L R AS Publié le mardi 10 mars 2020 - n° 312 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les effets du coronavirus sur le photovoltaïque

Il y a les faits et il y a les tendances.

On connait les faits aujourd’hui, mais on n’en connait pas les conséquences

Le coronavirus crée des pertes considérables dans l’économie

La raréfaction des liquidités perturbera les circuits économiques, et réduira les installations PV

La crise de liquidité ou de financement peut aussi évoluer vers une crise économique

La situation en 2020 sera moins propice aux constructions photovoltaïques

 Le texte :

Il y a les faits et il y a les tendances.

Les faits sont le résultat de ce qui s’est passé au cours d’une période récente. Ils reflètent un historique et un accomplissement ; les faits sont le résultat d’une suite logique d’événements.

La tendance reflète autre chose. Les faits s’enchainent et produisent des conséquences. Après coup, on peut dire que les faits conduisent à un résultat bien précis. Il y a donc deux phases : les faits passés qui sont des réalités, et les tendances qui agglomèrent les faits avec une logiques pour créer une situation nouvelle qui se retrouvera dans les faits ultérieurement. Ce qu’on peut résumer par : le passé et le futur.

On connait les faits aujourd’hui, mais on n’en connait pas les conséquences

Pourquoi cette présentation ? Parce que les faits connus aujourd’hui vont conduire à une situation qui est inimaginable mais qui paraitra logique dans le futur : Que vient faire la perte des compagnies aériennes évaluées à 113 milliards de dollars pour le photovoltaïque ? De même, les organismes de voyages, de congrès, de tourisme, les organisateurs de manifestations sportives, culturelles, les salons (Solar Solutions à Amsterdam, le salon Energy Storage Europe, ...), les hôtels et les restaurants voient leurs réservations s’annuler en cascade. Il s’y ajoute la réduction de la fréquentation ainsi que de nouvelles mesures telles que les interdictions de réunion de plus de 1.000 personnes en France : la perte de chiffre d’affaires de ces entreprises touchées par le coronavirus s’étage entre 20 % et 80 %. C’est déjà ce qui se passe en France. La quarantaine instaurée dans le nord de l’Italie exerce aussi son effet dépressif sur l’économie. Chaque entreprise ou organisation fait ses comptes. Ils se chiffrent en quelques dizaines de milliers d’euros, en centaines de milliers ou même en millions d’euros de pertes. Pertes sèches car les clients ne paieront pas mais en même temps tous ces acteurs avaient embauché des salariés, disposaient de locaux. Ils ne reçoivent plus de chiffre d’affaires, et ont les charges de locaux, de salariés et s’étaient engagés dans des locations de salles, de billetterie, d’assurance, mais aussi avaient contracté des emprunts bancaires pour organiser… Ces organisateurs vont être restreint dans leur trésorerie, dans leurs initiatives, dans leurs projets

L’économie avait été mise à l’arrêt en Chine durant près de deux mois, après l’instauration de mesures brutales. En Europe, on a choisi la méthode douce, c'est-à-dire qu’on serre peu à peu la vis à toute réunion de population et à toute manifestation, afin de contenir la diffusion de l’épidémie. Il y a moins de possibilité d’anticiper. Qui avait pu prévoir que le seuil de 5.000 personnes autorisées en France dans une manifestation publique serait ramené à 1.000 personnes quelques jours après, affectant de nouvelles activités qui ne l’étaient pas précédemment ? Qui peut être sûr que ce seuil de participants à n’importe quelle réunion ne sera pas ramené à 500 ou même à 100 si l’épidémie se répand encore davantage ?

Le coronavirus crée des pertes considérables dans l’économie

Toutes ces activités arrêtées, tous ces projets interrompus entrainent des pertes financières considérables. Au début chez les compagnies aériennes, mais aussi dans les hôtels, les restaurants, les agences de publicité. Cette pénurie d’argent va se répandre chez les commerçants et les entreprises qui verront moins de clients. Ils auront moins de pouvoir d’achat. Les dépenses seront reportées à plus tard. D’autres feront faillite. Les banquiers subiront des demandes d’étalement de remboursement de crédit. Ils auront moins de disponibilité pour effectuer d’autres prêts. S’ils le peuvent, ils le feront à un taux majoré par rapport à la période récente car en période de pénurie d’argent, on prête à ceux qui pourront rembourser. On leur fait payer l’aide financière. C’est là qu’on retrouve le photovoltaïque qui a besoin de 80 à 85 % de dettes financières pour pouvoir lancer la construction d’une centrale photovoltaïque. S’il y a moins d’argent et plus cher, certains projets solaires vont être remis ou exigeront des revenus ultérieurs plus conséquents, ou procureront une marge de profit plus faible. Les projets PV seront aussi affectés par l’évaporation de la richesse des acteurs : lorsque la bourse baisse de 20 %, c’est 20 % de trésorerie qui existait auparavant et qui n’existe plus. Or ces 20 % porte sur des capitaux considérables. L’apport en fonds propres des projets solaires se réduit, ce qui limite les possibilités de construction des actifs photovoltaïques dans les mois à venir.

