur des enjeux actuels liés à la transition énergétique et les signes de frémissement de la filière française sont nombreux : lois, appels à projets, expérimentations, investissements, positionnement d’acteurs, développement de solutions innovantes. Même s’il subsiste de nombreux freins au développement du stockage par batterie en France, des conditions de plus en plus favorables émergent, véritables signes d’espoir pour la filière.

   Les installations de stockage par batterie peuvent rendre une multitude de services aux différents acteurs du système électrique : par la réduction de la facture énergétique en diminuant les pics de consommation coûteux pour le réseau électrique, par la sécurisation de l'approvisionnement électrique ce qui concerne les réseaux isolés, les sites dits « électro-sensibles » (hôpitaux, aéroports,...) ou encore par la régulation de la tension et de la fréquence, par la valorisation des actifs de production, ce qui permet à un producteur d'énergie renouvelable de valoriser l'ensemble de sa production.

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   Plusieurs freins techniques, organisationnels, administratifs mais surtout économiques empêchent actuellement le développement à grande échelle du stockage par batterie en France métropolitaine : le coût des batteries est trop élevé ou/le prix de l'électricité du réseau est trop bas pour rentabiliser le stockage.

   Le gouvernement français a cherché à promouvoir le stockage par des lois (celle du 27 février 2017 sur l'autoconsommation) et par des appels d'offres. Des expérimentations de stockage ont été menées en zone insulaire : projets Pegase à la Réunion (EDF) et Myrte en Corse (CEA, Areva); puis en métropole, avec les projets Nice Grid et Venteea (Enedis), IssyGrid (Bouygues Immobilier) et plus récemment la solution Ringo (RTE). L’effervescence autour du stockage fait également émerger tout un écosystème de jeunes entreprises innovantes, actives en France comme à l’international, en particulier dans le domaine de la gestion intelligente de l’énergie au sein du bâtiment ou d’un réseau local.

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   La filière émergente autour du stockage par batterie a devant elle de nombreuses perspectives de développement. Elles concernent :

   La mobilité électrique : les batteries de véhicules électriques peuvent être recyclées pour des usages stationnaires, notamment domestiques à l’instar du projet Européen ELSA piloté par Bouygues Energies & Services ;

   L’hydrogène : une filière associée à la transition énergétique dont les perspectives sont multiples. Une fois produit et stocké, l’hydrogène peut être utilisé dans une pile à combustible pour produire de l’électricité, alimenter des véhicules via des stations d’hydrogène, être réinjecté dans les réseaux de gaz naturel ou encore être utilisé directement dans certains procédés industriels. Sylfen, une jeune entreprise grenobloise, a ainsi développé une offre innovante basé sur une solution de production d’électricité locale associée à un stockage sous forme d’hydrogène;

    Les micro-réseaux, des réseaux isolés de petite taille dans lesquels s’intègre du stockage par batterie, par exemple en zone insulaire (îles européennes, Cuba, Indonésie, Malaisie) et en zones rurales isolées (Mali, Côte d’Ivoire);

    Plusieurs marchés de niche en France : la sécurisation de l’approvisionnement électrique et l’intégration des énergies renouvelables en zones insulaires, et les projets de bâtiments « intelligents » ou plus largement d’éco-quartiers. Ces éco-quartiers sont des expérimentations portées par des collectivités territoriales (chargées de l’organisation et du pilotage de la transition énergétique au niveau local) et peuvent par exemple inclure de la production locale photovoltaïque, de l’autoconsommation (individuelle ou collective) et des véhicules électriques.

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  L’enjeu principal pour la filière française du stockage par batterie est de faire émerger des champions nationaux, en particulier dans la fourniture de systèmes et de services associés à l’actif de stockage, en exploitant les compétences et expériences des acteurs académiques et industriels français.

   Un certain nombre d’actions pourraient être menées :

    Déployer le stockage là où il est déjà rentable, notamment en zones insulaires ;

    Définir le rôle du stockage pour donner une meilleure visibilité aux acteurs impliqués à l’aide d’une consultation publique de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) sur le thème des flexibilités ;

    Identifier les facteurs clés de succès du déploiement généralisé du stockage en métropole, notamment les modèles d’affaires et de collaboration viables. Ceux-ci peuvent être issus des retours d’expériences détaillés des différents démonstrateurs ;

    Identifier les modèles de soutien et de développement de la filière, via des objectifs nationaux voire par des moyens législatifs pour le développement de certains services rendus par le stockage particulièrement prometteurs ;

    Concevoir, organiser et conduire des formations dédiées au stockage dans les universités et les écoles d’ingénieurs.

   De nombreuses parties prenantes plaident aujourd’hui pour un soutien de la puissance publique pour les segments de marché les plus prometteurs, soutien qui représenterait un levier de développement au service d’une stratégie long terme créatrice d’emplois, de croissance et de compétitivité.

Le Monde de l'Energie du 22 mai

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