L R AS Publié le mardi 03 décembre 2019 - n° 300 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur le changement d'implantation du photovoltaïque

Les grandes centrales se multiplient mais se heurtent de plus en plus à des obstacles

Le phénomène n’est pas que français.

De plus en plus, on se tourne vers les installations locales du photovoltaïque :

Comment faire pour que le photovoltaïque se diffuse dans la population ?

Une autre alternative est de développer un climat favorable au photovoltaïque

Un début d’écosystème en France

Les grandes centrales se multiplient mais se heurtent de plus en plus à des obstacles

Les installations de centrales photovoltaïques sont si nombreuses qu’on ne peut plus que les saluer de loin car sinon, il faudrait citer de multiples réalisations de 1 MW à 20 MW en France, et attirer l’attention sur des constructions de 50 MW à 300 MW à l’étranger. Elles sont si nombreuses qu’on ne parviendrait pas à les citer toutes. On peut dire que la construction de centrales s’est banalisée dans les différents pays. Elles ne font plus l’émerveillement qu’elles suscitaient lors des premières réalisations.

Au contraire même leur expansion est freinée ou entravée par la réticence ou les oppositions de riverains comme Arkolia Energie l’a appris ses dépend lorsqu’il voulait il y a quelques mois installer 300 MW de panneaux solaires sur le Larzac. Il a dû reporter/abandonner son projet. L’intention de construire une centrale d’un gigawatt dans le sud-ouest n’est plus audible, comme si elle avait été abandonnée. Bien d’autres souhaits ne se réalisent pas du fait du manque de terres utilisables ou des oppositions de riverains au nom de la défense d’espèces animales menacées, de l’écologie, des terres nourricières, …

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Le phénomène n’est pas que français.

Une vigoureuse opposition est née en Italie contre toute construction de grandes   centrales solaires dans le sud du pays. Les développeurs en Allemagne se heurtent à la difficulté de trouver des terres disponibles. Ces oppositions et ces difficultés seraient une des explications de l’absence de baisse des tarifs des appels d’offres depuis une année, alors que le coût des panneaux continue sa dégringolade. Que ce soit en Allemagne ou en France, les lauréats obtiennent des tarifs entre 0,06 et 0,05 € le kWh

 

D’une certaine façon, les installations de grandes centrales se poursuivront mais ne pourront pas fournir l’intégralité de la consommation française, allemande ou d’autres pays …, même si certains spécialistes qu’il suffirait de 2 % à 3 % des terres agricoles pour fournir l’intégralité de la consommation d’un pays, ou même si d’autres écologistes affirment que la nature vierge autour des panneaux permet à la faune et à la flore de prospérer en toute liberté et de se régénérer.

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De plus en plus, on se tourne vers les installations locales du photovoltaïque :

Les industries et les bâtiments tertiaires présentent l’avantage d’être consommatrice d’énergie pendant la journée lorsque le soleil brille. Cette voie commence à être explorée, mais d’une part il est difficile de couvrir l’ensemble des besoins des activités par la production laquelle est concentrée entre 11 h et 16 h ce qui ne couvre pas la durée d’activité et d’autre part les besoins manifestés par ces utilisateurs sont largement au-delà de la production que peuvent fournir les toitures ou les champs libres alentours. Ainsi, si 70 % des entreprises américaines ont leurs installations solaires sur leur toit, on constate de plus en plus qu’elles passent des contrats d’approvisionnement en énergie pour installer une centrale qui leur est dédiée en tout ou en partie en dehors de la zone géographique immédiate du lieu de consommation. Ce phénomène va s’accentuer dans les prochains semestres jusqu’à inverser le rapport installations sur site / installations hors site ! On en revient donc au problème précédent, celui du manque de terres et d’acceptation par le voisinage. Même si ces installations sont de l’ordre de 1 à 5 MW et non plus de quelques centaines de MW.

Dès lors, puisque l’espace coûte cher et qu’il faut placer les centrales loin des zones de consommation, l’idée qui s’impose progressivement est celle des installations résidentielles. Le coût de l’espace des grandes centrales compense dans une certaine mesure la majoration de coût lié à une installation sur un toit, donc avec moins d’économie d’échelle, plus de difficulté d’installation, et de frais de main d’œuvre. Ainsi en 2018, le coût total d'une installation PV aux Etats-Unis selon Berkeley Lab était tombé à 3,70 $ par watt pour le résidentiel, à 3 $ /W pour les petites installations non résidentielles, et à 2,40 $/W pour les installations à grande échelle. Les prix ont dû diminuer cette année.

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Comment faire pour que le photovoltaïque se diffuse dans la population ?

Ainsi le coût sur une toiture est moitié plus élevé que l’installation au sol. L’écart est significatif, mais il y a différentes mesures pour faire baisser les prix, et inciter la population à accepter des installations solaires : l’une est la contrainte. La Californie impose à partir de janvier 2020 que toute nouvelle habitation de moins de trois étages doit être équipée de panneaux solaires. D’autres Etats américains ont choisi aussi cette méthode : si on installe des panneaux dès la construction, cela revient moins cher que de moderniser un toit déjà construit. Une industrialisation de l’installation peut s’instaurer faisant baisser les prix. La Styrie (Autriche du Sud) a l’intention de suivre l’exemple californien et de compenser en partie le surcoût d’une installation jusqu’à 50 kW

 L’autre est la subvention : il faut bien stimuler les intentions écologistes si le coût d’une installation PV est plus élevé que son alternative. C’est aussi le moyen d’inciter la population à examiner cette solution et à l’adopter jusqu’au moment où la subvention n’aura plus de nécessité car le coût du photovoltaïque sera revenu au niveau de l’énergie du réseau.

