L R AS Publié le mardi 07 avril 2020 - n° 316 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur une esquisse de paysage PV issu du confinement

Le confinement et la situation dans de nombreux pays.

France, Italie, Espagne, Allemagne-Hollande, Etats-Unis, Chine

Deux tendances profondes de perception s’opposent :

Le « comme avant », la rupture

Peu à peu, le paysage photovoltaïque sort d’un dense brouillard sans qu’il ait encore une claire netteté.

Le confinement domine dans de nombreux pays

En France, comme d’habitude, les informations sont peu nombreuses sur le secteur PV.

Le Syndicat des Energies Renouvelables indique que certains maillons de la chaîne de valeur (équipementiers, développeurs de projets notamment) font face à des difficultés majeures. Certaines activités sont à l’arrêt depuis le début du confinement. Le président de la partie solaire du syndicat déclare que le début de la crise de l’épidémie se fait sentir chez les opérateurs français. Les défis actuels, a-t-il dit, incluent la difficulté d’utiliser les services des notaires en ligne et de trouver des architectes capables de travailler sur des plans en dehors de leur bureau. Il a aussi exhorté l'Etat à aller plus loin et à réduire les formalités administratives. Pour lui, l'industrie était habituée aux goulots d'étranglement administratifs, mais ceux-ci pourraient devenir « inacceptables » à un moment où la France doit redémarrer son marché des énergies renouvelables.

D’ailleurs le syndicat détaille les premières décisions prises par le Ministère de la Transition Ecologique telles que des délais forfaitaires accordés aux producteurs, aménagement du calendrier des prochains appels d’offres, envois de factures dématérialisées à EDF OA, maintien du tarif pendant trois mois. Le SER fait déjà ses « premières propositions de mesures d’ajustement pour les filières des énergies renouvelables. »

Dans son communiqué du 3 avril, le syndicat souligne que « la ministre a rappelé que la crise sanitaire que nous traversons ne devait en aucune façon nous faire renoncer aux objectifs ambitieux en termes de développement des énergies renouvelables et à la poursuite de la transition énergétique, comme en témoignent les résultats des récents appels d’offres qui confirment la très grande compétitivité des différentes filières. »

Quant à connaitre l’impact de l’arrêt des activités photovoltaïque, la situation des entreprises sur le terrain ou dans les bureaux d’études, rien sur le site ou dans des déclarations. On est resté dans l’avant-crise et dans la poursuite de la tendance antérieure. On peut se consoler avec le calendrier des prochaines manifestations !

De son côté, « l’équipe d’ENERPLAN et les élus du syndicat sont mobilisés au service des professionnels du solaire français, pour que le secteur traverse au mieux la crise sanitaire de l’épidémie de coronavirus, et afin d’optimiser la relance de l’activité quand elle sera possible. » Aucune information sur la situation sur les chantiers, sur l’évolution à venir, sur les adaptations indispensables. Par contre, on dispose sur le site d’un guide chantier (depuis le 3 avril) ; du résultat des appels d’offres (liste réservée aux membres du syndicat) mis en ligne le 1er avril ; du report et de la modification du cahier des charges en ligne provenant de la CRE (31 mars) ; et de la publication au Journal Officiel (31 mars) du gel du tarif d’achat au 2ème trimestre, et du fonctionnement du fonds de solidarité.

En Italie, où le confinement est sévère depuis le 10 mars, les professionnels, encore dans l’avant-crise sanitaire, demandent au gouvernement de minimiser l’épidémie (il est vrai qu’il y a une dizaine de milliers de décès pour une population de 60 millions de personnes). Ils voudraient que les promoteurs de centrales puissent obtenir des autorisations de construction de la part des organismes de réglementation et une garantie de la part des institutions financières. Seulement, le paysage s’est modifié avec l’effondrement du prix du pétrole qui rend le coût de production d’électricité par des centrales au gaz beaucoup moins cher. Ceci fragilise l’attrait des centrales solaires ou éoliennes. Dès lors, les contrats d’achat d’électricité (AAE) deviennent moins intéressants et plus risqués. L’incertitude domine car on ne connait pas le prix du pétrole d’ici un ou deux ans et surtout l’importance de la récession qui entrainera une diminution de la demande d’électricité. Celle-ci pourrait diminuer de 5 % à 13 %, ce qui rendrait la construction de centrales à énergie renouvelable moins nécessaires dans l’immédiat. Surtout, la perception des investisseurs commence à changer.

Jusqu’à ces quinze derniers jours en Espagne, il n’y avait pas de confinement strict. Les entreprises pouvaient dans une certaine mesure travailler, tout en respectant des précautions de sécurité. Désormais, tous les chantiers sont arrêtés. Il semble toutefois que les opérations d’entretien et de réparation d’installations puissent continuer.

