L R AS Published on Tuesday 18 January 2022 - n° 389 - Categories:Regard sur le PV

Regard sur les ombres et lumières du photovoltaïque

La même semaine, les informations ont couvert le spectre des ombres et des lumières du photovoltaïque : il y a eu une association entre deux entreprises complémentaires pour assurer la maitrise de la température dans les bâtiments. Comme pour toutes présentations de nouveaux produits (verre producteur d’énergie, domotique, gestion de la production d’énergie de systèmes solaires, …), la population est réfractaire à ces nouveautés. Même les implantations de centrales solaires sont bien souvent rejetées par les habitants. Le photovoltaïque ne fait pas partie de la vie quotidienne

De l’autre, il y a les installations de centrales suite aux appels d’offres gouvernementaux, qui ont été largement soutenus par l’Etat français. Il y a surtout une dynamique nouvelle qui s’instaure avec les contrats d’achat d’énergie (AAE) que les entreprises souscrivent pour obtenir de l’électricité moins chère. Pour la planète ? Pas du tout ! Même pas pour le photovoltaïque !

Résumé

Ce qui ne va pas dans le photovoltaïque : De nombreuses innovations et procédés utiles ne trouvent pas leur public. Les entreprises qui les commercialisent vivotent ou font faillite.

Ce qui marche dans le photovoltaïque : les installations avec appels d’offres ! La CRE a réussi sa mission, celle de trouver des développeurs-constructeurs de centrales. Elle a élargi ses offres aux innovations, aux bâtiments, aux zones non interconnectées …

Les accords d’achat d’énergie (AAE) sont plébiscités : ils ont été lancés il y a dix-huit mois environ et rencontrent un grand succès, car ils aboutissent à réduire le prix de l’énergie des entreprises acheteuses. Seulement il n’y a pas d’utilisation alternative à de l’électricité nucléaire. Seul le prix attire les souscripteurs de contrats.

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Le texte

Ce qui ne va pas dans le photovoltaïque

L’information du rapprochement entre tado° et aWattar (cf l’article de cette semaine) laisse les lecteurs indifférents. Ils ont raison et tort. Raison car ce rapprochement ne change pas le photovoltaïque, ne change pas la vie de chacun, et surtout la nouvelle entité aura au mieux la chance de survivre et plus certainement la probabilité de disparaitre.

Les lecteurs ont tort car l’application proposée, celle de mesurer et de gérer la température dans une habitation, a beaucoup d’avenir, et présente de multiples économies d’énergie.

Cette application va rejoindre les multiples innovations, mises au point ou produits innovants dont leurs auteurs ou promoteurs ne parviennent pas à dépasser le seuil d’indifférence. Ainsi, la gestion de l’énergie pour valoriser les panneaux solaires est largement oubliée trois ou cinq ans après leur présentation. D’autres sur le même créneau ont cherché une plus grande audience en commercialisant des panneaux, ou ont mis au point d’autres produits ou procédés tels qu’un logiciel de simulation énergétique : l'installateur peut simuler le projet énergétique de son client et y ajouter ses propres paramètres tels que la prévision de hausse du prix de l’électricité ou encore le montant des primes à l’investissement.

Certains se sont placés sur les batteries virtuelles, ou ont mis au point une télécommande pour piloter à distance les climatiseurs. On pourrait encore citer cette entreprise de nettoyage de panneaux solaires qui au terme de plusieurs années infructueuses, remis en vente son procédé. Doit-on rappeler l’engouement qui avait saisi les entreprises américaines en faveur de la domotique, créneau qui est largement oublié aujourd’hui. De même, aujourd’hui, qui pense à placer une batterie pour gérer sa production solaire ?

Si on devait tirer une leçon de ces tentatives, c’est que le photovoltaïque n’a pas pris auprès du public. Il reste sur des habitudes ancestrales, et sur des modes de vie qui excluent toute technologie trop nouvelle. Si on voulait un chiffre : fin 2021, il n’y avait que 125.000 ménages ayant mis en place l’autoconsommation sur les quelques trente ou quarante millions de ménages français. Quant aux installations de système solaire sur les toits de bâtiment ou d’habitation, elles sont plutôt rares.

Les fabricants de composants photovoltaïques (panneaux) restent très discrets tant ils sont concurrencés par les produits chinois. Ils donnent l’impression de vivoter et de ne pas parvenir à se développer

Ce qui marche dans le photovoltaïque : les installations avec appels d’offres !

Les appels d’offres de la Commission de Régulation de l’Energie rencontrent du succès puisqu’il y a une offre d’achat de l’énergie à un prix fixé à l’origine et sur vingt ans. Quasiment, chaque appel d’offres se traduit par une offre excédentaire par rapport à la quantité offerte. Seulement, la taille maximum des lots offerts, autour de 20 MW, ne permet pas de réduire les coûts du kilowattheure en dessous de 0,05 €, soit quasiment celui de l’énergie nucléaire. Ainsi, il y a le développement d’installations mais elles ne permettent pas de réduire les coûts pour faire une différence significative avec le nucléaire. Dès lors, EDF a beau jeu de dire que l’électricité qu’il produit est équivalente ou même supérieure à celle des énergies renouvelables lesquelles supportent le poids de l’intermittence. La différence entre les deux générateurs reste donc en faveur du nucléaire.

