L R AS Published on Tuesday 13 September 2022 - n° 415 - Categories:Regard sur le PV

Regard sur la révision à faire de nos certitudes en matière photovoltaïque

Les commentateurs les plus sérieux (INSEE, Banque de France, IFO, Bundesbank en Allemagne) sont bien pessimistes. Ils alertent sur les conséquences des hausses de prix qu’ils proviennent de l’énergie, des produits manufacturés, de l’alimentation ... Ils alertent sur la faible revalorisation des salaires et sur la perte significative de pouvoir d’achat de la population.

Cette période difficile dont il faut attendre la sortie au mieux 2024, ou la fin de la guerre en Ukraine, doit être mise à profit pour revoir en profondeur, les habitudes, les croyances les objectifs qui étaient fixés auparavant. C’est que les certitudes de disponibilité, de praticité ou encore de conditions économiques (taux d’intérêt) ont changé. Autant prendre un moment pour étudier les changements et percevoir comment s’y adapter. Ceci est nécessaire pour sortir dans de bonnes conditions de cette crise qui approche

 résumé

La hausse des prix est spectaculaire par son ampleur et sa violence : elle est rapide, mais les salaires ne suivent pas le même rythme ; la perte de pouvoir d’achat sera significative

Elle va se traduire par un ralentissement des achats et par une récession économique et peut-être une révolte sociale : l’Allemagne prévoit un recul de 0,3 % de son PIB en 2023

Préparer la sortie de cette période délicate : on a vécu ces dernières années sur une vision de l’avenir. La réalité impose de la remettre en cause et de s’adapter

On manque déjà de lithium et de composants de batteries : leur hausse de prix est en train de condamner les batteries telles que nous les connaissons

Préparer l’avenir : la hausse des taux d’intérêt oblige à réexaminer l’attractivité des grandes centrales solaires

 

Le texte

Cette semaine, les commentateurs s’appesantissent sur la hausse du prix du gaz et sa répercussion sur le prix de l’électricité. Celui-ci est fixé par le coût de production du dernier kWh produit, lequel est généré par les centrales au gaz, les plus chères et en même temps les plus faciles à mettre en marche lorsqu’on en a besoin. Ainsi, en août et un an, les prix du gaz a augmenté de 42 %, celui de l’essence de 25 %, + 17 % pour le poisson frais

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Les commentateurs au cours de cette semaine en sont restés à ce niveau de constatation, car c’est le plus immédiat, le plus constatable, le plus spectaculaire

 

La hausse des prix est spectaculaire par son ampleur et sa violence

Or cette hausse des prix de l’énergie affecte les industries les plus énergivores, telles que la production d’acier, de verre, …. Ils augmentent d’autant le prix des objets fabriqués et se répercutent progressivement sur l’ensemble de l’économie, par les transports routiers, par les produits issus de hydrocarbures, par le chauffage. La hausse des prix est une moyenne qui regroupe des produits ayant subi ces hausses de l’énergie (de l’acier, du verre, ciment …) avec ceux qui ne sont pas concernés directement comme les services. Ainsi, la hausse en France limitée par les aides gouvernementales sur l’énergie s’est limitée à 6 % en un an en août. En revanche, elle atteint 7,9 % en Allemagne au cours du mois dernier. Surtout, cette vague n’a pas fini de monter puisque la Bundesbank prévoit une inflation de 10,1 % en décembre.

La vague de hausse des prix est rapide, brutale, violente. Ainsi, en Allemagne, le prix de l’électricité pour un ménage-type en août avait grimpé de 185 % (soit un triplement) en douze mois. De leur côté, les salaires ne montent pas autant (de quelques pourcents) car les gouvernants ne veulent plus faire l’erreur des années 1970, lorsque les salaires avaient été indexés sur les prix. Ceci avait entretenu l’inflation durant de nombreuses années. Ils préfèrent retarder le plus possible le rattrapage des salaires sur les prix, faire perdre du pouvoir d’achat à leur population, pour revenir le plus vite possible à une inflation de 2 % environ. Ainsi les prévisions de la Bundesbank pour 2023 porte sur une « réduction » de l’inflation à 6 %. D’ici là, le pouvoir d’achat des ménages outre-Rhin sera amputé de 3 % en 2022, puis de 3 % encore en 2023.

 

Elle va se traduire par un ralentissement des achats et par une récession économique et peut-être une révolte sociale

Ce moindre pouvoir d’achat des ménages aura un effet sur le niveau d’activité des entreprises. En France, l’INSEE prévoit une stabilité du PIB (c'est-à-dire une croissance zéro) au 4ème trimestre 2022, puis une baisse de l’activité au premier trimestre 2023. En Allemagne, la Bundesbank prévoit une réduction du produit intérieur brut (PIB) de 0,2 % au cours des trois derniers mois de l’année, puis une confirmation de la récession avec un recul de 0,4 % du PIB au premier trimestre, avec un repli de 0,3 % sur l’ensemble de l’année 2023. La période est difficile à franchir, d’autant que les pénuries d’énergies pourraient obliger des entreprises à freiner leur activité ou même à les arrêter au cours de l’hiver dans le cas où il serait rigoureux. La France subira la répercussion de la conjoncture allemande où se situe son premier débouché.

Les gouvernements peuvent bien préparer des plans de soutiens à l’économie, distribuer de l’argent aux « personnes les plus démunies » (en Allemagne, on en prépare un nouveau ; en France, le conseil de Défense a étudié la situation !), la crise sociale est devant nous, imminente et violente. Une crise économique est possible, même si les économistes ne l’envisagent pas.

