L R AS Publié le mardi 01 septembre 2020 - n° 329 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la concentration monopolistique des fabricants de la filière photovoltaïque

En cette rentrée, il est intéressant d'examiner l'état de la production photovoltaïque et du marché. La pandémie du Covid 19 a en principe perturbé la production et la demande. Qu'en est-il exactement ? Qui est particulièrement affecté ? Y a-t-il eu baisse des prix sous l'effet d'une réduction de la demande ? Ou au contraire une hausse ? En un mot, comment a évolué la filière au terme d'un semestre compliqué ?

Pour une lecture rapide

Le silicium : la sensible baisse des prix du premier trimestre a été effacée par la remontée de juin à août. La production a augmenté de 36 % sur la période et la production se concentre de plus en plus entre quelques acteurs.

Les plaquettes : deux mutations ont été à l'oeuvre : le transfert du multicristallin au profit du monocristallin s'est poursuivi, la taille des plaquettes est encore très discutée, avec une tendance marquée à de plus grands formats. La production a augmenté de 19 % sur l'an dernier

Les cellules : Les fabricants ont été coincés entre les hausses de prix provenant de l'amont et le refus d'inflation provenant des producteurs de panneaux. Les cinq principaux fabricants fournissent déjà plus de la moitié des cellules. La concentration va se poursuivre car ils sont les seuls à pourvoir investir dans les formats plus grands de plaquettes. Ces cinq sont à l'origine de la hausse de 16 % de la production semestrielle.

Les panneaux : les fabricants se sont heurtés à une mévente du fait de la pandémie. Ils ont réagi en présentant des panneaux de plus en plus grands (> 600 watts), et des panneaux bifaces. La production chinoise fournira 85 % de la demande mondiale de panneaux en 2020. Les dix principaux fabricants assureront 85 % de cette production.

Comment va évoluer le marché au second semestre ? Les autorités chinoises sont optimistes, mais les fournisseurs ont encore une marge d'augmentation de production. La pandémie reste la grande inconnue des quatre derniers mois.

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Le texte

Le silicium

Le silicium a été un élément central et perturbateur au cours du premier semestre. Selon les statistiques officielles chinoises (le CPIA), la production aurait atteint 205.000 tonnes au cours de la période, soit une progression de 32 % sur le premier semestre 2019, pour une capacité mondiale (annuelle) de production de 543.000 tonnes. La Chine dispose de 85 % de la capacité mondiale (et certainement au moins autant en production) selon PV Magazine

La perturbation du secteur se manifeste par la disparition de nombreux fabricants chinois et étrangers même très connus comme Hanwha Chemical ou les usines coréennes d’OCI. Elle est la conséquence de la migration des usines de production de l’est de la Chine vers l’ouest (le Xinjiang notamment) où le coût de l’électricité est aussi bas que 0,26 RMB / kWh (0,038 $), ce qui offre un avantage compétitif car l’électricité représente 30 % des coûts de production du silicium. En s’installant dans le Xinjiang, les nouvelles unités de production parviennent à un coût du silicium compris entre 35 à 40 RMB / kg (5,13 $ - 5,90 $). Or au cours du 1er trimestre 2020, le prix du silicium sur le marché est descendu à 60 RMB / kg (8,80 $). De nombreux fabricants chinois et étrangers ont dû arrêter leur production du fait des pertes récurrentes. Désormais, quatre fabricants Yongxiang, Daqo New Energy, TBEA et East Hope disposent de 53 % de la capacité mondiale de production polysilicium. Le coût de production de leurs usines très modernes et productives est inférieur à 45 RMB / kg (6,60 $). De quoi éliminer encore de nombreux autres fabricants n’ayant pas le même coût de production.

Le prix du silicium est fortement remonté en juin-juillet-août sous l’effet d’accidents industriels chez deux producteurs (Daqo et GCL Poly) selon la version officielle. pvXchange émet l’hypothèse que les unités ont été fermées du fait du covid. Cette hausse des prix est curieuse. Elle parait contester la version officielle de l’accroissement du volume de production du semestre. D’une part cette augmentation de 32 %, soit 50.000 tonnes supplémentaires de silicium est étonnante car la pandémie a dû réduire le nombre d’ouvriers et un certain nombre de producteurs ont arrêté leur production sous l’effet des prix trop bas, même si on ne connait pas l’importance de leur capacité de production. D’autre part, cette hausse de la production alors que la demande mondiale de panneaux est entravée par la pandémie, aurait dû provoquer un effondrement du prix et non 20 % d’inflation.

PV InfoLink estime que le prix va revenir à 66 RMB / kg (9,45 $) en fin d’année. C’est probable.