Des tentatives sont menées pour agrandir la taille des installations, mais elles se heurtent au voisinage, aux associations de défense de la nature, à la volonté de conserver le paysage comme il était avant. Une centrale de 300 MW dans les Causses a dû être abandonnée du fait de ces oppositions. Une procédure de concertation est en cours pour une centrale de 1 GW dans les Landes. On verra ce qu’il en sortira.

La CRE accumule des puissances installées (12,3 GW fin décembre 2021) mais de l’extérieur on se demande ce qu’on fait de l’énergie produite. Est-elle seulement agglomérée à la production nucléaire ou a-t-on une politique différente selon les deux sources différentes ? Y a-t-il une affectation différente de cette énergie après sa production ? Favorise-t-on quel secteur ? Pourquoi augmente-t-on la puissance installée ? La politique qui suit l’installation des centrales n’est pas encore définie

Les accords d’achat d’énergie (AAE)

Les gros utilisateurs d’énergie ont pris conscience de l’intérêt de passer des accords de fourniture d’électricité à un prix fixe et pour une durée définie. Cela se passe tant en France que dans les autres pays européens. L’américain LevelTen Energy publie des données agrégées pour l’Europe et non par pays ce qui est dommage. Il analyse le quart des contrats les moins chers conclus au cours de chaque trimestre. Il en résulte une hausse de l’ordre de 70 % du volume signé au 4ème trimestre 2021 par rapport au 3ème, avec un prix moyen pour le solaire de 47,97 € le mégawattheure. Ce chiffre mélange le solaire espagnol avec le solaire allemand ou suédois, ce qui est peu précis. Seulement, il signifie que ce prix moyen est à peine inférieur à celui des appels d’offres de la CRE et au niveau du kWh proposé par EDF avec ses centrales nucléaires. Nous estimons que les contrats conclus en France le sont à un prix légèrement inférieur à ces 48 €.

Même si on ne détient pas le volume des contrats conclus en Europe et bien sûr en France, on peut affirmer que les entreprises ont compris l’intérêt de ces fournitures d’énergie. Les développeurs n’ont pas besoin des travaux administratifs pour obtenir un contrat avec un client bien identifié qu’ils auraient avec un appel d’offres de la CRE. Souvent le volume des contrats est supérieur à ceux des appels d’offres. Les AAE vont se développer et probablement créer leur propre environnement d’utilisation des énergies renouvelables, puisqu’il ressort du droit des affaires et non du droit public

Si les contrats privés d’achat ou de vente d’énergies renouvelables vont se développer, les pouvoirs publics sont bien handicapés pour valoriser cette énergie. Ils ne peuvent que donner une impulsion, mais non se substituer aux investisseurs privés ou aux établissements financiers. Ils ne maitrisent pas vraiment la quantité des puissances qui seront installées, ce qu’on a pu constater en France où pendant de nombreuses années, les pouvoirs publics ont augmenté les volumes accordés, mais cela ne s’est pas traduit dans les volumes, sauf tout récemment

Or certains gouvernements étrangers, bien imprudemment, ont affirmé que leur pays devait sortir du nucléaire et du charbon à une date assez lointaine. Avec les années qui passent, les dates des promesses se font de plus en plus proches et de plus en plus difficiles à respecter. Alors que la Belgique a obtenu 39 % de son électricité en 2020 avec des centrales nucléaires, un de ses gouvernements avait fixé à la fin 2025 pour supprimer ces centrales. Comment faire pour remplacer l’énergie produite par de l’électricité renouvelable dans un délai si court ?

L’Allemagne veut abandonner le nucléaire (11 % de sa consommation d’électricité) et le charbon (24 %) d’ici 2030. Comment le gouvernement pourra-t-il remplacer des centrales qui fonctionnent bien par d’autres qui ne sont pas encore installées, et dont on ne maitrise pas leur fonctionnement (intermittence notamment) ?

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Au terme de ce panorama, le photovoltaïque apparait prometteur, mais surtout mal conçu dans sa gestion, sans plan d’ensemble et en ayant jusqu’à présent construit des centrales mais sans savoir comment utiliser efficacement l’énergie produite. Avec en arrière-fond les ONG qui incitent à lancer des plans ambitieux mais sans vision de comment utiliser l’énergie produite ; comment la faire adopter ? Comment mettre en place les mécanismes pour utiliser ou mieux cette énergie (dans la journée, dans quelle région, avec quel tarif, …) ? Pour le moment on lance le photovoltaïque, on le laisse se développer mais on ne sait pas comment créer la société qui va avec ! Quelle perte d’énergie !!!

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