L R AS Publié le mardi 14 avril 2020 - n° 317 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les menaces qui pèsent sur le développement du PV

Le prix moyen du kWh sur le marché est devenu inférieur au prix de production des EnR

Cette baisse du prix de l’électricité provient de l’effondrement du prix du pétrole

Les contrats d’achat ne peuvent plus être conclus

Les prix de l’électricité sur le marché international sont à la baisse

Le financement

Deux acteurs peuvent atténuer cette situation de restriction des achats

L’horizon n’est pas aussi noir

Même si une très grande majorité de professionnels du solaire sont confiants dans l’avenir du photovoltaïque, certains sont quand même inquiets de la forte baisse du prix de l’électricité en Europe et du proche avenir.

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Le prix moyen du kWh sur le marché est devenu inférieur au prix de production des EnR

En Espagne, le prix moyen de l’électricité était tombé des dernières semaines à 20 € le MWh contre 40 € à 50 € il y un an ou deux. Plus généralement, ce 14 avril, le prix de l’électricité sur le marché européen de l’énergie (Epex Spot) est inférieur à 25 € le MWh.

A ce prix-là, il est bien difficile de conclure des contrats de fourniture d’énergie avec un utilisateur. Bloomberg indique qu’en 2019, le prix le plus bas en Europe de ces accords d’achat d’énergie solaire (AAE) était en Espagne, avec en moyenne 35 € le MWh. Comment conclure de nouveaux contrats dans ces conditions ? Or l’Espagne est le pays le plus avancé dans la conclusion de tels contrats, et bénéficie d’un excellent ensoleillement et du meilleur prix de revient de l’électricité solaire. Bloomberg indique que le prix du MWh éolien le moins cher d’Europe est en Suède (à 30,50 €) et qu’au Royaume Uni, il est deux fois plus cher.

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Cette baisse du prix de l’électricité provient de l’effondrement du prix du pétrole

D’un niveau de 60 $ le baril il y a deux mois, il est revenu autour de 22 $ ce mardi 14 avril. Cette chute provient d’une réduction drastique des consommations des ménages, des industries, des transporteurs routiers et aériens. Ils sont soit à l’arrêt, soit à une consommation minimum. A ce prix, les centrales au gaz ou au charbon retrouvent leur compétitivité, attaquée un moment par les énergies renouvelables.

Rien n’indique que le prix du pétrole va remonter sensiblement du fait de la réduction de la consommation. C’est la conséquence du confinement. Celui-ci va persister encore plusieurs semaines ou mois. Actuellement, plus de la moitié de la population mondiale est soumise au confinement. Cette mise en quarantaine est loin d’être finie car la pandémie se diffuse dans de nombreux pays tels que l’Inde, l’Afrique, l’Amérique du Sud. Aux Etats-Unis ou en Europe, l’épidémie est encore vivace ; elle est loin d’être éradiquée.

Pour les professionnels du solaire, l’incertitude est grande car rien ne dit que cette abondance de pétrole va disparaitre prochainement, ou même que l’avenir est aux énergies renouvelables. Les contrats d’achat d’énergie qui avaient émergé en 2019 surtout en Espagne, ne peuvent plus être conclus. Quel est le fournisseur ou l’acheteur qui prendrait le pari de l’évolution du prix de l’électricité durant cinq ou dix ans ?

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Les contrats d’achat ne peuvent plus être conclus ou cherchent à être résiliés

Même si un accord était conclu, le banquier hésiterait à fournir 80 % des capitaux nécessaires à la construction. Dès lors, tant que la situation sanitaire et aussi économique ne se sera pas normalisée et stabilisée, les contrats d’achat ne pourront plus être conclus. Ceci enlève une grande partie de l’activité au secteur dans les différentes régions du monde. Il ne reste plus que les appels d’offres nationaux qui soient solides car les contrats internationaux dépendent dans certains pays des revenus pétroliers

De même, les contrats récemment signés mais dont les chantiers ne sont pas encore achevés ou même sont déjà en activité commencent à faire l’objet de contestation de l’acheteur qui a intérêt à résilier son contrat plutôt que d’acheter son énergie par contrat plus cher que le prix sur le marché. L’écart peut être considérable puisqu’en Espagne (seul pays dont nous disposons de données), les contrats se sont conclus en moyenne autour de 35 € le MWh alors qu’on peut acheter le même MWh sur le marché à 20 €. Qui résisterait à l’intérêt de suspendre ou de chercher à résilier le contrat ?

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Les prix de l’électricité sur le marché international sont à la baisse

De plus, il y a une tendance à la baisse des prix de l’électricité sur le marché : de nombreux propriétaires de centrales ont misé en 2019 sur la vente de leur production énergétique sur le marché. Il est vrai que l’an dernier il y avait un écart favorable entre le prix du réseau et le coût de production.

