L Publié le mardi 16 mai 2017 - n° 191 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le PV n° 191 du 16 mai

LA DECLARATION D’INSOLVABILITE DE SOLARWORLD A UNE EXPLICATION ECONOMIQUE ET UNE AUTRE POLITIQUE-STRATEGIQUE

L’explication économique vient des chiffres

L’autre explication est politique et stratégique.

La politique suivie par les chinois a été très simple :

Ensuite étouffer l’adversaire

Les fabricants chinois ont reçu le soutien des autorités politiques

Cette politique va se poursuivre pour éliminer les derniers concurrents

 

UNE ANALYSE RARE : L'IMPORTANCE DU TAUX DE CHANGE POUR LA CONSTRUCTION D'UNE CENTRALE

 

QUE VEUT DIRE UNE HAUSSE DE 20 % DU CHIFFRE D’AFFAIRES DES EQUIPEMENTIERS ALLEMANDS EN 2016 ?

 

L’ECLIPSE DE SOLEIL EN CALIFORNIE SERA UN NOUVEAU TEST POUR L’AVENIR DU PHOTOVOLTAÏQUE

 

RESULTAT DE L’APPEL D’OFFRES SUR BÂTIMENTS

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A NOTER

LA DECLARATION D’INSOLVABILITE DE SOLARWORLD A UNE EXPLICATION ECONOMIQUE ET UNE AUTRE POLITIQUE-STRATEGIQUE

   L’événement de la semaine est la déclaration d’insolvabilité de la société-mère SolarWorld. Comme elle l’indique, elle est victime de l’opération de dumping des fabricants chinois. A cela, il y a deux explications, l’une économique, l’autre politique et stratégique.

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 L’explication économique vient des chiffres

   Alors qu’à fin juin 2016, la société avait un excédent brut d’exploitation (avant amortissements et provisions, ou ebitda) bénéficiaire et un résultat opérationnel (après amortissements et provisions) quasiment à l’équilibre (- 3 M€), la situation s’est dégradée au troisième trimestre et surtout au quatrième où le chiffre d’affaires s’est établi à seulement 164 M€ avec un excédent brut d’exploitation négatif de 32 M€ et une perte opérationnelle de 68 M€ si on exclut les dépréciations d’actifs pour 25 M€. Ainsi, la perte opérationnelle du quatrième trimestre atteignait 41 % du chiffre d’affaires. C’est une situation intenable ! La société espérait que cette période serait exceptionnelle et que la situation conjoncturelle se normaliserait au premier semestre 2017 avec une reprise de la demande pour satisfaire les installations chinoises et une tendance à la reprise des prix des panneaux. Cette amélioration ne s’est pas produite puisqu’il y a eu encore une légère érosion des prix des panneaux au cours des quatre premiers mois de l’année. Dès lors, la situation financière et économique de l’entreprise devenait catastrophique. La mise en insolvabilité s’imposait.

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   L’autre explication est politique et stratégique.

   Elle est bien plus pertinente que l’explication économique. Entre 2011 et 2013, la première offensive des fabricants chinois sur le photovoltaïque avait pour objectif de tester la réaction des industriels et des gouvernements politiques européens. Elle s’est traduite par la disparition de fleurons allemands tels que Q-Cells, Solon, Conergy,… sans qu’il y ait de réaction à la mesure de l’enjeu géostratégique. Pendant cette période, SolarWorld avait mis un genou à terre, mais avait réussi à s’en sortir par la conversion de ses dettes en capital et en procédant à une augmentation de capital réservée au Qatar, lui attribuant 29 % de son capital. Depuis 2014, le redressement était en cours, avec des efforts de recherche et développement pour mettre au point de nouveaux produits (bi-verre sans cadre, panneau biface, garantie de 86 % de rendement après 30 ans d’exploitation…). Ceci n’était pas suffisant pour contrer la volonté stratégique chinoise d’éliminer SolarWorld, à la fois coupable de mener une guerre protectionniste à travers ProSun sur le marché européen et sur le marché américain, et plus fondamentalement coupable de chercher à survivre à l’hégémonie chinoise. Dès lors, après avoir récupéré des forces financières pendant deux ans, la Chine est repassée à l’attaque fin 2015-début 2016, en augmentant considérablement ses capacités de production.

