L R AS Publié le mardi 16 juillet 2019 - n° 285 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur l’approvisionnement en lithium

Le photovoltaïque se généralisera avec le stockage

L’évolution vers le solaire + stockage va s’accélérer.

Les prix du lithium et du cobalt baissent depuis plus de six mois

La production de lithium

La demande de lithium

Le texte

Le photovoltaïque se généralisera avec le stockage

Le photovoltaïque se développera lorsqu’il pourra être associé de façon rentable au stockage. C’est-à-dire lorsque le kWh issu d’une batterie sera inférieur à celui du réseau. On s’en rapproche puisque Wood Mackenzie indique que c’est déjà le cas en Jordanie et au Maroc, ce qui laisse augurer une généralisation progressive à l’ensemble du monde. Bloomberg NEF confirme (https://www.pv-magazine.com/2018/11/19/solar-wind-cheapest-source-of-new-generation-in-major-economies-report/) que les systèmes solaire/éolien nouvellement construits combinés à un stockage de quatre heures peuvent déjà être compétitifs, sans subvention en Australie et en Inde par rapport aux nouvelles centrales au charbon ou au gaz

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L’évolution vers le solaire + stockage va s’accélérer.

D’une part, le coût du photovoltaïque continue de reculer. Les prix des panneaux évoluent à la baisse depuis le début de l’année chez les producteurs, avec une tendance à l’accélération depuis quelques semaines. En Europe, le recul est moins marqué si on en croit pvXchange.

D’autre part, l’autre facteur de la baisse des coûts du kilowattheure issu du stockage est le prix de revient de l’électricité issu des batteries. Ceci provient des progrès effectué dans la conception des batteries et dans l’association des composants dont les plus importants sont le lithium, le cobalt, le nickel, mais aussi le manganèse, le fer, … Bloomberg indique une baisse moyenne annuelle du kWh de 20 % depuis dix ans, qui l’a ramené à 176 $ en 2018.

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Les prix du lithium et du cobalt baissent depuis plus de six mois

Après une envolée spectaculaire des prix du lithium et du cobalt en 2017 et 2018, un retournement des prix se manifeste sur le marché. Le carbonate de lithium du Chili a chuté de 18 % entre juin 2018 et juin 2019. Les prix ont reculé de 9 % au 4ème trimestre 2018 puis de 8 % au cours du 1er trimestre 2019. Selon le second fournisseur mondial de lithium (SQM), le recul des prix du lithium pourrait encore baisser de 25 % au cours des prochains mois, du fait du grand nombre de mines mises en service au cours des derniers trimestres. Le cobalt a lui aussi suivi ce mouvement avec un repli de 66 % en un an à la bourse de Londres. Ceci devrait contribuer à faire baisser le coût du stockage.

Ces baisses sont à l’unisson du recul des matières premières dans le monde du fait d’une moindre croissance de l’économie chinoise qui n’a crû que de 6,2 % au 2ème trimestre, le plus faible taux depuis 27 ans, mais la Chine reste avec 51 % de la production mondiale, le principal fournisseur mondial de lithium. Cette situation provient à la fois de la capacité de raffinage chinois des carbonates de lithium produits dans le monde, dont les gisements sont parfois la propriété de groupes chinois, et du recyclage du lithium provenant de batteries en fin de vie.

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La production de lithium

Les chiffres varient selon les sources. L’offre primaire (celle extraite des gisements) est très concentrée : les américains FMC (au Chili) et Abemarle (en Argentine) ou SMQ (Chili) fournissent la moitié du marché mondial. En 2018, l’Australie est le premier producteur mondial avec 51.000 tonnes ; le Chili est le n° 2 avec 16.000 tonnes ; la Chine avec 8.000 tonnes ; l’Argentine avec 6.200 tonnes. A eux quatre, ils fournissent 80 % de la production mondiale de lithium. Au total, la production mondiale de lithium en 2019, selon USGS (United States Geological Survey), atteint 85.000 tonnes (69.000 tonnes en 2017 et 38.000 tonnes en 2016)

A cela s’ajoute l’offre secondaire : le lithium est de plus en plus recyclé (c’est bien moins connu). La Chine aurait recyclé 67.000 tonnes en 2018, et la Corée du Sud 18.000 tonnes par procédé hydro-métallurgique (soit déjà 85.000 tonnes). Ce procédé, utilisé en Asie, porte le recyclage des batteries en fin de vie jusqu’à 98 % pour certains composants alors que les occidentaux (Glencore ou Umicore,…) utilisent la fusion ce qui fait récupérer 90 % du cobalt, nickel ou cuivre, mais ce procédé est moins adapté au recyclage du lithium. Une cinquantaine d’entreprises dans le monde recycle le lithium, dont une trentaine en Chine. Les entreprises chinoises semblent avoir un taux de récupération plus élevé du fait de leur procédé de traitement. Ceci leur donne la possibilité d’acheter les déchets de batteries à un prix plus élevé que leurs concurrents.

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La demande de lithium

Le lithium disponible pour la demande mondiale peut donc être évalué entre 170.000 à 200.000 tonnes.

On estime que seulement 50 % des batteries au lithium en fin de vie sont recyclées. L’autre partie des 50 % échappe aux investigations : certaines batteries de véhicules ont été réutilisées en stockage stationnaire qui est la seconde vie des batteries, ou bien elles ont été exportées vers l’Asie. Ainsi, lorsque SQM (n°2 mondial du lithium) estime que la demande mondiale en 2019 devrait dépasser 315.000 tonnes, ce chiffre parait élevé. La demande de lithium pour produire les batteries représentaient 46 % de la consommation mondiale de ce minerai en 2015. Ce taux a dû considérablement augmenter au cours de quatre dernières années. On estime que le développement attendu des véhicules électriques entrainera une progression de 20 % par an de la demande de batteries et donc de lithium.

Ce qui est important, c’est que le recyclage, longtemps négligé ou ignoré est en pleine expansion. Il représente déjà l’équivalent (ou davantage) de l’offre de lithium primaire. L’augmentation du recyclage réduira la nécessité d’extraire de grosses quantités de nouveau lithium. Il assurera l’expansion du nombre de batteries de véhicules électriques qui est prévu pour les prochaines années.

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