L R AS Publié le mardi 21 janvier 2020 - n° 305 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le nouveau « je vous ai compris » par VDL

Mille milliards d’euros, c’est beaucoup, ou bien est-ce un montant ridiculement faible ?

D’autres estimations sont bien différentes

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !

S'adresser à la frange la plus militante des écologistes

On peut déjà percevoir l'évolution de cette Commission. Il y en a deux :

 

 

Mille milliards d’euros, c’est beaucoup ou bien est-ce un montant ridiculement faible ?

La présidente de la Commission Européenne Ursula van der Leyden (vdL) a présenté son chiffrage du coût de la transition énergétique dans l’Union pour la période 2021 à 2027. Elle l’a chiffré à mille milliards d’euros. Est-ce beaucoup trop ? Est-ce trop peu ?

Pour l’origine des fonds, on se reportera à l’article (La Commission Européenne a décrit le financement de mille milliards d'euros).

Pourquoi avoir choisi le chiffre ? Est-ce parce qu’il est suffisamment important pour faire crédible ? Ou bien au contraire est-il dès l’origine largement insuffisant, mais on ne pouvait pas trouver de sources de capitaux crédibles pour entrainer l’adhésion ?

Comme il s’agit d’un financement sur la période de huit ans, ceci ramène en moyenne le montant annuel de l’Union à 125 milliards d’euros, à répartir sur les 28 ou 27 pays de l’Union, soit une moyenne arithmétique de moins de 5 milliards d’euros par an et par Etat ! On revient déjà à quelque chose de perceptible. De plus, ce montant annuel devrait être plutôt de l’ordre de 100 Mds euros en 2021 (et peut-être beaucoup moins du fait des projets à élaborer mais non encore à financer !). Bien évidemment, le montant en 2027 pourrait être le double de celui de 2021 !

D’autres estimations sont bien différentes

Là, ce montant de moins de 5 milliards d’euros par an et par Etat-membre est ridicule. Nous avions rapporté le 12 novembre que lors d’un colloque Innoenergy à Berlin (La nouvelle Commission Européenne sera-t-elle celle du changement climatique ? cat  Europe du 12nov ), M. Haitze Siemers, de la direction de l’Energie de l’UE avait indiqué qu'atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 nécessiterait un investissement supplémentaire estimé de 180 à 250 milliards d’euros par an pour aménager les systèmes et les infrastructures énergétiques à partir de 2030. Il avait déclaré qu'il n'y avait pas de technologie miracle pour vaincre le changement climatique et que la capacité de production d'énergie renouvelable devait être déployée rapidement. Début décembre, la présidente van der Leyen avait estimé qu’il faudrait un montant annuel de financement supplémentaire global de 260 milliards d’euros. On est donc au-delà des 100 à 125 Mds € annoncés en janvier par la présidente à un mois d’intervalle !

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !

Celle-ci a focalisé son objectif sur le changement climatique. L’objectif 2030 est de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre avec un objectif de zéro à l’horizon 2050. Outre que Mme van der Leyen ne sera plus en vie à échéance de quarante ans, et qu’elle ne sera plus présidente de la Commission Européenne en 2030, elle peut donc sereinement placer ses objectifs à une date suffisamment lointaine pour qu’on ne puisse rien lui reprocher si ses ambitions ne sont pas réalisées. Elle peut aussi réviser ses objectifs d’ici là.

Elle n’a fixé ses objectifs que sur une ambition climat, c'est-à-dire en limitant les émissions ou en les remplaçant. Elle s’est bien gardée de mentionner comment elle comptait remplacer les émissions. Elle a seulement indiqué qu’elle comptait transformer chaque secteur économique de l’Union Européenne (l’énergie, l’agriculture, les transports, le bâtiment) pour les aligner sur les principes verts, renvoyant à mars prochain, l’établissement d’une stratégie industrielle pour stimuler les énergies renouvelables. Elle a renvoyé à plus tard la présentation de la façon dont elle s’y prendrait

Cette politique va vite se heurter aux mécanismes des décisions communautaires, et à l’autonomie de chaque pays qui devra, avec quelle rapidité ? transposer en droit national, les décisions européennes.

Lors de la présentation de son Plan Vert, début décembre, elle avait évoqué surtout la taxation aux frontières des produits importés ayant un montant carbone trop élevé, incitant les exportateurs russes et américains à froncer le sourcil devant cette volonté de taxer leurs produits.

S’adresser à la frange la plus militante des écologistes

Il résulte de tout ceci, que la présidente de Union Européenne s’adresse à la frange militante de la jeunesse, en leur disant qu’elle allait mettre en place leur programme d’un climat plus propre, réduire les émissions à effet de serre, et devenir le bon exemple du monde. Déjà, le flou dans la façon de procéder transparait dans son financement, dans ses moyens, car si elle a évoqué nommément l’éolien, elle n’a jamais cité le photovoltaïque, comme si elle le considérait comme trop cher, trop lent à installer, ou trop compliqué pour trouver les espaces d’installations puisque de plus en plus, on entend parler de refus de vendre des terrains, ou de manifestations contre des projets d’installation.

Si la présidente n’a pas recours du photovoltaïque (contrairement aux espoirs des professionnels du secteur), comment s’y prendra-t-elle pour parvenir à sa neutralité carbone à horizon de 2050, ou même à la réduction de 55 % des émissions européennes de gaz à effet de serre en 2030 ? Comme elle se heurtera au temps européen des prises de décisions communautaires, et aux représailles des pays étrangers devant sa taxe carbone, quel pourra être le résultat de son action à horizon de quatre ans ?

Son Plan Vert correspond davantage à celui d’un chef de gouvernement d’un Etat membre de l’Union qui a les capacités à agir, que de celui de présidente de l’Union Européenne qui doit coordonner vingt-huit pays, ayant chacun ses intérêts, ses objectifs, et aussi sa population à satisfaire.

On peut déjà percevoir l’évolution de cette commission. Il y en a deux :

Ou bien elle parvient à associer rapidement les différents chefs de gouvernement de l’Union dans cette mission de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Alors la coordination entre les différents membres va prendre une accélération non prévue vers une direction supranationale qui accélère l’unité de l’Europe et qui fédère l’ensemble autour d’un projet commun avec pour effet la constitution d’un ensemble européen conscient de son unité et de sa force, et prête pour découvrir sa singularité face aux Etats-Unis et la Chine.

Si cette alternative n’aboutit pas, la présidente aura réussi à désarmer les militants écologistes, à montrer sa bonne volonté, et surtout à gagner du temps. Pourquoi du temps ? Car rien n’est prêt en Europe pour mettre en place à grande échelle des installations éoliennes et photovoltaïques si on en juge par les réticences des populations. On n’en est seulement au début de la prise de conscience dans chaque Etat. On en est seulement à se dire qu’il faudrait faire quelque chose. On s’interroge à peine sur les façons d’agir. Surtout aucune population de n’importe quel Etat-membre n’est prête à mettre vraiment le cap sur les énergies renouvelables (il suffit de constater que le prix du kWh solaire ne parvient pas à diminuer depuis plusieurs appels d’offres et plusieurs trimestres en France ou en Allemagne : ceci constitue un frein imprévu). Les Européens ne sont pas prêts à aller de l’avant ! Alors, Mme van der Leyen est une excellente politicienne qui fait croire qu’elle a compris l’attente de la jeunesse, qui prépare autant qu’elle le pourra l’avènement d’un monde sans carbone, mais qui sait au fond d’elle-même, qu’elle amuse la galerie avec ses annonces ! Il ne faut pas regretter cette attitude. Elle est la seule raisonnable ! Elle nous a compris !

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