L R AS Publié le jeudi 12 septembre 2019 - n° 289 - Catégories : divers USA, stockage, divers stockage

On n’est pas encore vraiment parvenu à intégrer la production locale au réseau

Aux Etats-Unis où les installations photovoltaïques et de stockage sont les plus développées, l'intégration des ressources distribuées varie selon les Etats avec des fortunes diverses. C'est qu'il n'y a pas que les batteries. Il faut tenir compte de tous les appareils ménagers : climatiseurs, chauffe-eau, réfrigérateurs, pompes et autres machines fonctionnant à l’électricité chez l’utilisateur (derrière le compteur), mais aussi les véhicules électriques. Le problème est que la production et la consommation résidentielle est de la seule responsabilité des utilisateurs de la maison. Pour le moment, l'intégration au réseau est difficile.

La Californie

Cet Etat est à l'avant-garde des installations résidentielles avec batteries et véhicules électriques. L’évolution vers les énergies renouvelables a été entravée par la faillite de la compagnie d'électricité PG & E, et par la menace d'autres incendies qui conduiraient d'autres compagnies d'électricité à l’insolvabilité. Pour le moment, il est difficile d'intégrer les ressources énergétiques décentralisées dans les plans des compagnies d'électricité

Hawaï

Les autorités ont cherché à intégrer les ressources délocalisées dans le réseau. Cet Etat a lancé différentes réformes pour associer les producteurs résidentiels, en en faisant des participants au réseau. L'Etat a aussi voulu promouvoir la capacité énergétique intégrée et la combiner avec des services de réseau, le stockage et les énergies échangeables. La compagnie Hawaiian Electric a lancé de nombreux projets pilotes novateurs mettant en vedette des batteries de Stem et des chauffe-eau contrôlables de Sequentric. La croissance solaire sur les toits d'Hawaï s'est ralentie depuis que la facturation nette a été supprimée.

Cet effort a montré les défis liés à l'intégration de ressources renouvelables dans les ressources d'un réseau.

New York

L'objectif est d'atteindre 70 % d'énergies renouvelables d'ici 2030. L'Etat augmente rapidement sa capacité éolienne en mer et envisage de détenir 1,5 GW de stockage d'ici 2025. Le projet d'intégration du réseau résidentiel à New York (Reforming the Energy Vision-REV) n’a pas permis de réaliser les progrès rapides que certains espéraient. Il y a eu peu de succès dans la connexion de centaines de mégawatts décentralisés. Les services publics ont exécuté quelques projets de démonstration. Des initiatives ont été annulées ou n’ont pas été suivies d’effet.

L’initiative REV a généré beaucoup de travail et de données sur la manière dont les ressources locales peuvent être intégrées aux opérations et aux investissements futurs dans le réseau.

Le Massachusetts

Cet Etat a lancé une politique pour stimuler la croissance des installations résidentielles : il est prévu qu'une part croissante de l’électricité produite aux heures de pointe proviendraient d’énergies renouvelables plutôt que de centrales au gaz, et qu’il y aurait une rémunération des clients pour chaque kWh produit. Cet Etat en train de devenir l’un des plus avancés pour l’intégration des énergies produites localement dans le marché de gros de l’énergie. C’est en grande partie le résultat des efforts novateurs du gestionnaire de réseau régional ISO New England.

L'Arizona

La politique de facturation nette de cet Etat a été abandonnée en 2016, en échange d’un ensemble de taux plus bas pour compenser les exportations solaires vers le réseau.  Les compagnies d’électricité ont incité les propriétaires à s'équiper de systèmes solaires. La compagnie APS a lancé certains programmes d’intégration des ressources délocalisées qui ont été les plus ambitieuses du pays. Son programme de partenaires solaires, lancé en 2014, a fait d’APS la première compagnie du pays à déployer et à contrôler à distance des onduleurs sur les sites solaires des clients afin de gérer ces ressources pour les intégrer au réseau.

En novembre 2018, il a lancé un programme d'intégration des thermostats intelligents, des chauffe-eau et du stockage indépendant dans le but de réduire la demande de pointe en fin de journée ou en soirée, et d'augmenter la charge lors de la production solaire du milieu de la journée.

GreenTech Media du 9 septembre

NDLR     Il n’y pas bien longtemps, on présentait l’intégration des productions locales dans le réseau comme une formalité. Il suffisait que la compagnie d’électricité envoie un signal aux batteries résidentielles pour que celles-ci alimentent le réseau avec l’énergie qu’elles avaient accumulé. Le schéma était simpliste et facile à gober pour les non-spécialistes de la question.

L’expérience américaine, qu’on ne peut pas soupçonner de ne pas avoir essayé, indique que la demande-réponse est bien plus compliquée et bien plus difficile à instaurer. L’appel de ressources se heurte à la volonté du propriétaire résidentiel de conserver son énergie, à la multitude de lieux où il faut envoyer la demande, à la connaissance de la quantité disponible, à la coordination de cet afflux d’énergie… Probablement, on parviendra à coordonner le local et le national, mais la solution n’est pas encore trouvée et encore moins mise en application.

Ceci a plusieurs conséquences : la production locale reste isolée du réseau et ne peut pas (pour l’instant) contribuer à l’équilibre du réseau. Les gains qu’on croyaient pouvoir obtenir en intégrant l’ensemble sont encore virtuels. La complexité est bien plus grande qu’on ne s’y attendait car il faut pouvoir piloter tous les appareils résidentiels pour connaitre leurs utilisations, leurs besoins prévisibles et laisser dans la batterie assez d’énergie pour répondre aux besoins locaux. De plus, il faut prévoir que la batterie pourrait ne pas être réalimentée du fait d’un temps pluvieux ou de l’absence de vent… : Ilfaut qu’on lui laisse assez d’énergie pour satisfaire les besoins des jours suivants…

Qu’on travaille à intégrer les productions locales au réseau, pourquoi pas ! mais que la coordination intervienne rapidement, il ne faut pas y compter avant de nombreuses années.

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