L R AS Published on Monday 12 September 2022 - n° 415 - Categories:autour du PV

Le prix de l'électricité provient des approvisionnements en gaz

Avec l'hiver qui arrive, les difficultés d'approvisionnement en gaz russe entraînent une volatilité des prix et potentiellement des coupures d'électricité.

Les prix au comptant de l'électricité en Europe occidentale ont atteint des niveaux inégalés : les prix moyens quotidiens ont dépassé 600 € par mégawattheure (MWh) en Allemagne et 700 € par MWh en France,

avec des pics à l'heure de pointe pouvant atteindre 1.500 € par MWh. Les prix risquent d'être encore plus élevés pendant les mois d'hiver, car la Russie a interrompu toutes les exportations de gaz par Nord Stream 1.

Ces fluctuations proviennent de la forte volatilité du marché du gaz.

Selon Rystad Energy, si la demande de gaz doit être réduite, comme cela semble de plus en plus probable, l'Europe sera confrontée à une série d'options car jusqu’ici, peu d’acteurs se sont engagés à réduire volontairement leur demande de gaz de 15 % entre août 2022 et mars 2023.

Le prix de l’électricité se fixe sur le coût des générateurs électriques et spécifiquement sur le coût de la production du dernier kilowattheure produit, lequel est généralement produit par une centrale à gaz

La hausse des prix de l’électricité provient d'une baisse des approvisionnements en gaz russe (c’est le facteur prédominant), de pannes nucléaires, d'une faible hydroélectricité et de perturbations des livraisons de charbon en raison de la sécheresse. Malgré un prix du gaz élevé (et donc de l’électricité), il n'y a pas eu de réduction significative de la demande d'électricité. En cas de pénurie, les membres de l'UE se sont engagés à réduire volontairement leur demande de gaz de 15 % entre août 2022 et mars 2023.

Si ces réductions de 15 % de la demande de gaz pour produire de l'élctricité ne sont pas réalisées, un déséquilibre entre l'offre et la demande d'électricité pourrait apparaître dès ce mois-ci et s'aggraver jusqu'en 2023. Le déficit d'électricité devrait atteindre un maximum de 13,5 TWh en janvier avant de se résorber progressivement.

 

Le gaz reste nécessaire dans le mix électrique

 

Malgré de gros efforts, les compagnies européennes d’électricité peinent à réduire leur dépendance au gaz. En fait, la production d'électricité à partir du gaz a augmenté en raison des défis mentionnés ci-dessus. Dans l'UE, la production d'énergie nucléaire et d'hydroélectricité a chuté de 14 % et de 25 % par rapport à l'année précédente, ce qui a fait disparaître 110 térawattheures (TWh) d'électricité du réseau. Cette baisse a été compensée par une augmentation de la production d'énergie éolienne, de charbon, d'énergie solaire et de gaz. Dans l'ensemble, la production d'électricité à partir de gaz a augmenté de 6 % en glissement annuel pour atteindre 39 TWh en juillet. Les choses deviendront encore plus difficiles vers la fin de l'année, car la demande saisonnière d'électricité augmentera : la consommation d'électricité en décembre est normalement de 25 % plus élevée qu'en juillet, ce qui signifie que la consommation européenne pourrait dépasser les 280 TWh par mois.

L'approvisionnement électrique de l’hiver prochain sera certainement le plus difficile que l'Europe ait connu depuis des décennies. Les consommateurs ou les gouvernements devraient en payer le prix.

 

Les approvisionnements en gaz russe ont chuté de 89 % et pourraient encore baisser

 

Au premier semestre de l'année dernière, la Russie a exporté près de 350 millions de mètres cubes par jour (MMcmd) de gaz naturel vers l'Europe occidentale par ses principales voies d'exportation. Ces derniers jours, les flux sont passés sous la barre des 40 millions de m3 par jour, soit une baisse de 89 % par rapport à l'année précédente. La majeure partie de cette baisse est due à l'arrêt des flux via Nord Stream 1

 

Quelles sources d'énergie alternatives pour remplacer le gaz russe ?

