L R AS Publié le mardi 05 mai 2020 - n° 320 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la décantation actuelle dans le PV

Deux cas apparaissent : la situation des développeurs de grandes centrales et les installateurs de toits : les grandes centrales ; les toits résidentiels ; les toits professionnels

En France toujours peu d’informations sur les activités des installateurs et des développeurs

Le financement des projets distingue aussi les deux catégories

Les négociations des contrats d’achat se poursuivent mais sont longues à aboutir

 

Le texte

Avec le temps, on a une meilleure perception de la situation des professionnels photovoltaïques.

Deux cas apparaissent : la situation des développeurs de grandes centrales et les installateurs de toits

Comme d’habitude, il n’y a aucune information sur la situation des entreprises françaises. Pour en avoir une idée, il faut passer par les Etats-Unis. Là, il apparait une situation totalement différente entre les constructeurs de grandes centrales, et les installateurs sur les toits.

Les grandes centrales

Il semble que l’activité n’ait pas été vraiment perturbée dans la construction de grandes centrales : il y est possible d’établir une distanciation physique entre les ouvriers. Les approvisionnements ont été approximativement respectés. Il n’y a pas eu de confinement strict ce qui a permis de ne pas arrêter les chantiers. D’ailleurs, les développeurs ont un gros carnet de commandes car la mise en service de centrales supérieures à 100 MW triplera entre 2019 et 2021 (passant de 11 à 32), en partie grâce au crédit d’impôt fédéral ce qui impose de respecter le calendrier, en partie du fait des besoins des entreprises d’obtenir de l’électricité dédiée à prix réduit (dans le cadre des contrats d’achat).

Les toits résidentiels

Tout autre est la situation des installations sur les toits, qu’ils soient résidentiels ou professionnels. Là, la distanciation physique est plus difficile à établir sur les chantiers qui se situent souvent en zone urbaine. Les installateurs perçoivent que leurs carnets de commandes sont de plus en plus clairsemés. Les particuliers ne veulent pas être en contact physique avec les vendeurs, ce qui oblige à négocier par téléphone ou par internet. Ceci ralentit les explications, les négociations et surtout la signature des contrats. Il semble que le flux de commandes résidentiels soit revenue à près de zéro au cours de la pandémie aux Etats Unis. Ceci a obligé un certain nombre de petits installateurs à fermer temporairement leur activité. Les deux plus gros installateurs américains de toits résidentiels (Sunrun et SunPower) ont lancé une campagne exceptionnelle de recrutement de clients : pendant les six premiers mois du contrat, il n’y a aucun paiement. Les promoteurs espèrent que cette durée sera suffisante pour que la pandémie soit terminée et que les ménages voient leur situation financière se redresser. Ces mesures sans précédent traduisent la situation très difficile des développeurs et des installateurs résidentiels, sans qu’on puisse indiquer si le nombre de signature de contrats est stimulé par ces mesures.

Les toits professionnels

C’est aussi ce qui se passe pour les installations sur les toits des entreprises commerciales ou industrielles. Là, les activités sont ralenties ; un grand nombre de salariés ont été licenciés. Les entreprises, avant une forte baisse de leur activité et donc de leurs besoins en énergie, ont du mal à déterminer leurs besoins futurs d’électricité. Les dirigeants ont l’esprit ailleurs ; ils se préoccupent de la survie de leur entreprise. Ne sachant pas quelle sera l’ampleur des besoins énergétiques, ils reportent à plus tard une quelconque discussion concernant leur approvisionnement en électricité à long terme.

En France toujours peu d’informations sur les activités des installateurs et des développeurs

En France, les organismes syndicaux ne fournissent pas d’informations sur l’évolution du secteur ou de leurs membres. Est-ce que ce silence est révélateur d’une situation favorable qu’il faut cacher ? Est-ce l’indice d’une dégradation accélérée de la situation qu’il faut là aussi cacher pour éviter d’alerter les fournisseurs sur la réalité présente de leurs clients ?

On peut estimer que les lauréats des appels d’offres ont été obligés dans certains cas ou dans un grand nombre de cas d’interrompre leurs chantiers de construction. Néanmoins, ils bénéficient de l’accord initial qui les garantit contre un aléa du prix de l’énergie. Le retard pris pendant deux mois (entre mi-mars et mi-mai) sera rattrapé au cours de la seconde partie de l’année. 