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Les plaquettes

L’épisode de la flambée du prix du silicium a eu un effet sur le reste de la chaine de production. Le prix des plaquettes ainsi que la mutation du multicristallin vers le monocristallin (qui représentera 80 % de la production en 2020) a répercuté cette inflation. Il a été en partie masqué par l’évolution de la demande : le format normal en 2019 était une plaquette de 156,75 mm de côté. Il perd de l’importance au profit de la plaquette de 158 mm qui sera remplacée au 1er semestre 2021 par la plaquette de 166 mm (M6) laquelle deviendra dominante. Celle-ci sera elle-même remplacée par le format 210 mm (M12) au premier semestre 2022 car il est adapté aux grands formats de panneaux destinés aux centrales solaires. Cette mutation est progressive car il faut adapter les équipements de production dans les lignes de fabrication et chez les fabricants de verre.

Ceci n’a pas empêché les fabricants de plaquettes, selon le CPIA, d’augmenter de 19 % leur production semestrielle pour atteindre 75 GW.

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Les cellules

Au milieu de la filière PV, les fabricants de cellules ont subi aussi la hausse du prix du silicium mais ils dépendent aussi des ventes de panneaux. Celles-ci ont été perturbées par le coronavirus, par la faiblesse des installations en Chine au cours du premier semestre (11 GW) et par la faible demande dans de nombreux pays étrangers confinés. La hausse des prix des cellules atteint 21 % en deux mois fin juin-fin août). Cette vive hausse a obligé certains fabricants de cellules comme d’ailleurs certains producteurs de panneaux à résilier des commandes car les contrats étaient conclus à des prix inférieurs à ceux du marché, ou à renégocier les contrats.

Pourtant, selon le CPIA, la production a augmenté de 16 % pour atteindre 59 GW. Cette progression a été essentiellement obtenue par les cinq principaux fabricants : le n°1, Tongwei a augmenté sa production de 31 %, le n° 2, Aiko de 83 %, Lu’an de 76 %, Runergy a doublé, … sans qu’on puisse connaitre la part de marché qu’ils représentent.

Ces cinq fabricants occupent une place de plus en plus grande (sans qu’aucun chiffrage connu) dans le volume produit, car ils éliminent les fabricants de rang 2 du fait de leur compétitivité en prix et en type de produits. De plus, ce sont eux qui mettent en place le plus rapidement des lignes de production adaptées aux plus grands formats de plaquettes. Ils ont aussi un réseau de distribution solide en Chine et à l’international. Ces fabricants ont bénéficié de la remontée des prix des cellules en  juillet –août : ils sont parvenus quasiment au niveau de début janvier

 Cette flambée des prix devrait retomber du fait de la faible demande de panneaux laquelle entrave toute hausse des cours de cellules.

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Les panneaux

Les grands assembleurs de panneaux sont en contact direct avec l’étranger. La pandémie s’est traduit par une stagnation des exportations à 28 GW. Les installations en Chine de 11 GW laissent une mévente de 14 GW par rapport à la production évaluée de CPIA. Il l’établit à 53 GW pour le premier semestre en progression de 13 %. Cette mévente oblige les producteurs à éviter des hausses de prix difficiles à passer auprès de leurs clients. Ils freinent donc les hausses de coûts venant du silicium à travers les cellules.

Les grands manufacturiers gagnent des parts de marché du fait de leur adaptation à la demande en faveur de plus grands formats de cellules et de panneaux (des unités de plus de 600 W ont été présentés au récent salon SNEC de Shanghai, ainsi que des panneaux bi faces qui augmentent constamment leur part de marché ; elle atteindra 30 % des projets au sol chinois en 2020). Ceci se traduit par la progression de leur part de marché dans la production

La production chinoise fournira 85 % de la demande mondiale de panneaux en 2020. Les dix principaux fabricants chinois assureront 85 % de cette production.

 

Comment va évoluer le marché au second semestre ?

Le CPIA estime que la demande chinoise va se réveiller à cause de la saisonnalité habituelle du marché chinois ; qu’il y a eu de nombreux reports de mise en service de centrales ; que d’importants programmes de construction seront mis en œuvre cette année et l’an prochain. L’organisme officiel chinois évalue les installations entre 35 et 45 GW dans le pays. Les autorités veulent soutenir leur industrie.

pvXchange est en faveur d’une stabilité ou même d’une baisse de la demande tout en soulignant que les prévisions sont contradictoires. En Europe, les installations photovoltaïques sont en plein essor. La demande en Allemagne est repartie depuis la suppression de la limitation de 52 GW bénéficiant des avantages de l’EEG. En revanche, dans de nombreuses régions du monde, la pandémie freine les installations et donc la demande de panneaux. Ceci perturbe les entreprises. Les volumes d’installation sont inférieurs aux prévisions. Des clients américains ou brésiliens retardent leurs livraisons ou annulent leurs commandes. Si cela est rapporté par des fabricants, c’est que le phénomène n’est pas marginal. Pour confirmer, pvXchange rapporte que les fabricants n’ont aucune difficulté à accepter des livraisons pour les derniers mois de l’année. Ceci rend dit-il de plus en plus improbable que les volumes prévus pour l’année soient effectivement atteints. En revanche, il constate une légère hausse des prix en Europe, qui serait la conséquence de la tension intervenue dans la filière en milieu d’année.

 

 

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