L R AS Publié le mardi 31 mars 2020 - n° 315 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le photovoltaïque en période de confinement

 Dans ce contexte comment fonctionne l’activité photovoltaïque en France ? Les centrales en exploitation, Les centrales en construction, Les centrales en projets

Quelles sont les cinq conséquences de ce confinement pour la profession ?

A la fin de la seconde semaine de confinement en France, les consignes sont toujours en place. Il s’agit d’arrêter les rapprochements humains pour éviter la propagation de l’épidémie et donc constituer une barrière à sa diffusion. Ceci a eu pour effet d’arrêter entre 90 % à 100 % des activités dans l’hôtellerie-restauration, de réduire de 80 à 85 % celles de l’automobile (la construction est à l’arrêt). Les chantiers du BTP sont à l’arrêt à plus de 80 %. Ces taux se retrouvent dans l’ameublement, la cosmétique, la mécanique, la plasturgie, le textile... La Poste est quasiment à l’arrêt et les différents gares ferroviaires parisiennes sont fermées… Selon le ministre de l’économie, l’industrie française tourne à 25 % de ses capacités. On peut presque se demander comment ce chiffre est calculé car seules les activités de production et de distribution alimentaires fonctionnent avec les activités de santé….

Dans ce contexte comment fonctionne l’activité photovoltaïque en France ?

La crise sanitaire a fait apparaitre deux parties bien distinctes dans cette industrie. D’une part, le fonctionnement des centrales en exploitation ; d’autre part la construction de ces centrales avec en amont, l’étude, la signature des contrats, le financement de ces projets.

Les centrales en exploitation

Alors que les commentaires se penchent sur l’achèvement des constructions ou le lancement de projets, on avait oublié que les centrales solaires ou éoliennes sont des actifs qui fonctionnent toutes seules avec le soleil et le vent. Elles produisent de l’énergie sans intervention humaine. Ceci veut dire que, confinement ou pas, la production est réalisée par les centrales en exploitation et que sauf absence de vent ou couverture nuageuse, la production d’énergie sera approximativement la même chaque année. Les centrales sont surveillées à distance par leur production d’énergie. Cette partie de leur activité est un socle permanent de revenus sauf en cas de destruction des installations. Elles bénéficient de la priorité d’injection de leur énergie dans le réseau électrique sur les autres sources d’énergies. Ceci constitue un matelas de sécurité pour les différents développeurs de centrales.

Les centrales en construction

Elles ont été mises à l’arrêt par le confinement. Les chantiers ont été arrêtés par les mesures gouvernementales. Ces chantiers qui avaient subi une interruption de livraison de panneaux provenant de Chine pendant deux à trois semaines, ont été interrompus ensuite, sans qu’on puisse indiquer quand ils seront achevés. Ils devraient l’être d’ici la fin 2020, ce qui ne pénalisera pas beaucoup les détenteurs de centrales qui réaliseront les objectifs prévus pour 2020, tant en mégawatts installés qu’en chiffre d’affaires et en excédent brut d’exploitation (EBE).

Les centrales en projets

Elles sont bien davantage affectées car ces projets nécessitent des études (les ingénieurs sont confinés chez eux et peuvent avoir du mal à se concerter), des analyses de sol, mais les déplacements sont interdits, ce qui empêche tout avancement des dossiers. De même, les concertations avec les municipalités ou les autorités administratives sont impossibles car les interlocuteurs sont cloîtrés chez eux. Les appels d’offres sont reportés ou annulés. Impossible de faire avancer un dossier, ou un projet ! Ce décalage se fera sentir non pas en 2020, mais en 2021 lorsque ces projets auraient dû commencer à être construits ou mis en service. La voie des contrats avec subvention est temporairement fermée.

Reste les contrats directement conclus avec les utilisateurs (généralement de grands groupes industriels). Là, la situation est différente car les interlocuteurs peuvent travailler de chez eux. Seulement, la négociation des contrats d’achat d’énergie (AAE) se fondent sur un prix de l’électricité. Or, la période est toute chamboulée car la baisse d’activité industrielle ou commerciale crée un surplus d’énergie qui se répercute sur la bourse européenne (Epex Spot). La production actuelle d’énergie est comparable à celle de janvier ou février, mais la demande est actuellement réduite de 10 % à 15 % (selon Enedis) [NDLR ce recul parait bien faible compte tenu de l’arrêt de fonctionnement des industries utilisatrices]. Ainsi, un excédent d’offre sur la demande se manifeste. Il fait baisser les prix qui sont parfois négatifs (le fournisseur d’énergie paie alors pour que son électricité soit injectée dans le réseau, ce qui est généralement le cas en période ensoleillée et venteuse et autour de midi). Cette baisse des prix ou plutôt cette instabilité des prix rend difficile l’établissement d’un contrat à long terme : faut-il considérer les prix de 2019 ou ceux récents ? Quelle sera le prix du kilowattheure d’ici six mois ou deux ans ? Les acheteurs veulent un écart de prix minimum de 10 % à 20 % sur celui du réseau. Or, le prix du kilowattheure issu de la construction des centrales solaires peut dépasser celui du réseau ! Comment conclure un accord sur ces bases, d’autant qu’on ne connait pas le prix du marché de gros à l’issue du confinement ? Or en 2019, 8,4 GW de contrats d’achat (AAE) ont été conclus en Europe, soit près de la moitié des installations solaires de l’année (dont 4,4 GW en Espagne, 1,9 GW en Italie, 1,1 GW en Allemagne, …). La conclusion de contrats d’achat d’énergie est donc reportée à la période au cours de laquelle le prix de l’électricité se sera stabilisé, même si certains commentateurs estiment que l’écart de prix entre celui du réseau et celui issu de centrales solaires permet encore de conclure des contrats (ce qui serait le cas en Espagne).