 

Si on ne parvenait pas à réduire la consommation de gaz de 15 % destiné à produire de l'électricité dans l'UE par rapport à la moyenne des cinq dernières années, l'offre manquante - correspondant à environ 5,5 TWh par mois - devrait être remplacée par d'autres sources, par des réductions de la demande ou par une augmentation des importations d'électricité dans l'Union.

La production d'électricité à partir de l'hydroélectricité et du nucléaire a fortement diminué cette année, tandis que le charbon, le gaz, l'énergie solaire et l'énergie éolienne ont tous augmenté.

Cette année, la production d'électricité à partir du charbon a augmenté de 12 % en glissement annuel dans l'ensemble de l'Union cette année. Ill est possible de l'utiliser davantage si nécessaire en décembre et en janvier.

La production d'hydroélectricité, en revanche, a chuté de 25 % jusqu'à présent cette année. En Europe, les niveaux d'eau sont à leur minimum. La production d'hydroélectricité devrait donc rester faible au cours des six prochains mois.

La production nucléaire a baissé de 14 % dans l'UE depuis le début de l'année. Les perspectives sont sombres. EDF s'efforce de remettre en service pour l'hiver les réacteurs nucléaires qui sont actuellement en maintenance.

La production solaire et la production éolienne sont toutes deux en forte hausse cette année - respectivement de 25 % et de 14 % - grâce à des ajouts de capacité particulièrement importants. La croissance prévue pour les mois restants est conforme aux ajouts de capacité qui pourraient totaliser 25 gigawatts (GW) pour le solaire et 15 GW pour l'éolien en 2022, soit une augmentation de 16 % et 8 %, respectivement, en glissement annuel.

La hausse de la production d'électricité à partir du charbon, du solaire et de l'éolien pourrait contribuer à couvrir partiellement la baisse des approvisionnements en gaz en ajoutant 34 TWh supplémentaires entre septembre et mars 2023. Toutefois, cela ne suffirait pas à combler le déficit de production du gaz, du nucléaire et de l'hydroélectricité, ce qui signifie que des mesures supplémentaires seraient nécessaires.

 

La demande européenne d'électricité a diminué de 2,2 % depuis le début de l'année,

C'est principalement parce que les prix record ont réduit la demande, notamment celle du secteur industriel. La persistance de ces prix élevés risque de maintenir la demande à son faible niveau actuel, voire de la faire baisser davantage. Une baisse similaire de 3 % en glissement annuel au cours des prochains mois est envisageable, non seulement parce que les prix élevés affectent les consommateurs industriels et les ménages, mais aussi en raison des mesures d'économie d'électricité mises en place par les gouvernements.

 

 

Après un examen de l'offre et de la demande, et une baisse de 15 % de la demande de gaz pour produire de l'électricité, le déséquilibre entre l'offre et la demande pourrait apparaître dès ce mois-ci et s'aggraver jusqu'en 2023. Le déficit atteindrait un maximum de 13,5 TWh en janvier avant de diminuer progressivement.

Le déficit électrique total de 51 TWh dans l'UE pour l'ensemble de la période allant de septembre 2022 à mars 2023, impliquerait des importations supplémentaires de pays hors-UE. Il peut aussi être comblé par une diminution de 5 % de la demande totale par rapport à 2021.

L'analyse de Rystad Energy montre que l'équilibre de la production d'électricité en Europe est gravement compromis dans un scénario où l'approvisionnement en gaz est considérablement réduit, car il n'y a pas beaucoup de flexibilité pour augmenter considérablement la production à partir d'autres sources. Toute autre solution nécessiterait une forte baisse de la demande d'électricité.

https://www.rystadenergy.com/news/winter-is-coming-russian-gas-supply-cuts-cause-price-volatility-and-potentially-p

Rystad Energy du 5 septembre 2022

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