L R AS Publié le mardi 14 septembre 2021 - n° 373 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la crise climatique et l’économie

Les écologistes présentent leur contribution à la sauvegarde de la planète et pour la COP 26, mais sans mesure concrète immédiate. La pandémie a profondément perturbé les mécanismes économiques, obligeant les Etats à financer les entreprises et les particuliers. De leur côté, les entreprises ont réagi en augmentant leurs prix. Ce ne sera pas perdu pour les Etats. Cette hausse facilite l’installation de centrales solaires.

Résumé

Les écologistes présentent actuellement leurs contributions pour la COP 26. Notamment DNV : Chacun fixe ses objectifs pour 2050 pour faire face à la crise climatique

La pandémie a secoué le monde économique, qui a réagi en augmentant les prix : la pandémie a perturbé les économies qui doivent faire face à des approvisionnements parfois interrompus, à des hausses de prix inimaginables, à des clients subissant à leur tour la crise

Pour sortir de la crise, on n’avait pas vraiment le choix : les pouvoirs publics ont privilégié la remise en route des circuits économiques et ont reporté à plus tard les mesures climatiques

Désormais place à l’inflation pour réduire les dettes ! L’endettement dû à la sauvegarde des entreprises et de l’emploi devra être remboursé. D’accord mais une bonne et vive inflation réduirait la charge du remboursement en pouvoir d’achat. L’Etat ne pourrait qu’être gagnant !

La défense du climat se fera par des mécanismes économiques : depuis des années, les préconisations pour « sauver la planète » n’ont rien donné sauf des paroles. Les coûts et les solutions économiques obligeront chacun à changer son comportement

Un de ces mécanismes est la hausse du prix de l’énergie : A l’œuvre depuis plusieurs trimestres, elle incite à passer des contrats d’achat d’énergie qui fournit de l’électricité à moitié prix !

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Le texte

Les écologistes présentent actuellement leurs contributions pour la COP 26. Notamment DNV

A l’approche de la Cop 26 à Glasgow début novembre, les « contributions », les propositions, ou encore les « perspectives » fleurissent de la part des écologistes qui préconisent tous un durcissement des conditions économiques pour respecter l’Accord de Paris de 2015 fixant entre 1,5 °C et 2 °C le réchauffement de la planète d’ici 2100.

Cette semaine, c’est la société norvégienne de conseil DNV qui présente sa vision quelques semaines après la présentation du GIEC qui alarmait une fois de plus sur la crise climatique. Bien évidemment, DNV estime que le monde n’évolue pas assez vite pour éviter une catastrophe. Il préconise ce que tout le monde souhaite, une augmentation des installations solaires ; affirme qu’il faudrait multiplier par 20 la pose de panneaux ; et parvenir d’ici 2050 à 36 % de part de l’électricité solaire dans le bouquet énergétique. Combiné avec l’éolien, DNV préconise de parvenir à 70 % d’énergie éolienne et solaire au milieu du siècle

Ces préconisations, chaque année plus péremptoires, ne mentionne pas comment on pourrait arriver à cet objectif qui est si lointain qu’on l’aura oublié dès l’an prochain et probablement largement avant.

DNV regrette que « la pandémie ait été une occasion perdue, » que « la relance post-covid ait surtout consisté à soutenir et à protéger les industries qui ne sont pas assez respectueuses du climat, et que les nations ne se soient pas assez souciées de la transformation des industries existantes ».

C’est là où nous voulions en venir

La pandémie a secoué le monde économique, qui a réagi en augmentant les prix

Le monde développé est à peine sorti de la pandémie qu’on vit déjà toutes les perturbations qu’ont causées les confinements, les mesures de protections, les difficultés d’approvisionnement en matière première, en panneaux, en semi-conducteurs, et désormais dans l’approvisionnement en énergie. Les hausses de prix en sont pas générales, mais de très nombreux secteurs économiques ont augmenté leurs prix, souvent de façon significative. On le voit avec le silicium, et les panneaux, et le fret maritime. Dire que ces hausses sont justifiées, ce serait mentir. Tous les chefs d’entreprises ont voulu profiter de la situation et évoquer des pénuries pour passer des hausses de prix.

Pour sortir de la crise, on n’avait pas vraiment le choix

Ainsi, dire comme DNV que l’occasion d’appuyer sur l’accélérateur vert a été perdue est peu crédible car les Etats ont préféré conserver ce qui existait, réduire les perturbations économiques et sociales, et remettre à plus tard les changements pour une économie plus verte. C’était plus prudent, plus judicieux, plus pertinent ! Pourquoi amener des entreprises à se transformer au milieu de perturbations ? Il leur aurait fallu investir dans de nouveaux procédés de production, tout en gérant les hausses de prix, sans bien connaitre les choix à faire ! En supposant qu’elles aient toutes voulu acquérir de véhicules électriques, comment aurait-elles pu se les procurer immédiatement, alors que la capacité de production est limitée ou marginale ? Comment un producteur d’acier aurait-il pu changer ses hauts fourneaux en peu de temps pour respecter l’écologie et la réduction des émissions de CO2, sans avoir d’électricité verte disponible, laquelle n’est que de 2 % à 3 % de la consommation française d’électricité ? L’impératif des entreprises en 2020 et même en 2021 est de produire assez pour satisfaire la demande. Elle n’est pas dans le changement précipité des outils de production au profit de machines plus vertes ou dans l’aventure écologique. La priorité est dans la survie économique de l’entreprise, des entreprises, dans le retour à la normale.