La raréfaction des liquidités perturbera les circuits économiques, et réduira les installations PV

La raréfaction des liquidités dans les circuits économiques aura aussi un effet sur les fabricants de composants : les fabricants qui faisaient confiance à leurs clients en leur permettant de les payer à trente, soixante ou quatre-vingt-dix jours, exigeront plus fréquemment un paiement comptant ou à trente jours, ayant eux-mêmes des problèmes de trésorerie ou hésitant à faire trop confiance à leurs clients qui eux aussi ont des problèmes de trésorerie. La crise sanitaire se transforme ainsi en crise de liquidité et de financement, grippant les différents rouages de l’économie. Ceci se diffuse au photovoltaïque.

La crise de liquidité ou de financement peut aussi évoluer vers une crise économique

C’est le cas lorsque les fabricants font faillite supprimant des emplois et des circuits économiques, ou bien lorsqu’ils ne parviennent pas à s’approvisionner ou à livrer leurs clients. C’est ce qui s’est passé dans les provinces chinoises où les transports ont été mis à l’arrêt soit par interdiction de circuler, soit par risque de contracter le virus. C’est déjà en train de se produire dans le nord de l’Italie qui a (en principe) interdit de sortir ou d’entrer dans la région industrielle du nord du pays. Ceci concerne 15 millions d’habitants. S’il y a des fabricants de composants photovoltaïques, ils ne peuvent plus livrer l’étranger, donc les fabricants de la filière.

L’épidémie est encore en expansion en Europe ; elle se répand encore. Ses conséquences ultérieures ne sont pas encore perceptibles. Seulement, l’exemple de la Chine où la contagion est en forte régression ou même en phase d’extinction, indique que le pire n’est pas certain et que l’arrêt de l’économie comme l’a vécu la Chine pourrait ne pas se produire en Europe. De plus, on arrive dans les beaux jours. La dangerosité du coronavirus est peut-être maximum en hiver et pourrait disparaitre en été, comme la grippe dont on dit qu’il est proche. Ainsi, il se pourrait que l’épidémie touche encore les personnes vulnérables ou âgées. Il se pourrait qu’elle reste circonscrite à ces catégories de population, mais non l’ensemble de la population. Il faut rappeler que le nombre de personnes guéries est considérable par rapport aux décès (le taux actuel de décès est de l’ordre de 3 % des personnes contaminées en France.

La situation en 2020 sera moins propice aux constructions photovoltaïques

Même si le pire n’est jamais sûr, les milieux financiers considèrent que cette épidémie aura des effets majeurs sur l’économie, sur les échanges, sur la conception des relations internationales : L’ampleur de la chute des indices boursiers en quelques semaines annonce des difficultés importantes dans la vie économique, certainement une récession. Il y aura une baisse considérable du pouvoir d’achat des ménages et des institutions. Les initiatives financières vont être entravées ou même fortement interrompues par la chute des indices boursiers. Surtout, les moindres moyens financiers vont rendre les acteurs plus prudents, moins audacieux, plus frileux devant le risque. Cet argent envolé manquera pour les projets photovoltaïques ou éoliens, comme pour bien d’autres projets tels que les expérimentations de production d’hydrogène à base d’énergie renouvelable, les projets de stockage, les investissements dans les installations solaires. Alors que jusqu’à ces jours-ci on voyait des projets fleurir dans de nombreux domaines, le financement sera désormais plus difficile à obtenir, ce qui limitera l’exubérance qu’on pouvait constater avec les projets récents.

En même temps, le blocage de l’économie chinoise a souligné la trop forte dépendance du photovoltaïque envers les composants ou les panneaux chinois. La leçon a été apprise. Nul doute qu’elle sera retenue et mise en pratique. Une industrie des panneaux va être relancée et probablement soutenue par des droits de douane ou tout autre préférence communautaire, afin d’avoir à sa disposition les panneaux dont on a besoin. Cette démarche concernera tous les composants, verre solaire, EVA, cadres, racks, mais aussi les boites de jonction, le matériel électrique. L’Europe a été affectée par l’épidémie chinoise. Cela n’a pas été à l’occasion d’une guerre commerciale, c’est un grand point. Il n’y a donc pas eu les conséquences qu’on aurait pu subir s’il s’était agi d’un conflit commercial. Autant en tirer les leçons.

On n’est pas encore sortie de l’épidémie, mais on peut dire que l’économie a été perturbée, qu’elle mettra six mois à un an pour se rétablir, si on en reste qu’à la récession. Un autre monde est en train de naitre, avec dans l’immédiat moins d’argent disponible, plus de réticence au risque, peut-être davantage de volonté d’être autonome et de prendre son destin en main. Si ces deux derniers points se réalisaient, on pourrait dire que l’épidémie de coronavirus aura rendu service à l’Europe.

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