L R AS Publié le lundi 08 juillet 2019 - n° 284 - Catégories : France, tarifs France

Témoignage sur les difficultés de mettre en place l’autoconsommation en France

L'autoconsommation a bien du mal à s'implanter en France. Il n'y a que 40.000 foyers qui utilisent leur propre production contre 500.000 familles en Allemagne. Le déséquilibre existe aussi dans la production : le PV fournit 2 % de la consommation française d'électricité, contre 11 %

en Allemagne. La baisse des prix des panneaux rend l'autoconsommation rapidement rentable, mais elle ne parvient pas à décoller en France.

Le distributeur EkWateur présente son expérience des obstacles à sa diffusion

- De nombreux particuliers se sont faits berner par de prétendus professionnels. Les panneaux installés ont été incapables de fonctionner. En 2016, 200 plaintes ont été déposées à la DGCCRF. La profession doit s'organiser pour distinguer les bons artisans des médiocres. Pourquoi ne pas noter les professionnels afin de constituer un répertoire des sociétés à qui on peut faire confiance ?

- L'administration lourde et illogique freine les volontaires à l'autoconsommation. Les pouvoirs publics ont ouvert en 2017, à d'autres distributeurs qu'EDF, la possibilité de racheter l'excédent d'énergie produite par les particuliers. L'autoconsommation n'a pas décollé du fait des contraintes administratives : un particulier intéressé par la souscription d’un contrat de revente de son énergie au fournisseur X, autre qu’EDF, doit d'abord signer un constat d'obligation d'achat avec EDF, puis attendre le retour de ce contrat signé par EDF. Ensuite, il doit demander à EDF de le transférer au fournisseur X. A partir de là, l’énergie du client sera pour le fournisseur X… à partir du 1er janvier de l’année suivante. Enfin, sauf si le transfert s’est fait après le 1er octobre, auquel cas le transfert se fera au 1er janvier de l’année n+1 ! Or les expériences vécues par ekWateur montrent qu'EDF met dix-huit mois à signer le contrat, bloquant sur cette durée son transfert. Résultat : si ce particulier a fait sa demande en août 2017, son contrat de revente n’est effectif chez le fournisseur qu’il a choisi qu’au 1er janvier 2020. De quoi décourager plus d’un client.

- Troisième frein enfin : l’abonnement au réseau de transport. Si le particulier ne veut pas suivre ce parcours de la vente de l'électricité au tarif subventionné, il peut vendre son surplus d'énergie à un autre fournisseur à un prix souvent inférieur à celui subventionné. Un dispositif freine toute velléité dans ce sens : le prix de l’abonnement au réseau de distribution Enedis (filiale d'EDF) – initialement fixé à 11 euros par an sans revente d’énergie – passe alors à 20 euros par an pour un contrat de revente.

Ainsi, les pouvoirs publics ont bridé le développement de l'autoconsommation, mais la hausse du prix de l'électricité du réseau devrait inciter les Français à s'équiper de panneaux solaires d'ici 2020 ou 2021.

Tecsol du 4 juillet

NDLR     Ce témoignage se passe de commentaires.

 Une telle situation provient de la place prise par EDF dans la fourniture d’électricité. En situation de monopole depuis plusieurs dizaines d’années, la société nationale a développé des attitudes d’exclusion vis à vis de toute entreprise pouvant grignoter une part de la distribution d’énergie. D’où les dix-huit mois pour signer un transfert de fournisseur, d’où les pénalités imposées par sa filiale Enedis aux ambitieux qui voudraient s’affranchir de la tutelle d’EDF.

Comme indiqué dans le Regard sur le PV n°282, la France aurait beaucoup à gagner en scindant EDF. Y parviendra-t-on ?

 

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