L R AS Publié le mardi 21 avril 2020 - n° 318 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur l’action des écologistes

Les écologistes sont mobilisés pour exiger des mesures en faveur du climat

Mais ils ne mobilisent pas au-delà d’eux-mêmes

Tant que les écologistes songent au climat, ils ne font pas de mal

Les écologistes sous-estiment les difficultés des différentes économies

La conjoncture est plutôt opposée au développement des énergies renouvelables

Le solaire et l’éolien ont dépassé le seuil de l’enfance et peuvent désormais se développer seuls

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Les écologistes sont mobilisés pour exiger des mesures en faveur du climat

La perspective de sortie de confinement inspire les auteurs d’articles, ainsi que les préoccupés du climat. Il y a une explosion de contributions, des appels à sauver la planète, des volontaires pour limiter le réchauffement climatique. Les uns essaient d’attirer l’adhésion ; d’autres veulent montrer leur nombre ; d’autres manifestent une conviction indéfectible ; quelques-uns veulent se mobiliser pour relancer l’industrialisation dans leur région ou leur zone d’action. A lire ces documents, on a l’impression que toute la France et le monde sont mobilisés pour le climat et défendre notre agrément de vie.

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Mais ils ne mobilisent pas au-delà d’eux-mêmes

Le tapage fait autour de ce thème interroge. Il n’y a pas une seule voix qui manifeste son opposition ou qui défende le monde d’avant. Pourtant le volume de ce bruit médiatique cache sa faiblesse. Un des plus écologistes, Pascal Canfin (président de la Commission Environnement du Parlement Européen) n’a même pas réuni dans sa pétition la moitié de ministres européens en charge de la cause climatique. Il n’a trouvé que 37 PDG européens qui aient accepté de la signer, alors qu’il y a des dizaines de milliers de grandes entreprises européennes. Seuls 10 % des parlementaires européens ont rejoint son manifeste (probablement les membres de sa commission).

Celui-ci demande à la Commission Européenne de privilégier le « Plan Vert » et de le placer au centre du plan de relance post-épidémie. Tous les signataires s’engagent à soutenir les plans de relance fondés sur une transformation économique destinée à lutter contre le changement climatique et la perte de la biodiversité. La cause est noble et mérite d’être soutenue. Pourtant quasiment personne ne signe ! Personne ne s’engage. Personne ne veut se manifester. Quel contraste avec l’ampleur de la vague médiatique qui parait porter cette cause !

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Tant que les écologistes songent au climat, ils ne font pas de mal

Pour expliquer ce contraste, il semblerait que les dirigeants politiques acceptent ce déferlement médiatique. Mieux même, ils semblent ne pas le combattre. Il permet aux contestataires de trouver un terrain de jeu qui les occupent et les empêche de s’attaquer aux institutions ou aux dirigeants. En un mot, les écologistes s’occupent et ne font pas de mal. Si en plus ils font du bien à la planète, tant mieux. Il semble que l’attitude du pouvoir soit d’isoler les personnalités les plus remuantes. Ce cantonnement et même ce confinement virtuel leur permet de gérer les affaires des différents pays sans être perturbés. Entre hommes politiques !

Les écologistes espèrent que l’après-crise sanitaire sera l’occasion de reconstruire différemment l’économie et la société. Ils préconisent soit des décisions radicales, soit des infléchissements en faveur des énergies renouvelables au détriment des hydrocarbures. Ceux-ci sont accusés de réchauffer la planète et de contribuer à émettre des gaz à effet de serre. Les écologistes espèrent inciter les dirigeants politiques et surtout la Commission Européenne à prendre des mesures contraignantes puisqu’elle a déjà fixé l’objectif de la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre à 40 %, par rapport à 1990, et qu’elle envisage de durcir cet objectif en le portant à 50 % ou même à 60 % !

Seulement, l’intention de la nouvelle Commission se heurte à certains pays européens (Pologne, République Tchèque, …). Ils s’opposent à la réduction de leurs émissions car ces pays sont très utilisateurs de charbon pour produire leur électricité. Même avec des négociations, il est loin d’être certain que la Commission parviendra à élaborer un texte acceptable pour tous. D’où peut-être l’agitation des écologiques.

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Les écologistes sous-estiment les difficultés des différentes économies

Ce n’est probablement pas sur le plan européen qu’échoueront les écologistes, mais plutôt sur les difficultés nationales à relancer l’économie après la crise. Après deux mois (en général) d’inactivité liée au confinement, la moitié des salariés français sont à indemniser. Surtout un nombre incalculable d’entreprises sont susceptibles de verser dans l’insolvabilité. L’heure n’est pas à la recherche d’innovation, mais bien davantage à faire tenir ce qui peut encore l’être.

