L R AS Published on Monday 12 September 2022 - n° 415 - Categories:AAE-PPA contrat privé

Le marché des accords d'achat d'énergie a changé aujourd’hui, par rapport au passé

Les accords d'achat d'énergie (AAE) sont actuellement perturbés par la volatilité des prix sur les marchés de l'énergie, par l'inflation et par la flambée des taux d'intérêt

Les entreprises clientes sont de plus en plus intéressées par les AAE car c'est le principal moyen de se couvrir contre les variations de prix de l'énergie à long terme

, et donc d’avoir un peu de stabilité dans leurs coûts de production.

L'évolution

En septembre 2021, les marchés étaient encore tranquilles. Les cours de l'énergie fluctuaient dans une fourchette raisonnable. Selon Bloomberg, en 2021, 31 GW ont été souscrits dans le monde. Cependant entre la fin du troisième trimestre et le début du quatrième trimestre 2021, des températures froides ont touché l’Europe, entraînant une plus forte demande de gaz et d'électricité, alors que les stocks de gaz en Europe étaient faibles. Il fallait les reconstituer pour l'hiver. Le début de la période hivernale a poussé les prix à la hausse.

En même temps, le prix des quotas d'émission européens (EUA) étaient orientés à la hausse pour des objectifs climatiques. Ils ont atteint 100 €/tonne au début de l'année 2022. La hausse des prix du gaz et du CO2 a donc entraîné une légère augmentation des prix de l'électricité, qui restaient toutefois dans des limites "raisonnables" et prévues.

L'envahissement de l'Ukraine a propulsé les prix de l'énergie à des niveaux particulièrement hauts sur fond de craintes de pénuries et de problèmes d'approvisionnement. La série de mesures restrictives prises par l'UE à l'encontre de la Russie a contribué à rendre encore plus difficile l'équilibre entre l'offre et la demande. La fermeture du gazoduc Nord Stream a réduit encore la capacité d'approvisionnement en gaz de l'Europe.

La situation actuelle

La récente période estivale particulièrement chaude a provoqué une augmentation de la climatisation, a fait baisser le niveau des eaux affectant la production hydraulique et nucléaire. La France a été particulièrement affectée car les centrales nucléaires n'avaient plus assez d'eau de rivière pour refroidir les réacteurs. Il s'y est ajouté les problèmes de maintenance des réacteurs et des problèmes de corrosion. Début août 2022 et fin août, le prix des contrats en France pour le 1er trimestre 2023 a dépassé temporairement les 1.000 € le MWh.

Tout ceci a fait grimper en flèche les prix des accords d'achat d'électricité. Ils ont augmenté plus vite que les prix sur le marché. La liquidité a diminué car des prix plus élevés signifient également des problèmes de trésorerie pour les participants au marché (consommation accélérée des lignes de crédit, nécessité de garanties plus importantes et plus coûteuses pour couvrir les risques de contrepartie, et appels de marge plus importants).

Les primes de risque des compagnies d’électricité et des négociants alimentent également la tendance à la hausse, car les conditions du marché atteignent des scénarios extrêmes, qui doivent être pris en compte, en particulier pour les accords à long terme.

Ainsi, en Allemagne, le contrat à un an (2023 power baseload) a été multiplié par 6, passant de 122 €/MWh le 03/01/2022 (clôture EEX), à 760 €/MWh le 29/08/2022. La moyenne décennale de la charge de base est 2,8 fois plus élevée (de 87 €/MWh à 245 €/MWh) au cours de la même période

Le proche futur

Ceci s'est manifesté dans toute l'Europe. Ainsi, en France, le prix retenu pour le nouvel appel d'offres (PP2) est de 16 % plus élevé que le précédent.

Les développeurs subissent de leur côté des hausses de prix (de panneaux, de fret, de financement, de taux d'intérêt), alors que l'intérêt des entreprises pour de tels contrats est évident puisqu’ils leur permettent de se protéger contre une nouvelle hausse des prix de gros de l'électricité

Tout ceci a affecté le marché des AAE. Le volume des transactions en 2022 sera en sensible baisse.

Tout dépendra de l'hiver qui arrive ; il peut y avoir une sécheresse prolongée réduisant la production hydroélectrique, des arrêts prolongés des réacteurs nucléaires, un arrêt des livraisons de gaz russe, une température hivernale. Les acheteurs d'énergie peuvent aussi subir les prix au comptant et devant la hausse, être incapable de payer.

A l’inverse, il peut aussi y avoir un hiver clément avec suffisamment d’énergie pour satisfaire la consommation

S’il est certain que la tendance à la baisse s’imposera à terme, il peut y avoir une hausse temporaire dans la situation actuelle. Dans la conjoncture actuelle, il est prudent de sélectionner les projets prêts à être construits. Le futur souscripteur à un AAE doit vérifier qu’il y a bien l'autorisation d'accès au réseau, et les licences, l'approvisionnement en panneaux, l'EPC, le financement obtenu, etc...

https://www.pv-magazine.com/2022/09/06/a-game-changer-for-ppa-markets/

Finergreen du 6 septembre 2022-PV Magazine u 6 septembre 2022

 

NDLR   Dans notre appréciation de la situation, nous sommes partagé entre une difficulté inévitable d’approvisionnement en énergie durant l’hiver et, une période hivernale sans problème majeur puisque « le pire n’est jamais sûr ».

En faveur de la première alternative, les décisions d’embargo et de suspension des approvisionnements ont été trop brutales pour qu’il y ait eu préparation des mesures à prendre et adaptation progressive à la nouvelle situation. Ce n’est pas dans l’urgence qu’on adopte les meilleures solutions

En faveur de la seconde possibilité (un hiver sans froid rigoureux), le réchauffement climatique, les mesures prises ou encore la mise en retrait de certaines unités de production très énergivores peuvent induire une période sans problème majeur.

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