Il faut donc que les autorités politiques lancent des appels d’offres ou que les grandes entreprises utilisatrices considèrent que la situation économique et financière s’est stabilisée pour s’engager à cinq ou dix ans ! Que ce soit avec des appels d’offres administratifs ou des contrats de gré à gré, la conclusion de contrats est reportée à plus tard, ce qui aura des répercussions sur le planning des constructeurs de centrales solaires. Le démarrage de chantier sera ainsi reporté.

Dans sa présentation des comptes 2019, Neoen fait une projection pour 2020 et 2021 : Les diverses perturbations liées au confinement lui fait perdre 5 % de marge d’excédent brut d’exploitation cette année (80 % en 2020 contre 85 % en 2019). Ceci est lié aux différents retards dans le lancement de nouveaux chantiers. Le décalage de mise en exploitation qui en résulte lui fait abaisser son objectif d’EBE en 2021.

Quelles sont les cinq conséquences de ce confinement pour la profession ?

La principale pour les développeurs est le décalage de la mise en chantier et de l’achèvement des constructions.

2°) Cependant, une seconde conséquence favorable va intervenir. Les fabricants chinois remontent leur cadence de production et livrent en ce moment les commandes reçues durant le confinement chinois. Pourtant dès cette semaine, la tendance des prix dans la filière de production est à la baisse. De son côté, le confinement en Europe ou dans d’autres régions du monde (on dit que le pic de l’épidémie mondiale aura lieu au troisième trimestre) entraine une chute vertigineuse des commandes de panneaux. Les fabricants chinois vont voir leur capacité de production revenir en dessous de 50 % (contre 80 % à 100 % actuellement selon les producteurs). La demande intérieure chinoise à 40 GW ne représente que 33 % à 40 % de la demande mondiale (si on l’estime à 100 ou 120 GW). Il faut donc s’attendre à une violente chute de prix et certainement à des difficultés financières de certains producteurs, à moins que le gouvernement chinois n’intervienne en accélérant les projets de construction de centrales solaires.

3°) Une troisième conséquence est qu’il est bien difficile de prévoir ce qui se produira après la chute des deux-tiers du prix du pétrole sur le marché mondial. Il est revenu à 20 $ ce jour (contre 60 $ fin 2019). Y aura-t-il retour au tout pétrole car celui-ci est devenu bon marché et peut-être plus avantageux que l’utilisation des énergies renouvelables ? Ou bien, le prix du pétrole remontera-t-il très vite au niveau de fin 2019, et donc rentabilisant le recours aux énergies propres ? L’alternative est encore ouverte.

4°) Une quatrième conséquence est que les investisseurs sont à l’affût des bonnes acquisitions de projets en Espagne. Ils ont de l’argent et les annonces des banques centrales leur font espérer davantage. De l’autre côté, certains projets n’ont pas de financement, ou ont été montés pour être vendus. La baisse des prix de l’électricité auquel s’ajoute la crise, font que certains projets seront vendus dans d’excellentes conditions pour les acheteurs. Il faut s’attendre à ce que de nombreuses transactions interviennent, surtout en Espagne où il y a davantage d’argent à investir que de centrales à vendre.

5°) Une cinquième conséquence encore plus difficile à envisager réside dans l’après-confinement : reviendra-t-on à un monde polluant et pétrolier ? Ou bien le comportement des populations s’est-il modifié au profit d’une vie plus écologique, après la période contrainte au cours de laquelle les attitudes se sont modifiées et adaptées ? En faveur de la première alternative, les habitudes sont les plus difficiles à changer. On sait comment on agissait avant le confinement et on connait le monde pétrolier. C’est le plus facile ; c’est le plus normal ; c’est ce qui vient naturellement à l’esprit ou dans son comportement. D’ailleurs, après le SRAS ou la crise financière il y a moins de douze ans, un changement était attendu, mais rien ne s’était produit. En faveur de la seconde alternative, tous les écologistes, mais aussi tous ceux qui ont été obligés de changer leur comportement, y ont trouvé des avantages, une redécouverte de la solidarité, du local, du fondamental, et ont peut-être constaté l’inutilité du superflu. L’importance de cette alternative est que le confinement peut changer la société et la vie quotidienne, mais les habitudes sont celles qu’on connait. Quelle sera la tendance après le confinement ? La question est ouverte.

A aujourd’hui, le monde peut encore revenir sur sa lancée du vingtième siècle ou basculer dans le vingt et unième siècle. C’est certainement ce qui constitue l’intérêt de cette épidémie !

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