L R AS Published on Sunday 18 September 2022 - n° 416 - Categories:Europe

Rystad Energy ne croit pas à l'assiette des prélèvements de la Commission

En plafonnant temporairement les revenus des producteurs d'électricité inframarginaux, la proposition de la Commission capture les bénéfices exceptionnels des producteurs d'énergie renouvelable,

qui bénéficient de faibles coûts de production pendant cet épisode de prix élevés de l'électricité. 

Selon Rystad Energy, « environ 60 % de la capacité totale installée d'énergie renouvelable dans l'UE tire ses revenus de contrats à taux fixe conclus bien avant la crise énergétique, avec des prix généralement inférieurs aux prix spot actuels. »

lire aussi : Les mesures de la Commission selon Rystad Energy

.

Seuls 40 % des producteurs d'énergies renouvelables seraient conscernés

« Le montant de 117 milliards d’euros indiqués par la Commission Européenne, proviendrait d’un plafond de revenus liés à la production d'électricité à faible teneur en carbone et au charbon. Or, les bénéfices exceptionnels décrits par l'UE ne concernent que 40 % des producteurs d'énergie renouvelable. »

« Les affirmations selon lesquelles les énergies renouvelables réalisent des bénéfices exceptionnels pendant la crise sont donc plus complexes que la Commission européenne et d'autres ne le laissent entendre. Le fait de cibler tous les types de centrales avec une politique aussi peu adaptée, sème la confusion sur le marché et remet en question l'efficacité de la proposition. »

.

La Commission a retenu une mesure inadaptée

Cette mesure risque d’envoyer un signal d’alarme aux investisseurs qui réduiront leurs projets de développement. Il aurait fallu s'attaquer également aux problèmes réels : octroi de permis, prix des enchères et soutien de la chaîne d'approvisionnement - comme l'ont fait les États-Unis.

L'intervention de l'UE ne résout en rien le problème du déficit d'approvisionnement à moyen et long terme, alors que les énergies renouvelables sont la seule voie pour réduire la dépendance au gaz.

Ces derniers mois, les prix de l'électricité ont atteint des niveaux record, avec une moyenne de plus de 500 €/MWh en août, et des prix quotidiens ou hebdomadaires records dépassant 700 €/MWh. Par conséquent, l'UE et ses pays membres souhaitent mettre en place un plafond sur les bénéfices des énergies renouvelables - proposé à 180 €/MWh, quel que soit le moment du marché où l'entreprise vend l'électricité. Ce plafond s'appliquerait aux centrales éoliennes, solaires, de biomasse, nucléaires, au lignite et à certaines centrales hydroélectriques. Les recettes dépassant le plafond de prix seront redirigées vers les États membres et utilisées pour aider les ménages et les entreprises confrontés à des difficultés financières dues à la flambée des factures d'énergie.

lire aussi  :       Les mesures de la Commission selon PV Tech

Les mesures de la Commission selon PV Magazine et SolarPower Europe.

 

Les producteurs d'EnR ont différents régimes d'aides, de subventions, de sélections

Depuis 2000, la plupart des gouvernements européens ont mis en place des politiques de subvention pour encourager le développement des énergies renouvelables. Ces régimes, connus sous le nom de tarifs de rachat (FiT), de primes de rachat (FiP) et de contrats pour différences (CfD), ont été largement souscrits par les premiers développeurs d'énergies renouvelables, car ils offraient des tarifs de rachat lucratifs par rapport aux prix moyens de l'électricité.

Des accords conclus à des prix largement inférieurs aux 0,18 €/kWh pour 60 % de la capacité installée

Ces subventions historiques, d'une durée de 15 à 25 ans, représentent aujourd'hui plus de la moitié de la capacité installée de l’Union. Ces subventions sont réparties entre les différents régimes. Les prix de ces accords bilatéraux sont en moyenne inférieurs aux prix actuels de l'électricité.

Depuis 2015, les attributions de centrales se sont faites par des ventes aux enchères. Rystad Energy estime que 17 % de la capacité totale installée aujourd'hui est subventionnée par des systèmes d'enchères, notamment en Allemagne, en Espagne et en France. En outre, les contrats d'achat d'électricité (AAE) ont gagné en popularité après 2010.

Ces contrats prévoient des tarifs fixes négociés en fonction des conditions du marché à ce moment-là et représentent 11 % de la capacité totale d'énergie renouvelable installée aujourd'hui dans l'UE. Enfin, la capacité restante (14 %) perçoit des revenus directement sur le marché au comptant. Il peut s'agir de centrales qui ont démarré au début des années 2000 et pour lesquelles le contrat de subvention a depuis expiré ou qui ont opté pour le marché spot combiné à une stratégie de couverture ou, plus récemment, qui ont parié sur un prix de l'électricité suffisamment élevé pour atteindre la rentabilité.

Les revenus fixes proviennent de contrats à tarif fixe tels que les contrats FiT, CfD ou AAE et représentent 60 % de la capacité totale installée d’EnR dans l’Union soit 170 GW, principalement répartie entre l'Allemagne, la France et l'Espagne. La hausse des prix sur le marché bénéficie alors aux gouvernements.

Les revenus basés sur le marché proviennent des programmes FiP, des contrats conclus par le biais de ventes aux enchères ou des subventions.

.

Le plafond de la Commission entraine une confusion et envoie un signal négatif au secteur

« La mise en œuvre de politiques de gestion du marché étant par nature complexe, la décision de la Commission de proposer un plafond constant quels que soient les types de revenus et les spécificités du marché a entraîné une grande confusion quant à ses impacts… Cette politique envoie un signal négatif au secteur. Une fois qu'une intervention de cette taille et de cette envergure commence sur un marché aussi essentiel que l'énergie, les impacts sont innombrables et nécessiteront probablement d'autres interventions. »

https://www.rystadenergy.com/news/eu-revenue-cap-helps-consumers-but-may-end-up-capping-europe-s-renewable-energy-a

Rystad Energy du 15 septembre 2022

Subscribe to the newsletter "Le Fil de l'Actu"...