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   La politique suivie par les chinois a été très simple :

   Premièrement, verrouiller le marché chinois pour empêcher l’installation de concurrents étrangers qui pourraient porter la contradiction au sein du marché intérieur; secondement, établir des prix suffisants pour faire des bénéfices dans l’Empire du Milieu; troisièmement, faire des pertes à l’étranger (selon la formule célèbre : faire des pertes dans un océan de profits). Le gouvernement américain a constaté cet état de fait en estimant fin 2016 que les fabricants chinois de cellules vendaient leurs produits sur le marché américain 30 % de moins que leur prix de revient. Ce n’est pas surprenant, car c’est une partie de la stratégie chinoise.

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   Ensuite étouffer l’adversaire

   Autre volet de cette politique que les chinois affectionnent particulièrement : étouffer l’adversaire par le nombre. L’Union Européenne affirmait en mars 2017 que la capacité de production chinoise atteignait 108 GW, soit une fois et demie la demande mondiale de 2016. D’autres chiffres évaluent cette capacité à 1,3 fois (130 %) la demande mondiale. Ainsi, après avoir fourni leur demande intérieure, les fabricants chinois doivent écouler leurs surplus à n’importe quel prix pourvu qu’ils fassent marcher leurs usines. Tant pis pour les concurrents occidentaux qui jouent le jeu (mais de façon dissymétrique car ils n’ont pas accès au marché chinois alors que les fabricants chinois ont accès au marché européen). S’il y a plusieurs entreprises chinoises, il n’y a qu’une seule politique en Chine. Elle est établie par le gouvernement, de façon planifiée, organisée et coordonnée entre les dirigeants politiques et les dirigeants de grandes entreprises. Le but ultime est d’être le seul fournisseur mondial de panneaux.

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   Les fabricants chinois ont reçu le soutien des autorités politiques

   La coordination de la nouvelle attaque économique en 2016-2017 fondée sur l’augmentation massive de capacité, doit être soulignée. Elle n’est pas le fruit du hasard. N’importe quel dirigeant chinois ne pouvait pas ne pas s’interroger, au moment de passer commande de nouveaux matériels augmentant ses capacités, comment ils pourraient écouler la production supplémentaire. Il faut qu’il y ait eu un feu vert fourni par les autorités politiques, que ces augmentations de capacités aient été subventionnées et compensées par des prix attrayants sur le marché chinois. De quoi rassurer les dirigeants, qui se sont lancés dans des plans d’augmentation sans avoir les risques économiques correspondants…

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   Cette politique va se poursuivre pour éliminer les derniers concurrents

   Pour les chinois, tous les moyens sont bons pour acquérir la suprématie mondiale et même le monopole mondial ! Après avoir éliminé les fabricants européens et américains où ils ont mené la même politique de prix bas, ils menacent SunPower qui présente depuis plusieurs trimestres une marge opérationnelle bien dégradée, et encore plus à la fin du 1er trimestre 2017. De même, ils s’attaquent aux taïwanais qui ont fait l’erreur stratégique de rester des sous-traitants, fournisseurs de plaquettes et de cellules, sans vouloir s’imposer comme fabricants de panneaux. Ils ont cru en la solidarité chinoise. Les fabricants de l’Empire du Milieu leur coupent les commandes. Les comptes des sociétés taïwanaises du premier trimestre font apparaitre des marges brutes fortement négatives (ce qui veut dire qu’ils vendent moins chers leurs produits transformés que le prix d’achat des marchandises servant à la production) et une perte opérationnelle de l’ordre de 20 % du chiffre d’affaires. Sauf redressement rapide des prix, sauf une évolution vers la fabrication de panneaux (mais il faut du temps pour installer les équipements et trouver les clients), ou encore sauf une aide massive du gouvernement de Taïwan, ces producteurs vont eux aussi disparaitre.

   Il ne restera que les chinois sur le marché, qui comme l’a si bien fait SolarPower Europe, regretteront à haute voix et très bruyamment, la disparition de concurrents, tout en se félicitant in petto du succès de cette politique. Les installateurs occidentaux, eux aussi se félicitent; ils croient que la disparition de SolarWorld sonne la fin des droits de douane et espèrent vivement que ceci conduira à la baisse les prix d’achat permettant de faire de meilleures affaires. Cette opinion est déjà contredite par la réalité car malgré la baisse de prix sur le marché, le volume installé en Europe entre 2015 et 2016 a diminué de 21 %, infirmant de façon magistrale la croyance que la baisse des prix stimule automatiquement la demande.