Désormais place à l’inflation pour réduire les dettes !

Il est difficile d’affirmer que cette période chaotique va vite s’interrompre. Au contraire, elle pourrait être à l’origine de ce que tous Etat souhaite en 2021, une « bonne inflation » pour effacer les dettes de la période du Covid. En effet les emprunts réalisés par les différents Etats pour faire face aux conséquences sociales de la pandémie, seront à rembourser. Cela est certain. Seulement, on remboursera les prêteurs avec des euros dévalués. Et certainement très dévalués ! Comment ?

Prenons l’exemple simple, un emprunt de 100 € effectué en 2020 par un Etat. Son pouvoir d’achat est alors de 100. Si l’inflation atteint 10 % dans l’année, le pouvoir d’achat des 100 € se situe alors à 110 € en 2021. Si l’Etat se met à rembourser, il ne paiera que 100 €, soit la dette d’origine. Si l’inflation se poursuit au même rythme, en 2022, le même pouvoir d’achat exige de payer (ou de sortir de sa poche) 110 x 1,1, soit 121 €. Tout remboursement de la dette initiale réduit de 21 € le montant nominal initial des 100 €. Et ainsi de suite. Plus il y a d’inflation pendant de nombreuses années, moins l’Etat ne rembourse en pouvoir d’achat. Dire qu’il y a intérêt est une évidence

Or l’émergence de ces hausses de prix va lancer l’inflation dans le monde. Elle aura été initiée par les entreprises et non par la dépréciation de la monnaie (la planche à billet) comme c’était le cas dans le passé. Peu importe. Le résultat est là.

La défense du climat se fera par des mécanismes économiques

La défense du climat et le respect des 2°celsius doivent-ils être mis aux oubliettes ? Elle resurgie déjà sous une forme qu’on n’attendait pas (avec l’énergie)

Le monde économique n’est pas dicté par des affirmations, par des incantations sur le climat, ou par la production de CO2. Il peut l’être avec des décisions des pouvoirs publics, mais les chefs d’entreprises ont pour mission de produire au moindre coût en respectant la législation. Si des normes rendent la production dans un pays trop cher ou trop contraignante, d’autres régions n’ont pas les mêmes contraintes. Ils implanteront leurs unités de production ailleurs, d’où l’émigration des usines de France et la raréfaction de l’industrie nationale depuis trente ans. Ceci provient un peu des coûts, un peu à cause des normes multiples (protection sociale, CO2 émis, coût du travail, imposition des bénéfices, …) à respecter. La France perd alors des emplois et de la richesse.

La mutation écologique va se produire naturellement et spontanément. Comment ? Par les contraintes économiques, par la raréfaction des matières premières, par la hausse du coût des composants, par les difficultés diverses rencontrées.

Un de ces mécanismes est la hausse du prix de l’énergie

Cette contrainte est mise en évidence cette semaine, mais elle est à l’œuvre depuis quelques trimestres. Il s’agit de la hausse du coût de l’électricité. Qu’a-t-elle à voir avec la défense du climat ? Elle procure un changement de perception pour les chefs d’entreprise lorsque le coût de l’énergie est fondamental dans leurs coûts d’exploitation.

Pour des raisons encore peu connues, le prix du gaz qui était tombé à 5 € le MWh au second trimestre 2020, a bondi à 30 € (un niveau historique) Or la pénurie de gaz liée au coût du fret, et de la chute des prix il y a quinze mois, qui incitait à ne plus extraire le gaz, va s’amplifier durant l’hiver qui arrive car les stocks européens sont vides. Si on ajoute le prix du carbone, le prix de l’électricité provenant du gaz est proche de 100 € /MWh. Le prix de gros de l’électricité sur le marché a suivi : En Espagne et au Portugal, le prix de l’électricité a atteint 143 € le MWh pendant quatre journées il y a dix jours. En Allemagne, la moyenne en août a été de 83 € le MWh. Le prix du gaz et de l’électricité devrait rester élevé durant les prochains mois.

Quelle conséquence pour le photovoltaïque et pour le climat ? N’importe quel chef d’entreprise cherche des solutions alternatives actuellement. Il a entendu parler des contrats d’achat d’énergie à un prix fixe (autour de 55 € le MWh en Italie, peut-être autant en France et en Allemagne). Il va chercher à s’en procurer en contactant des développeurs. Ainsi plus le prix de l’énergie sera élevé, plus il y aura d’AAE ! Plus il y aura de panneaux solaires !

D’un côté, il y a les incantations et les bavardages. De l’autre, il y a les faits qui modifient la situation. Que vaut-il mieux ?

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