Cette anticipation se retourne contre les détenteurs de centrales qui ont passé des contrats de fourniture. La production de centrales solaires et éoliennes bénéficie d’une priorité d’injection dans le réseau à un prix garanti. Les détenteurs de centrales ont donc intérêt à produire le plus possible pour rentabiliser leurs installations. Seulement en période de confinement et de réduction de la demande d’électricité qui s’établit entre 15 % et 25 % dans des pays tels que l’Espagne, l’Italie la France, la priorité d’injection des EnR oblige les générateurs à combustibles fossiles à laisser la place aux EnR. Comme ces installations sont lourdes à mettre en route et à arrêter, elles produisent même en cas de surproduction. Ainsi, en France, lors des quatre derniers dimanches, le prix sur le marché du MWh est devenu négatif entre 13h et 16h 30. Les producteurs d’énergie devaient ainsi payer pour injecter de l’énergie dans le réseau.

Ce phénomène lié à un grand soleil depuis un mois va se développer avec les nouvelles installations d’EnR progressivement mises en service. Il en résultera une pression sur les prix du marché qui pourraient maintenir le prix du MWh à un faible niveau. Si ceci se produit, les industriels auront intérêt à aller sur le marché plutôt que de conclure des contrats d’achat. Peut-on être optimiste ?

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Le financement

Un autre facteur va jouer là aussi à l’encontre des développeurs et des chantiers d’énergies renouvelables. Tout aussi grave : le financement

Une crise économique sans précédent va émerger du confinement et de l’arrêt de nombreuses activités : il y a les commerces interdits d’ouverture qui ont leurs charges qui continuent de courir, les emprunts à rembourser, les salariés à payer ou à dédommager. Il y a les fabricants à l’arrêt qui ne pourront pu livrer leur production aux distributeurs et qui perdent leurs débouchés. Il y a les intermédiaires incapables de payer leurs stocks ou leurs commandes. Les faillites et les licenciements vont se multiplier tant en France que dans les pays confinés : les pays se sont mis à l’arrêt économique pour lutter contre la pandémie. La consommation et le niveau de vie de la population vont baisser considérablement, réduisant les dépenses des ménages. Ceci se répercutera sur les distributeurs et les fabricants.

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Deux acteurs peuvent atténuer cette situation de restriction des achats

D’une part l’Etat qui comme en France, a prévu d’inonder les circuits économiques en distribuant des liquidités. Seulement tous les agents économiques ne rentrent pas dans les cases prévues par le gouvernement. Un grand nombre d’entre eux restera sans ressources ou en grande difficulté. D’autre part, les banques qui sont chargées de distribuer des crédits à ceux qui en ont besoin. Elles auront le plus grand mal à trouver des liquidités pour les nouveaux projets car leur trésorerie sera immobilisée par leurs clients actuels lesquels ont du mal à rembourser leurs dettes.

Dès lors, les banques seront obligées de sélectionner leurs clients et donc d’augmenter les taux d’intérêt ou les conditions. Elles privilégieront les emprunteurs leur paraissant les plus solides et donc les plus capables de les rembourser. Certains développeurs sont déjà conscients de ce fait. Ainsi, l’américain Avangrid considère qu’il devra apporter davantage que 20 % de capitaux propres pour inciter la banque à le suivre. L’organisme professionnel américain SEIA estime que le financement de 20 milliards de dollars prévus en capitaux propres pour 2020 est menacé par la pandémie. La conséquence en sera que les développeurs les plus solides financièrement s’en sortiront le mieux. En revanche, les moins solides ou les plus petits auront du mal à se financer et seront contraints de vendre leurs projets aux plus gros ! Une concentration de la profession est à prévoir.

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L’horizon n’est pas aussi noir

Si ces deux obstacles ou contraintes (la difficulté de conclure des contrats d’achat et le financement bancaire) émergeront au cours de l’année 2020 et déborderont probablement sur 2021, l’horizon n’est pas aussi noir, car les ressources financières seront dirigées vers les énergies renouvelables tant pour des raisons écologiques que pour des raisons économiques. L’autonomie obtenue par les Etats avec les EnR est une grande et précieuse conquête. C’est aussi une précaution contre la variabilité des cours du pétrole. C’est aussi un instrument écologique. Ceci devrait inciter les gouvernements à payer les investissements directement à la place des banques pour contribuer à relancer l’économie. Les Etats-Unis l’ont fait en 2009. Ceci leur a permis un redressement rapide de leur économie à travers l’American Recovery and Reinvestment Tax. Il a été plus rapide que celui de l’Europe qui avait misé sur les banques !

Autre motif de confiance, indiqué à juste titre par T. Breton commissaire européen, cette pandémie constitue une rupture entre le monde ancien et le nouveau. Elle va accélérer les tendances antérieures en accélérant l’évolution vers un monde plus vert et davantage numérique. Qui dit plus vert, dit davantage d’énergies renouvelables !

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