En Allemagne et en Hollande, les chantiers paraissent peu perturbés. Les installations sur les toits se poursuivent, avec deux personnes seulement sur le même chantier et avec des mesures de distanciation. Seulement, il manque des équipes, notamment originaires d’Europe de l’Est : elles sont retournées dans leur région d’origine et elles ont interdiction de revenir en Allemagne. Il commence à manquer du matériel tels que des compteurs. Ceci empêche les opérateurs de réseau de les installer et donc d’achever les chantiers. Les entreprises continuent de prendre des commandes, le plus souvent par téléphone ou par internet, car les visites sont espacées ou supprimées. Une entreprise précise même que les « commandes arrivent tous les jours ». Néanmoins, les effets du                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 coronavirus sur les installations résidentielles sont pour le moment difficiles à prévoir. Les clients potentiels craignent pour la sécurité et la réalisation de leurs commandes. Cependant si les installateurs peuvent continuer à travailler comme actuellement jusqu’à l’été, il y aurait peu de perturbations dans la profession.

Aux Etats-Unis, une enquête auprès de divers professionnels du secteur a fait ressortir leur grande confiance. La plupart des fabricants continue de produire des panneaux. Jusqu’à présent, l’activité d’installations a été modestement impactée par la pandémie. Les installateurs obtiennent des réservations en ligne. Les personnes sondées estiment que si l’épidémie est contenue dans un délai de 2 à 3 mois, il y aura bien une faiblesse d’activité au second trimestre, mais qu’un rattrapage aura lieu au second semestre, permettant un volume d’installations 2020 au moins égal à celui de 2019. D’autres estiment qu’un recul de 2 GW à 5 GW est possible dans les grandes centrales. Les installations prévues pour 2020 seraient achevées en 2021.

En Chine, l’activité reprend. Un grand nombre de fabricants travaillent à pleine capacité pour fournir les commandes en retard. Cependant, l’inquiétude est grande concernant le volume de la demande à venir. Pour le marché national, les installations des deux premiers mois n’ont atteint que 4 GW, ce qui s’explique par les fêtes du nouvel an en janvier, puis par le confinement en février. Les perspectives d’installations varient selon les analystes. Certains (AECEA) estiment qu’elles seront en baisse en 2020 par rapport aux 30 GW mis en service en 2019. D’autres considèrent que le gouvernement fera tout pour sauver ses installateurs et que la baisse du prix des panneaux permettra de plus en plus d’installer des centrales avec un prix de revient de l’électricité en dessous de celui du réseau. Ceux-ci estiment que les installations atteindront 40 à 45 GW cette année.

Les fabricants chinois sont dans une bien plus grande perplexité. Si le marché intérieur sera au moins comparable à celui de l’an dernier, le confinement dans un grand nombre de régions du monde et surtout dans les grands pays clients va entrainer une grave crise de surproduction. La demande va fléchir. Les nouvelles installations de production vont augmenter le volume disponible. Déjà, les prix constatés par trois organismes d’études que nous répercutons, baissent cette semaine. La tendance va se poursuivre et peut-être s’accélérer au moins au cours du mois d’avril.

Deux tendances profondes de perception s’opposent

Le « comme avant »

Au-delà de ce tour d’horizon de l’activité photovoltaïque dans certains pays, il y a deux tendances profondes de perception. Il y a celle qui estime que les quatre précédentes épidémies qui sont intervenues depuis vingt ans, n’avaient rien changé dans l’organisation mondiale. Les tenants de cette orientation estiment que le coronavirus ne changera rien à nouveau et que les mêmes habitudes et manières de penser continueront à prévaloir. Ils conservent leur même langage, leurs mêmes arguments, et donc leur même stratégie (défendre leur pré carré). Il résulte de ce courant de pensée que les prévisions faites en début d’année des installations mondiales seront globalement respectées, avec accordent-ils un creux d’activité au second trimestre, lequel sera comblé au second semestre. En 2021, on reviendra à la tendance ancienne. Le monde sera dans la continuité de son passé : un pétrole qui remontera à sa tendance de 60 $ le baril, l’attrait des énergies renouvelables, une organisation sociale identique, la vie qui reprendra comme avant.

La rupture

L’autre tendance parie sur une pandémie plus difficile à éradiquer, et avec des possibilités de résurgence. Ceci empêchera de revenir comme avant. Le confinement sera plus long et plus général sur l’ensemble de la planète ; les habitudes seront modifiées par l’obligation de rester confiné ; le pétrole restera durablement bas car les usines seront à l’arrêt plus longtemps tout comme la circulation automobile. Les conséquences sociales seront considérables du fait qu’une certaine partie de la population ne travaillera plus ou n’aura donc plus autant de revenus. La réduction du train de vie français comme mondial sera sensible. Certains réclameront du travail et des salaires, avec les conséquences politiques qui en découleront. Du fait d’un pétrole bon marché, les énergies renouvelables pourraient ne pas s’imposer aussi facilement en 2021 qu’en 2019. Les contrats d’achat d’énergie pourraient alors ne plus être conclus. Les EnR ne seraient plus la priorité dans un univers marqué par les besoins primaires de nourriture et de survie.

Les deux alternatives ne sont pas antinomiques, mais la proportion de l’une ou de l’autre dans le mélange final, est pour le moment inconnue.

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