L R AS Publié le mardi 24 mars 2020 - n° 314 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le basculement du monde du fait du coronavirus

 

Tout autour de la santé ! Tout pour la santé !

Ceci affecte le monde économique

Mesurer l’effet de ce coronavirus est toujours sous-estimé

Et le photovoltaïque ?

En une semaine, le monde a basculé ; il y a quelques notes d’espoir

Il y a seulement une semaine que le confinement a gagné la France entière pour éviter la propagation du coronavirus. Une seule semaine ! Cela parait une éternité tant les informations ne tournent qu'autour de l'épidémie, qu'autour du nombre de personnes contaminées, du nombre de décès, du témoignage des efforts de médecins, des mesures à prendre, des interventions ministérielles ou présidentielles.

Tout autour de la santé ! Tout pour la santé !

On ne peut pas le reprocher, mais au moins le constater. La vie économique et l’avenir sont passés au second plan. Exactement, ils n'existent plus. Le coût de la santé et le coût des mesures prises sont systématiquement sous-estimés comme si on ne voulait pas effrayer la population, tant française que mondiale : deux milliards de personnes (sur les sept du globe) sont soumises au confinement. Malgré cette mesure, de nouveaux pays étendent cette mesure comme étant la seule à éviter la propagation de l'épidémie. Cela pour 16.000 décès (à ce jour) dans le monde !

Ceci affecte le monde économique

Le monde économique ressent durement cette mesure d'isolement, d'interdiction de se réunir et aussi de travailler en groupe. Si les mesures de télétravail sont prônées, les usines sont mises en chômage partiel et même à l'arrêt pour éviter que des salariés ne soient en contact les uns avec les autres, et que la maladie ne se propage. La liste des activités interdites qui mettent en contact les personnes entre elles, ne fait que s'allonger : restaurants, cafés, bars, discothèques, clubs de gym, hôtels, théâtres, cinémas, galeries d'art, centres commerciaux, foires artisanales, musées, musiciens et autres artistes, sites sportifs (et équipes sportives), salles de conférence (et organisateurs d'événements), compagnies de croisière, compagnies aériennes, transports publics, écoles et universités, garderies, et récemment marchés en plein air sont ou vont être durablement affectés.

Ce confinement a des effets massifs sur l'économie. L'exemple le plus connu est celui des compagnies aériennes qui ont arrêté quasiment tous leurs vols. Elles ont la charge financière de location d'avions, les frais d’aéroports et de personnel. Ces coûts continuent à courir alors que leurs recettes sont nulles. La construction automobile suit le même chemin : PSA, Renault et Toyota ont arrêté certaines de leurs usines. Seat en Espagne les a arrêtés ; Volkswagen les a toutes arrêtées en Allemagne. Selon le ministre français de l'économie le 23 mars, l'industrie hexagonale tourne à 25 % de ses capacités !!!

Mesurer l’effet de ce coronavirus est toujours sous-estimé

Ces mesures de confinement entrainent la résiliation de l'ensemble des contrats intérimaires. Jeudi 19 mars, le Premier Ministre devant le Sénat a reconnu que la pandémie provoquera un « coup d'arrêt puissant, massif, brutal à notre économie » et « transformera nos habitudes de vie ». Un chiffre permet de mesurer le trou d'air : l’intérim s’attend à perdre plus de 500.000 emplois fin mars, soit une chute des trois quarts de ses effectifs ! Autre signal inquiétant, la consommation d'électricité a baissé d'environ 15 % en France depuis le début du confinement, selon le gestionnaire du réseau RTE, et de 20 % selon le ministre de l'Economie

La récession française prévue pour 2020 a été annoncé à 1 % il y a une dizaine de jours. Les effets du confinement n'ont pas été pris assez en considération. La réduction en 2020 du produit intérieur brut français sera largement supérieure. IHS Markit considère le 18 mars (il s'agit déjà d'une éternité) que la récession en Europe atteindra 1,5 %. Vu la longueur des confinements, des mesures prises et des arrêts de certaines entreprises qui se répercuteront sur d'autres secteurs économiques, les conséquences économiques seront bien plus importante. Les plus grands instituts de prévision ont chiffré (au 20 mars) la récession allemande entre 1,3 % et 9 % en 2020, contre un recul de 5 % en 2008.

Et le photovoltaïque ?

Les données sont très fragmentaires. Rien ou peu de chose en France : on annonce le décalage dans le temps des prochains appels d'offres, les dernières installations solaires, les nouvelles réglementations. Les effets de l'épidémie sur la profession ne paraissent pas concerner la France !