 

Préparer la sortie de cette période délicate

Ce qui est important n’est pas de prendre conscience des difficultés à venir, mais de préparer la sortie de cette période délicate.

Ces derniers semestres, on mettait beaucoup d’espoir dans l’installation de centrales solaires ou éoliennes. On pressait les pouvoirs publics d’accélérer les constructions et de favoriser les développeurs. L’Etat français ou allemand, occupé à soutenir son économie, d’atténuer la perte de pouvoir d’achat des ménages, ne peut pas, ou ne peut plus (sauf en discours), faire attention à l’avenir car il est trop préoccupé par le présent et par la menace d’une explosion sociale.

De leur côté, les ménages pourront poursuivre les installations car elles sont les premières intéressées par la réduction de leur propre facture énergétique ; parce qu’elles ont l’épargne nécessaire pour payer l’installation ; car c’est le plus facile. Les grandes centrales, même si elles sont utiles et rentables, vont être limitées par la hausse des frais financiers liées aux taux d’intérêt. Ils ont commencé à grimper eux aussi (la Banque Centrale Européenne les a relevés de 0,75 % il y a quelques jours ; la Réserve Fédérale américaine a déjà procédé à plusieurs reprises à différentes hausses de taux d’intérêt, et va poursuivre ce mouvement). Le rythme et les conditions de réalisation des projets de grandes centrales vont être plus délicats. Trouvera-t-on des contrats à l’étranger moins limités par le financement ? Peut-être, mais la crise européenne et financière se diffusera dans le reste du monde hors Asie.

 

On manque déjà de lithium et de composants de batteries

Le récent passé avec la hausse continue du silicium, du prix des panneaux, des coûts du fret maritime (lesquels ont été multipliés par six en 2021, cf P. Artus) impose de développer la production européenne de panneaux. Pour le moment, on n’en voit pas les prémices, mais l’exemple américain avec la promulgation de la loi sur la Réduction de l’Inflation le 17 août dernier montre une voie à suivre pour la régénération de l’industrie européenne.

La hausse des prix affecte désormais les composants des batteries. Le principaux fabricants mondiaux, les chinois (On recherche des matériaux recyclés de batterie car les produits de 1ère fusion sont trop chers) sont déjà obligés d’avoir recours aux métaux recyclés pour réduire les coûts.

Ainsi, le prix du carbonate de lithium a été multiplié par neuf entre début 2021 et fin août 2022, et par six au cours de la seule année 2022. Les autres composants des batteries sont toujours aussi recherchés. Personne ne peut prévoir une détente sur les prix tant que la perspective de la voiture électrique paraitra devoir s’imposer. D’ailleurs, Patrick Artus fait remarquer que si on ne produisait que des voitures électriques en 2035, il faudrait multiplier par 40 la production de lithium. Or ce produit est déjà rare. On recourt déjà aux gisements à moindre teneur en produit. Comment ferait-on pour disposer d’une telle quantité ? De même, les chinois sont déjà obligés de recycler autant qu’ils le peuvent les vieilles batteries car le prix des produits de première fusion sont trop élevés. Ceci signifie aussi que les besoins en composant des batteries deviendront trop importants et donc trop chers pour les capacités d’extraction et de recyclage. Dès lors, cette rareté fait s’interroger sur le prix des batteries à horizon de cinq ou de dix ans et donc la généralisation des véhicules électriques. Ils seront réservés du fait de leur prix, aux personnes riches ou aux défenseurs du climat

Incidemment, ceci signifie que l’utilisation de carburants fossiles a de beaux jours devant eux puisqu’il n’y aura pas d’alternative ou plutôt aucune alternative en quantité suffisante !

Devant l’urgence économique et sociale, il faut déjà remarquer que les préoccupations climatiques sont en train passer au second plan. Les tenants de la défense du climat se font désormais très discrets. Les a-t-on entendus lorsque les différents gouvernements ont annoncé la relance de l’utilisation du charbon pour produire de l’électricité ? Sont-ils seulement audibles lorsqu’il y a débat sur les différentes productions de CO2 ? C’est que, pour le moment, l’urgence est de franchir une période à haut risque sociale et économique. L’urgence est de trouver des solutions pour faire des achats à moindre coût, pour conserver son pouvoir d’achat, pour sauvegarder son emploi !

 

Préparer l’avenir

Il faut profiter de cette période de crise pour préparer l’avenir. Il semble passer par une installation individuelle de panneaux solaires ou d’éoliennes pour obtenir une énergie moins chère que celle du réseau. Il est judicieux de développer l’autoconsommation, d’organiser la mutualisation locale des excès et des besoins d’énergie, et de favoriser ainsi la réduction du recours au gaz au niveau national (La gestion intelligente de l'énergie stabilise le réseau électrique). Dans la mesure du possible, il faudrait généraliser l’usage des batteries.

Surtout au lieu d’attendre des pouvoirs publics français des mesures concrètes (dans la droite ligne des impulsions du pouvoir royal), la profession doit s’organiser pour informer, diffuser et donner une impulsion au développement des énergies renouvelables.

La crise va être violente. Ou bien, on veut subir et les dégâts seront significatifs, ou bien on veut sortir plus fort de cette période de remise en cause de notre modèle passé et préparer l’avenir. Il faut une vision stratégique en utilisant les forces à notre disposition.

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