L R AS Publié le mardi 10 septembre 2019 - n° 288 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les nouveaux horizons du photovoltaïque

Les grandes centrales se heurtent de plus en plus au manque de surface disponible

La réconciliation des agriculteurs avec le photovoltaïque

Le même résultat avec les bassins de crevettes

L’enquête de Fraunhofer va dans le même sens

L’autre horizon qui s’ouvre est la location de toits

Les agriculteurs apprécient la location de leurs toits sur hangar

Pas de sortie d’argent et des revenus !

Dans ces conditions, on ne peut pas s’étonner du succès de cette formule.

Une formule de location comparable

Le texte :

Les grandes centrales se heurtent de plus en plus au manque de surface disponible

Un gros obstacle se présente à l’expansion du photovoltaïque actuel : les grandes centrales occupent de l’espace agricole. Un conflit d’usage se crée entre culture et énergie. Les riverains de ces centrales sont de plus en plus mobilisés contre la construction de centrales photovoltaïques près de chez eux. Arkolia en a fait l’expérience avec son projet de 313 MW qui a été contesté par les habitants du Larzac. Si celui-ci est un projet qui est venu sur la place publique, bien d’autres ne sont pas connus en dehors de la salle de discussion. Et ils sont abandonnés ! Le conflit ne fait que s’amorcer et va s’envenimer. Peut-être jusqu’à éliminer toute nouvelle construction de grande centrale …

Curieusement, cette semaine, deux types d’informations concordantes vont ouvrir de nouveaux horizons au photovoltaïque, et permettre un développement certain. Cela ne passe plus par d’immenses centrales mais plutôt par une réconciliation des agriculteurs avec le photovoltaïque, ou plutôt une combinaison des cultures avec la production d’énergie. L’autre horizon qui s’ouvre est la location de toits qui fournit des revenus, soit aux agriculteurs, soit aux propriétaires de toits.

La réconciliation des agriculteurs avec le photovoltaïque

Deux études venant des Etats-Unis (de l’Oregon et de l’Arizona) ont analysé les effets de la pose de panneaux photovoltaïques en hauteur sur la culture maraichère. Les deux parviennent à la même conclusion : les panneaux solaires constituent un abri contre le soleil, augmentent l’humidification des espaces, réduisent significativement le besoin en eau, et augmentent la production maraichère. Sur trois espèces (poivrons chiltepin, piment jalapeño et tomates cerises) cultivées en parallèle en Arizona (les unes sous l’abri de panneaux, les autres en plein air), la production de poivrons a triplé, celle de tomates a doublé, celle de piment a été comparable.

Le constat est comparable en Oregon où la végétation est plus fournie. On y constate que certaines variétés de salades ont un meilleur rendement à l’ombre de panneaux, plutôt qu’en plein air. Comme si le soleil, en cas d’intense chaleur, entravait la pousse de plantes. Les études ne disent pas si d’autres plantes ont été étudiées et si le constat était semblable ou différent.

Même la production d’énergie photovoltaïque est augmentée car l’humidité des plantes (leur respiration) rafraichit les panneaux qui peuvent produire davantage.

Le même résultat avec les bassins de crevettes

La semaine dernière, Fraunhofer relatait son expérience de fermes aquatiques au Vietnam (Le photovoltaïque, toit de protection et outil de production au Vietnam). Il mentionnait que les crevettes se reproduisaient mieux et grandissaient plus vite avec une couverture photovoltaïque, plutôt qu’avec la protection traditionnelle placée au-dessus des bassins pour éviter les fientes ou les maladies provenant d’oiseaux.

La conclusion de ces études incite le suédois Vattenfall à réaliser des essais agrivoltaïques (agriculture sous panneaux PV) aux Pays-Bas.

L’enquête de Fraunhofer va dans le même sens

Dès novembre 2017, Fraunhofer avait attiré l’attention sur cette combinaison culture-énergie avec une expérience effectuée en Bavière (Il est possible de cultiver sous des panneaux solaires). L’installation PV de 194 kW était répartie sur le tiers d’un hectare, et posée à cinq mètres de haut. Les récoltes avaient été légèrement amputées (entre – 5 % avec le trèfle et – 19 % avec les pommes de terre ou le blé). En revanche, en douze mois, les panneaux avaient produit un tiers en plus d’énergie qui avait été utilisée aux besoins de la ferme. Au lieu d’avoir un hectare de blé et un hectare de panneaux qui fournissaient 100 % chacun, les deux hectares recouverts de panneaux produisaient 160 % de blé et 160 % d’énergie ! Soit un gain important.