La période de sortie de crise est plutôt celle d’éviter une casse sociale et économique aux conséquences incalculables. Le moment est surtout à restaurer l’esprit de travail après deux mois payés pour rester à la maison. Les pouvoirs publics ont bien d’autres préoccupations que d’investir dans des énergies renouvelables. Pour faire tenir les structures économiques, les déficits publics explosent, et une dette de la France à 115 % de son PIB. La violence du choc économique entrainera une récession de l’ordre de 8 % du PIB en 2020.

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La conjoncture est plutôt opposée au développement des énergies renouvelables

Conséquence de la récession mondiale, le prix du pétrole est à zéro ces jours-ci du fait d’un aspect technique celui de l’obligation pour les détenteurs de contrats d’achat de pétrole de prendre livraison de cargaisons de brut, alors que tous les entrepôts sont pleins. Même si le prix du pétrole remonte un peu dans les jours à venir, la faiblesse de la demande et l’abondance de l’offre entrainent un prix réduit qui n’incite pas à abandonner le pétrole au profit des EnR !

Durant le confinement, la demande d’électricité a diminué de 15 à 25 %, entrainant une surproduction d’énergie. Les prix de l’électricité ont baissé de moitié sur le marché de gros entre la période avant et celle après la crise sanitaire. La diminution de la consommation de pétrole en France (jusqu’à 80 %) réduit le montant des taxes françaises sur les carburants. Or celles-ci sont affectées au soutien des nouvelles énergies. Dès lors, entre de moindres rentrées fiscales et le déficit public, l’Etat pourrait être contraint à réduire ses subventions aux énergies renouvelables. Ceci ne ferait pas l’affaire des écologistes : peut-être perçoivent-ils le risque, ce qui motiveraient leurs revendications !

Même la construction de centrales solaires sera affectée par cette crise économique. Si l’Etat continue à subventionner les appels d’offres, les contrats d’achat d’énergie sont eux suspendus par la situation : les entreprises ne vont pas se lancer dans des contrats sans connaitre l’état du marché de l’électricité, ni même le prix moyen de l’énergie. Une source d’activité des développeurs se tarie. L’activité du secteur sera moindre en 2021 et peut-être en 2022.

Le prix des appels d’offres solaires ressort au mieux à 0,05 € le kWh (en France). Les centrales produisent de façon intermittente. Ceci oblige à disposer de système de stockage pour obtenir une électricité disponible en continu. Or, le kilowattheure nucléaire est affiché entre 0,04 € (selon EDF mais ces chiffres sont anciens) et 0,06 € (selon la Cour des Comptes, chiffres eux aussi anciens). Pourquoi alors développer des centrales solaires qui produisent au même prix que les centrales nucléaires, auquel il faudrait ajouter le coût du stockage ? Pour le moment, les centrales nucléaires existent et peuvent produire de l’énergie. Pourquoi ne pas continuer ?

Enfin, les installations solaires ont contribué autour de 2 % en 2019 à la consommation d’électricité en France. L’ensemble des énergies renouvelables occupaient 152.000 emplois équivalents à temps plein en 2019 (selon le SER). C’est à comparer à une population active de 30 millions de personnes. Les EnR emploient donc 0,5 % des Français. Son importance relative est réellement faible. Elle ne peut pas mobiliser l’énergie du ou des gouvernements.

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Le solaire et l’éolien ont dépassé le seuil de l’enfance et peuvent désormais se développer seuls

Ceci ne veut pas dire que son importance ne va pas augmenter dans les années à venir car les centrales qui ont été ou seront construites peuvent être exploitées durant trente ans. Le coût de production de l’énergie devrait encore baisser du fait de la surproduction de panneaux en Chine laquelle va provoquer un effondrement des prix à la fabrication. De nouveaux types de batteries vont intervenir réduisant à moins de 66 euros le kWh conservé (cf Un nouveau type de batteries à flux qui serait prometteur). D’autres évolutions technologiques contribueront à augmenter soit le taux de conversion du soleil ; soit la production des centrales en en installant de bien plus vastes, afin de réduire les coûts ; soit encore la conversion de l’énergie solaire en hydrogène pour créer une autre mutation.

L’avenir appartient au solaire et dans une moindre mesure à l’éolien. Là, les écologistes ne se trompent pas. Seulement, on en est à la phase de découverte et de mise au point des technologies. Elles n’ont plus vraiment besoin de soutiens publics. Leur propre évolution devient indépendante de décisions extérieures. Elles vont se développer, mais lentement car la population française comme mondiale ne s’est pas encore appropriée cette nouvelle source d’énergie. Elle n’y croit pas encore. Elle reste entre professionnels, ce qui la confine dans un cercle restreint.

Il semble que cette crise sanitaire et la crise économique qui en découle marquent surtout l’acte de naissance de l’énergie solaire. Comme toute plante qui émerge, elle était fragile et avait besoin de beaucoup d’attention. Elle peut désormais se développer. Il faut savoir reconnaitre ce qu’elle est capable d’offrir, sans se leurrer sur son intérêt et ses faiblesses.

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