Les grands installateurs comme Voltalia ou Neoen annoncent volontiers que la pandémie n’a aucun « effet notable » sur le fonctionnement des centrales exploitées par eux. Voltalia reconnait que « le rythme de certaines constructions de centrales est néanmoins, dans certains pays, ralenti ou même temporairement arrêté, sans que cela n’affecte les objectifs financiers. Cependant, la crise sanitaire et économique suscite des risques nouveaux qui rendent l’environnement de la société moins prévisible. Les principaux risques concernent la faculté à mener sans retard les grands chantiers en cours et futurs de construction de centrales, la capacité des clients (principalement dans les ventes de développement et de construction de projets) à avancer dans leurs processus de décision, et éventuellement les variations de devises. »

Le financement des projets distingue aussi les deux catégories

Puisqu’on ne peut pas s’appuyer sur des exemples français, l’américain Sustainable Capital Finance, soutenu par le n°1 des développeurs NextEra Energy estime que le retard dans l’obtention des permis et dans la construction pourrait avoir une incidence de 10 % à 30 % sur le portefeuille de commandes. Il s’y ajouterait le délai des clients professionnels à passer commande car les dirigeants seront d’abord occupés à relancer leur activité. Ils pourraient ne pas avoir besoin d’autant d’énergie qu’auparavant du fait du télétravail. Il se pourrait aussi ne pas être en mesure d’emprunter. Dans un premier temps, la clientèle professionnelle pourrait se réduire.

A cet égard, des informations contradictoires circulent. Les uns disent que les banques ont fermé leurs guichets aux emprunteurs ou bien augmentent significativement leurs marges bénéficiaires. D’autres affirment que les grandes banques (JP Morgan, Bank of America, …) ne servent que les grands clients. Ils fournissent des exemples tel qu’Engie qui vient d’obtenir un crédit de 1,6 milliard de dollars pour construire 2 gigawatts. Le n°1 des développeurs NextEra Energy indique disposer de tous les engagements bancaires pour financer son vaste programme de construction en 2020.

En Europe, les demandes de prêts sont toujours en cours d’instruction. Les investisseurs ayant une bonne trésorerie ne devraient pas avoir de difficultés pour obtenir un financement, alors que les développeurs sans surface financière auront du mal à obtenir des crédits.

Les négociations des contrats d’achat se poursuivent mais sont longues à aboutir

Dans ce contexte où les grandes centrales sont favorisées par rapport aux installations de toitures, le cabinet européen d’avocats Fieldfisher affirment que les négociations d’accords d’achat d’énergie (AAE) ont déjà repris avec les utilisateurs d’électricité. Seulement, les discussions se sont élargies aux événements récents tels que l’impossibilité de construire, ou la possibilité de modifier la quantité de kilowattheures fournie en cas d’événements majeurs. Les acheteurs sont bien plus sensibles aussi aux prix puisque la diminution de la demande a entrainé un effondrement des prix sur le marché de gros européen, et que ce phénomène pourrait se reproduire. Il y a donc de nouvelles clauses qui sont introduites. Seulement, dire qu’il y a négociations n’indique pas qu’il y ait de signatures de contrats AAE. Probablement les négociateurs attendront pour signer que la situation se soit éclaircie, que le volume utilisé soit stabilisé, qu’un équilibre des prix se soit produit et enfin que les fournisseurs aient une marge bénéficiaire suffisante pour construire et exploiter à long terme. Ceci signifie que la conclusion de contrat est reportée et donc que la mise en chantier est différée

Même si le paysage photovoltaïque ne s’est pas stabilisé, on constate une différenciation entre les développeurs ayant une bonne surface financière (ce qui inclut une bonne trésorerie), et les autres qui ont ou auront le plus grand mal à obtenir les emprunts pour réaliser leurs projets. Ces derniers pourraient être obligés de vendre des actifs ou des projets pour se financer. Comme toujours, la finance scinde les bons, des médiocres. Ceux qui ont la trésorerie peuvent lancer leurs projets. Les investisseurs ayant de la trésorerie seraient alors en position pour acheter dans de bonnes conditions les projets mis en vente ; les autres doivent convaincre les tiers de leur prêter de l’argent, ce qui leur fait perdre du temps pour négocier et essayer de convaincre, et de l’énergie qui n’est pas utilisée pour aller de l’avant. Sur ce plan, il y a toujours une justice.

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