L’autre horizon qui s’ouvre est la location de toits

La France examine aussi l’utilisation des panneaux dans les exploitations agricoles. L’équipe Energie-Climat de la Chambre d’Agriculture de Bretagne a réalisé une quarantaine d’études pour déterminer la taille optimale des centrales photovoltaïques à installer sur les toits de hangars ou bâtiments agricoles. Elle a considéré cinq activités (production de lait, de porc, de volailles, maraîchage, méthanisation) réparties sur quarante exploitations représentant 1,9 MW, et ayant une puissance installée moyenne de 46,7 kWc. Les auteurs de l’étude remarquent que les centrales photovoltaïques sont particulièrement rentables pour l’activité laitière et porcine.

L’étude évalue l’économie brute des installations PV à 4,3 millions d’euros hors TVA sur vingt ans. L’économie nette (en tenant compte des annuités de remboursement d’emprunt et de maintenance) atteint 1,4 millions d’euros hors TVA sur vingt ans. Les auteurs ajoutent que si certaines activités agricoles conviennent bien au revenu du photovoltaïque (lait, porc), d’autres le sont moins ou pas du tout. Ils précisent qu’au tarif actuel de l’électricité, l’économie nette reste relativement faible pour une majorité de projets. D’où l’aide de la Chambre d’Agriculture de Bretagne à hauteur de 20 % à l’investissement dans ces centrales sur les toits. Un deuxième appel à projet régional devrait être lancé à l’automne 2019.

Les agriculteurs apprécient la location de leurs toits sur hangar

Les agriculteurs sont bien plus intéressés qu’on ne l’imagine, à installer des panneaux sur le toit de leur hangar ou de leur habitation. Ainsi en quelques semaines, le site hangarsolaire.fr, lancé en juillet 2019, a déjà récolté 2.000 projets d’installations ayant un minimum de 100 kWc. Bien sûr, le produit est alléchant car le site propose soit de construire un nouveau hangar gratuitement (20 % des demandes), soit de rénover la toiture existante, soit encore d’installer des panneaux sur les toitures existantes.

Pas de sortie d’argent mais des revenus !

Cette offre est séduisante car l’agriculteur n’a pas à sortir de l’argent. Selon la formule choisie, il profite de revenus réguliers liées à la vente de l’électricité produite. Le site met en relation le propriétaire du toit avec des développeurs. L’ensemble est financé par des investisseurs. La publicité indique que « le montant moyen d’une prise en charge des frais de construction ou de rénovation de bâtiment agricole serait de 20.000 €. Si les 450.000 exploitations agricoles françaises décidaient d’utiliser ce mécanisme, le gain pour le monde agricole se chiffrerait à 9 milliards d’euros et générant une production de 45 GWc d’électricité solaires, soit l’équivalent de 51 centrales nucléaires. »

Dans ces conditions, on ne peut pas s’étonner du succès de cette formule.

Elle ne fait que reproduire la formule proposée à toutes les toitures, les petites comme les grandes, par un certain nombre de sites marchands. Sur « locationtoiture.fr », au cours des douze premiers mois d’activité de cette société, 1.700 projets ont été déposés. 440 d’entre eux ont été retenus et seront construits en 2020. Ceci correspond à 44 MWc et à un chiffre d’affaires de 66 M€. Là encore, le succès provient de ce que le propriétaire du toit n’a rien à financer, confie son espace à un développeur pour l’installer et à des investisseurs qui récupèrent le montant des travaux avec la vente de l’électricité produite.

Une formule de location comparable

En Suisse, mais aussi en France plus d’une dizaine de sociétés se sont lancées sur le créneau de l’installation de toitures photovoltaïques en location. Elles proposent toutes la même formule : installer des panneaux solaires sur un toit (avec parfois une taille minimum) sans débourser quoi que ce soit, et, selon les cas, de profiter de loyers. Pour le moment, on en est au démarrage de la formule. Ces sociétés n’ont pas encore de notoriété. De leur côté, les propriétaires vont vite faire leur calcul. Les installations sur les toits qui étaient bien peu nombreuses (4.355 installations seulement au 2ème trimestre en France, contre 6.359 au 1er trimestre), vont vite retrouver de l’intérêt.

Tout ceci indique que le photovoltaïque, installé au départ sous forme de centrales, va progressivement trouver un nouveau souffle en étant installé sur les cultures et sur les toitures. Avec toutes les conséquences économiques et sociales qui en découleront.

S'inscrire à la newsletter "Le Fil de l'Actu"