L'Espagne, second pays européen le plus touché par l'épidémie après l’Italie, fait l'objet d'un article dans GreenTech Media du 16 mars (ce qui est déjà ancien). Il y est indiqué que le secteur des énergies renouvelables y est moins affecté que le reste de l'économie car la production d'énergie solaire et éolienne continue à être produite sans intervention humaine. Le seul danger serait que la diminution de la demande d'électricité soit si importante qu'elle affecte l'injection d'énergie verte dans le réseau.

Les conséquences du confinement espagnol qui en est à sa troisième semaine, est l'interruption des études de nouvelles centrales, du fait de l'arrêt du travail de certaines catégories de salariés chez les développeurs et surtout parmi les agents administratifs des municipalités ou de l’Etat. Il s’y ajoute le quasi-arrêt des activités de maintenance des centrales solaires déjà installées.

C'est l'Allemagne qui présente et résume avec le plus de sérieux les répercussions de l’épidémie sur le secteur photovoltaïque. Depuis février, les restrictions de circulation en Europe ont eu un effet massif sur les entreprises quelques jours après leur entrée en vigueur. Les effets sont de plus en plus marqués. Les chantiers de construction se figent. En conséquence, de nombreux ouvriers d'assemblage d'Europe de l'Est retournent dans leur pays d'origine car il n'y a plus de panneaux à installer. Il est également difficile d'apporter sur les chantiers de construction, les outils d'assemblage tels que des tournevis sans fil, car on ne peut plus transporter facilement des équipements ou des composants à travers les frontières nationales ou même fédérales.

Les livraisons tardives de panneaux ainsi qu’un manque de personnel d'installation pourraient avoir un impact négatif sur la réalisation de projets. Il semble encore trop tôt (au 20 mars date de l'article) pour que les entreprises estiment l'ampleur de l'impact. Mais tout retard coûtera beaucoup d'argent aux propriétaires des centrales.

Logiquement, les blocages d'activité interviennent lorsqu'il y a la nécessité de contacter ou de coopérer avec les services administratifs. Quelques gestionnaires de réseau de distribution ont annoncé qu'ils n'accepteraient plus de connexions pour les systèmes PV. Cela concerne principalement les projets à grande échelle en Allemagne. De nombreuses municipalités ou collectivités ont suspendu leurs réunions et ont renvoyé leurs employés chez eux. Les approbations de projets sont reportées. Les plans de développement ne sont plus en cours d'élaboration ; les réunions extérieures nécessaires aux projets n'ont pas lieu. Or on ne sait pas combien de temps seront maintenues les mesures actuelles de protection contre l'épidémie.

Les Etats-Unis balancent entre privilégier la santé de la population et limiter la facture économique qui grimpe, grimpe, grimpe, entrainant des désordres dans les circuits qui seront difficiles à rétablir. Les conséquences en seront des faillites si nombreuses que l'ensemble de la démocratie américaine peut être emportée.

Ainsi, en une semaine, le monde a basculé ; il y a quelques notes d’espoir

- Les énergies renouvelables émergent comme une solution favorable. Non pas vis à vis du pétrole qui à 24 $ le baril est revenu à un niveau particulièrement bas, favorisant l'utilisation de produits pétroliers : la consommation des ménages est stimulée, mais ce recul exerce un effet dépressif sur l’ensemble de l'économie si on considère les activités de recherche, d'exploitation et de vente d’hydrocarbures. A brève échéance, de nombreux gisements de schiste devront être fermés à la suite de la faillite des exploitants.

- Les financiers ont découvert que les centrales solaires ou éoliennes étaient le meilleur investissement à réaliser : il n'est pas soumis au coronavirus ; il travaille sans effectif ; il est insensible à la conjoncture économique ; sa rentabilité est visible à long terme par les contrats de fourniture. En conséquence de ce caractère moins risqué, il exige moins d'immobilisation (sous forme de réserves obligatoires) de capitaux propres dans le bilan des banques. Déjà, certains organismes constatent un afflux de proposition d'investissements financiers. Ceci est confirmé par la bonne tenue du cours des actions en bourse qui résistent bien mieux que le reste du marché. De là, on peut presque prévoir un afflux futur de capitaux pour construire de nouvelles centrales.

- Autre motif d'espoir, les activités de fabrication photovoltaïque en Chine commencent à revenir à la normale. Il y a une utilisation à 80 % des capacités de production sur l'ensemble de la chaine d'approvisionnement en mars. Si l'offre est quasiment revenue à la normale, il faudrait que la demande de mars et d'avril soit, elle aussi, normale ce qui est loin d'être le cas. Seulement la Chine est déjà sortie du coronavirus si elle fait attention à aucune reprise de l’épidémie. Cela montre que chaque pays peut éliminer ce virus

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