   Quelques bonnes âmes veulent positiver en soulignant les quelques succès européens tel que les membranes organiques photovoltaïques d’Heliatek, les films photovoltaïques pour fenêtres ou murs du tandem Vinci-Sunpartner, le succès de Solarwatt, ou encore le lancement de quelques micro-usines comme celle de Solbian en Italie. Le poids de ces « concurrents » est suffisamment insignifiant ou modeste pour ne pas perturber les agissements des grands fabricants chinois.

   Heureusement, certains dirigeants ou hommes politiques (comme le PDG de l’allemand Heliatek) commencent à s’inquiéter du monopole chinois sur le photovoltaïque. Il est certain que la faillite de Suniva va inciter les Etats-Unis à réagir à la fois pour maintenir une industrie américaine et pour limiter le poids de la Chine sur le marché du photovoltaïque. En Europe, la réaction ne sera pas aussi vive car si les allemands voudraient sauvegarder leur industrie, d’autres pays sont sensibles au mirage de la baisse de prix que la suppression des droits de douane ferait entrevoir. Malgré ceci, la mise en insolvabilité de SolarWorld constitue un électrochoc qui pourrait conduire à une politique davantage en faveur de l’industrie européenne. En tout cas, c’est le souhait qui peut être formulé.

 

UNE ANALYSE RARE : L'IMPORTANCE DU TAUX DE CHANGE POUR LA CONSTRUCTION D'UNE CENTRALE

   Les professionnels du photovoltaïque sont des techniciens, pas des financiers. Ceci se voit car, en dehors des résultats des sociétés, ils ne s’aventurent pas sur les mécanismes de financement, de taux d’intérêt ou de variations de change. C’est pourquoi il faut saluer le courage d’un rédacteur de GreenTech Media d’avoir abordé le problème du risque de change tout au long de la vie d’une centrale. Ceci commence dès les enchères, se poursuit lors de la construction, et a un effet ultérieurement pendant la durée d’exploitation de la centrale photovoltaïque.

   Sa présentation est instructive en ce sens qu’elle balaie les différents postes qu’un développeur doit considérer pour réussir son projet de centrale. En revanche, les conclusions ne peuvent pas être aussi définitives qu’il le prétend, car tout dépend de la période d’évolution du dollar. Actuellement la parité de la monnaie américaine se renforce face aux autres monnaies, d’où la parité actuelle d’un euro pour 1,10 dollar. C’est la conséquence de l’anticipation d’un resserrement monétaire (c'est-à-dire d’une remontée des taux d’intérêt) lié à la sortie de la phase de distribution d’argent par la Réserve Fédérale. Celle-ci avait maintenu un taux d’intérêt proche de zéro pour stimuler l’économie américaine. De son coté, la Banque Centrale Européenne continue ses achats d’obligations, et reste dans une phase d’injection de monnaie dans l’économie, donc de taux d’intérêt proches de zéro.

   Ainsi selon la phase dans laquelle se situe le dollar, on a avantage à détenir des dollars ou au contraire des devises locales à condition que le taux de change varie peu par rapport aux autres grandes monnaies telles que l’euro.

   L’article n’en parle pas, mais les taux d’intérêt jouent un rôle considérable dans le succès ou l’échec d’un projet : un taux élevé renchérit considérablement le coût général et il faut qu’il y ait une bonne indexation du prix de l’électricité pour que le jeu en vaille la chandelle. Un taux d’intérêt réduit limite le coût du projet ce qui donne plus de latitude au développeur ou au propriétaire pour réduire le coût initial de l’électricité.  Le risque de change dans le PV : un facteur à ne pas négliger

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QUE VEUT DIRE UNE HAUSSE DE 20 % DU CHIFFRE D’AFFAIRES DES EQUIPEMENTIERS ALLEMANDS EN 2016 ?

