L R AS Publié le lundi 23 mars 2020 - n° 314 - Catégories : divers filière

Le monde court à la récession économique

Les perturbations quasi simultanées résultant du coronavirus chez les fabricants, les chaînes d'approvisionnement, des flux du commerce international, des voyages, de la demande, ainsi que les blocages du monde bancaire et financier ont porté un coup dur à l'économie mondiale. Les États-Unis, l'Europe et le Japon se dirigent vers une récession.

Les prévisions d'IHS Markit pour la croissance du PIB mondial en 2020 ont été révisées à la baisse à 0,7 % en réponse à la propagation du virus. (Or, une croissance inférieure à 2,0 % est classée comme une récession mondiale). Le nombre de personnes contaminées dans le monde devrait atteindre son sommet au troisième trimestre.

Pour le moment, l’évolution de l’économie mondiale suivra plus certainement un cycle en U plutôt qu'en V, car une forte réduction de la croissance à court terme sera suivie d'une lente reprise. La récente et forte baisse des prix du pétrole aidera les consommateurs d'énergie, mais nuira aux producteurs d'énergie. L'effet net sur la croissance mondiale devrait être négatif, mais faible. Les perspectives de l’économie mondiale dépendront essentiellement de la manière dont les gouvernements réagiront et aux mesures qui seront prises. Pour le moment, les banques centrales ont déjà pris des mesures d'urgence, mais la réponse budgétaire est plus incertaine.

    États-Unis : une récession va commencer au deuxième trimestre : La peur et le stress financier liés à la propagation du virus ont annulé la confiance qui existait au début 2020. La valeur des actions a chuté de plus de 25 % depuis le début de l'année, effaçant des milliers de milliards de dollars de richesse des ménages. La croissance du PIB réel sera gravement affectée au deuxième trimestre, les consommateurs dépensant plus prudemment et les entreprises mettant en attente certains investissements jusqu'à ce que les perspectives s'éclaircissent. Les interdictions de voyager et de rassemblements publics seront également préjudiciables. La croissance ne devrait pas revenir avant la fin de l'année.

Un allégement budgétaire sera nécessaire. L'effet net de la forte baisse des prix du pétrole sera de ralentir un peu la croissance, d’un côté les consommateurs sont favorisés, de l’autre, les producteurs de pétrole et leurs fournisseurs en souffriront. Tout compte fait, le PIB réel américain devrait chuter de 0,2 % sur une année civile, en 2020.

En Europe : la récession est imminente. Les économies de la zone euro et du Royaume-Uni étaient déjà dans un état de faiblesse avant l'impact du virus. Le PIB réel de la zone euro n'a augmenté que de 0,1% en rythme trimestriel (trimestre sur trimestre) et de 1,0 % en glissement annuel au quatrième trimestre 2019. C’est la performance la plus faible en six ans. La production de l'Allemagne était restée stable, tandis que l'Italie et la France ont subi des contractions trimestre après trimestre. IHS Markit s'attend à ce que le virus se propage sérieusement, via le commerce, les voyages et le tourisme, les marchés financiers et la perception de la population. L'Italie est particulièrement vulnérable, compte tenu de son économie fragile, de la forte incidence de l’épidémie et des restrictions d'activité qui en résultent. L'Allemagne sera durement touchée par une baisse des exportations vers la Chine continentale, en particulier la forte baisse des ventes de véhicules légers, la récession dans la zone euro, le PIB réel diminuant pendant une grande partie du reste de 2020. Pour l'année entière, IHS Markit s’attend à une baisse du PIB réel de la zone euro de 1,5 %.

Le Japon est déjà en récession : Le PIB réel du Japon a chuté de 7,1 % (en taux annualisé) au quatrième trimestre de 2019 par rapport au trimestre précédent. C’est la conséquence d’une forte baisse de la consommation des ménages et de la réduction de l'investissement fixe privé. Le PIB réel devrait de nouveau baisser au premier trimestre en raison du coronavirus. Le tourisme tant étranger que national a diminué et plusieurs événements majeurs ont été réduits, reportés ou annulés. Néanmoins, les prévisions d’IHS supposent que les Jeux Olympiques d'été de Tokyo de 2020 auront lieu. Après une expansion de 0,7 % en 2019, le PIB réel du Japon devrait se contracter de 0,8 % en 2020 avant de remonter de 0,6 % en 2021 et 0,5 % en 2022.

La Chine : premier entré, premier sorti ? L'incidence de l'épidémie s'est répandue du Hubei aux autres régions en raison de perturbations de la chaîne d'approvisionnement. De plus, les pénuries de main-d'œuvre ont entravé la reprise du travail, car une bonne partie de la main-d'œuvre s'était rendue dans sa région d'origine pendant le nouvel an lunaire et n’a pas pu retourner au travail rapidement en raison des restrictions de voyage et des exigences locales de quarantaine. Les données de janvier et février révèlent une chute brutale de l'activité économique.

Une mesure clé consiste à coordonner la reprise du travail entre les régions. Les autorités ont également indiqué qu'elles intensifieraient la relance monétaire, qu’elles accéléreraient et augmenteraient les dépenses d'investissement. IHS Markit prévoit que la croissance du PIB réel de la Chine continentale ralentira de 6,1 % en 2019 à 3,9 % cette année, l'économie se contractant fortement en glissement annuel au premier trimestre. IHS prévoit un rebond de la croissance en 2021.

Le monde connaitra le pire ralentissement de la croissance depuis la crise financière de 2008-2009.

IHS Markit du 18 mars

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