 Au total, plus de 2 millions de résidences américaines se sont converties au photovoltaïque selon Berkeley Lab

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Une autre alternative est de développer un climat favorable au photovoltaïque.

Aux Etats-Unis, c’est un gigantesque incendie qui s’est propagée en 2018 en Californie qui a modifié le comportement des habitants. La compagnie locale d’électricité PG & E a été accusée d’être à l’origine de ces incendies du fait de ses infrastructures électriques qui ont conduit à des morts et des maisons incendiées. Devant l’ampleur de dégâts, la société s’est mise en faillite. Cette année, elle a décidé de fermer ses lignes à haute tension en cas de danger d’incendie pour ne pas être accusée d’être incendiaire. Sauf que plusieurs centaines de milliers de familles ont été privées d’électricité pendant quelques heures ou quelques jours. Ceci a obligé les habitants à réagir de deux façons : l’une en s’équipant de panneaux solaires et de batteries pour faire face à des coupures qui se produiront chaque année. Les installateurs ont deux fois plus de travail que les années précédentes, même si les systèmes solaires + stockage ne couvrent que l’essentiel, l’éclairage, internet et le frigidaire. L’autre en mutualisant les ressources : Le coût social et financier de ces coupures de courant a incité des agrégateurs et une compagnie locale d’électricité à constituer une batterie virtuelle de 30 MW pour fournir aux habitants l’électricité dont ils ont besoin. Cette mutualisation est une sorte d’autoconsommation collective destinée aux périodes d’absence d’électricité. Très certainement, cette « coopérative » va dépasser la raison d’être qui l’a instaurée pour créer un centre de fourniture d’énergie à ceux qui en ont besoin, probablement avec des tarifs inférieurs à ceux de la compagnie PG & E. Un échelon de fourniture d’énergie s’instaure plus proche des habitants. C’est un peu ce qui se passe en France avec l’arrêté sur l’autoconsommation collective qui vient d’être publié en novembre.
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Un début d’écosystème en France

En France, il n’y a pas de phénomène massif incitant à une installation photovoltaïque et au stockage comme c’est le cas aux Etats Unis. Il n’y a presque plus d’aides financières. Pourtant, mais est-ce le fait que nous scrutions chaque semaine les informations dans le Fil de la Semaine ? de multiples événements créent un début d’écosystème :

- Une entreprise a lancé la formule de location de toits de particuliers il y a dix-huit mois. Sa formule : louer un toit et donc de payer un loyer au propriétaire, demander à des installateurs de poser les panneaux et inciter des investisseurs ou des financiers de lui avancer l’argent pour payer l’installation. La société a été dépassé par les demandes et a élargi en juillet 2019 la formule aux agriculteurs en leur proposant soit de louer leur toit, soit de construire ou de rénover le toit de hangars et d’y installer des panneaux. Les signatures de contrats se sont montés à 44 MWc et 66 M€ au cours des autres premiers trimestres de l’entreprise. Le propriétaire n’a rien à faire. Seulement encaisser des loyers…  C’est la même formule que les Sunrun, Vivint, SolarCity avaient lancé aux Etats-Unis. Le succès a dépassé les espoirs les plus fous du promoteur

- Autre formule où les Français manifestent leur intérêt pour le photovoltaïque : celui de l’acquisition de kits photovoltaïques. Ils achètent le kit de 3 kWc pour 3.000 euros, et l’installent eux-mêmes avec l’aide du vendeur (selon la formule d’IKEA). Cette formule lancée il y a huit mois a dépassé à la fin des six premiers mois le premier mégawatt vendu.

- On connait la formule d’autoconsommation qui se limite à 20 % (et dans le meilleur des cas à 40 %) de sa production. Des entreprises proposent des logiciels pour augmenter ce taux d’utilisation de l’énergie. Une autre solution pour augmenter ce taux est l’installation d’une batterie pour transférer l’énergie de sa production vers sa consommation. Désormais, on propose que l’énergie soit stockée dans une batterie plus grande, où les décomptes de fourniture et de prélèvements d’énergie sont consignés afin que le propriétaire des panneaux puisse utiliser toute son énergie gratuitement aux heures qui lui conviennent.

- Autre indice que les Français sont mûrs pour adopter l’énergie solaire, le succès des distributeurs d’électricité verte. Greenpeace vient de reconnaitre que cinq distributeurs étaient les meilleurs fournisseurs d’énergie verte (Enercoop, Planète Oui, Urban Solar, Ilek, Plüm) et que cinq autres sont en bonne voie pour faire partie de l’élite.

Si bien sûr personne ne veut vraiment donner ses chiffres d’abonnés, mis à part Enercoop qui en revendique 85.000, Planète Oui qui indique en avoir 50.000 après de fortes souscriptions en 2019, il est intéressant de constater que le distributeur Plüm très récemment constitué, inconnu du grand public, et s’approvisionnant auprès de sept développeurs et exploitants de centrales (Akuo, Boralex, Nass & Wind, Reden Solar, Tenergie, Valorem et VSB Energies Nouvelles) en a recueilli 15.000, tout en étant plus cher qu’Ekwateur mais en garantissant que l’électricité fournie serait intégralement verte. Ces deux fournisseurs avaient été les mieux disant dans l’appel d’offres de Que Choisir ? Si les Français acceptent de payer plus cher une énergie verte, cela indique qu’ils évoluent dans la bonne direction

 Ainsi, on assiste à un transfert progressif de l’intérêt des développeurs des très grandes centrales qui continueront à être installées, vers les installations résidentielles mieux acceptées par la population et plus proches de leur lieu de consommation. Cela crée de l’espoir pour une généralisation du solaire

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