   Les fabricants allemands d’équipements ont augmenté de 20 % leur chiffre d’affaires en 2016. C’est à la fois beaucoup et peu car on ne connait pas la capacité de production que cela représente, alors que la demande de panneaux en 2016 a augmenté selon les instituts entre 33 % et 50 %. De même, on ne sait pas si les équipements fournis sont bien plus productifs pour le même prix : alors l’évolution du chiffre d’affaires a peu d’intérêt.

   Les statistiques 2016 indiquent que les commandes au premier semestre portaient sur des augmentations de capacité et qu’en fin d’année, elles concernaient des mises à niveau technologiques pour produire à plus haut taux de conversion, ou des panneaux bifaciaux, ou encore pour muter vers le silicium noir… On peut donc estimer qu’une partie de l’ancien matériel sera inutilisé ou détruit. La question est, dans quelle proportion ?

   La répartition géographique des commandes au 4ème trimestre (65 % Asie, 19 % Amérique, 8 % Europe) intrigue car ceci voudrait dire que le quart des équipements vont en Occident, alors que la situation des fabricants y est précaire… Il y a probablement des achats occidentaux qui partent en Asie !  Les fabricants allemands d'équipements photovoltaïques ont augmenté leur chiffre d'affaires de 20 % en 2016

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L’ECLIPSE DE SOLEIL EN CALIFORNIE SERA UN NOUVEAU TEST POUR L’AVENIR DU PHOTOVOLTAÏQUE

   Seconde épreuve pour les installations photovoltaïques après celle du 20 mars 2015 : l’éclipse de soleil qui va toucher la Californie le 21 août prochain en fin de matinée. En Allemagne, la disparition de la luminosité puis sa remontée rapide n’avaient pas eu d’effet particulier sur les installations. Deux ans après, les centrales solaires sont bien plus nombreuses qu’en Allemagne, et plus concentrées. L’intensité de l’éclipse sera comparable (de 62 % à 76 % selon les parties de la Californie), à celle de l’Allemagne (de 66 % à 83 %). Pour s’y préparer, deux attitudes sont à l’étude : demander à la population de réduire sa demande d’électricité pour alléger la demande et permettre de franchir la période comprise entre 10 h 22 et 12 h (ce n’est pas encore la période la plus chaude la journée et les climatiseurs ne sont pas encore tous en fonction), et/ou bien mettre en marche des centrales au gaz ou des centrales hydroélectriques pour compenser un manque à gagner de l’ordre de 6 GWh. L’éclipse est donc un nouveau test pour l’instauration croissante du photovoltaïque dans nos vies. Selon ce qui se passera, ou bien ce phénomène sera quasiment négligé dans l’avenir, ou bien il faudra en tenir compte lorsqu’il se reproduira, avec des moyens plus conventionnels.

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RESULTAT DE L’APPEL D’OFFRES SUR BÂTIMENTS

   L’appel d’offres sur bâtiments du gouvernement français a récompensé 361 lauréats. Il a attribué 150 MW à 0,1067 € le kWh. Ce prix est une moyenne basée sur l’ensemble des lauréats alors qu’il y avait deux segments de puissance de 100 à 500 kWc et de 500 kWc à 8 MWc La liste des principaux lauréats est reprise dans le tableau ci-dessous. Urba Solar obtient 21 % du total, ou 39 % de l'appel d'offres CRE4 « bâtiments de centrales en grandes toitures ».

 

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A NOTER

  -  Le volume des installations de centrales en Chine au 1er trimestre est comparable au volume de l’an dernier, soit 7,2 GW.   Les installations de centrales en Chine au 1er trimestre

  -  Trina Solar est parvenu à porter le taux de conversion d’une cellule de type « n » à contact arrière interdigitée (IBC) à 24,1 %.

  -  Natcore a porté sa cellule sans argent à un taux de conversion de 20,7 %.

  -  Tesla a présenté ses tuiles photovoltaïques qui seront commercialisée à partir de juin en Californie. Les commandes sont désormais possibles. Sans surprise, les prix plus chers sont moins chers du fait du rendement ! Le talent de commercial d’E. Musk est une fois de plus évident.

  -  Pour tout savoir sur le photovoltaïque en France, consultez la 21ème édition de l’Observatoire de l’Energie Solaire Photovoltaïque réalisée par France Territoire Solaire.  Présentation des tuiles solaires Tesla

  -  Les publications de comptes des sociétés au premier trimestre se multiplient.

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