L R AS Publié le mardi 15 juin 2021 - n° 366 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les bons et les mauvais producteurs chinois dans le PV

Après neuf mois de hausse du prix du silicium, va-t-il y avoir une diminution aussi rapide des prix comme chaque fois lorsqu’il y a une inflation des prix d’une matière première ? Va-t-on reprendre la baisse des prix des panneaux comme cela s’est passé depuis dix ans ? On peut l’espérer mais est-ce réaliste si on considère la situation du marché. Il y a un jeu de rôle entre les fabricants des différentes étapes de la filière photovoltaïque. Il y a les bons et les méchants producteurs. En réalité, ils se sont répartis les rôles, pour que chacun puisse dire, ce n’est pas ma faute, mais la sienne ! Pour le plus grand bien du photovoltaïque chinois !

 

Le résumé

Le SNEC, un espace d’échange : le salon a été l’occasion d’une rencontre entre producteurs de silicium et transformateurs en aval.Ces derniers ont évoqués leurs griefs

Une situation très favorable pour les producteurs de silicium : ces dialogues ne sont pas suffisants pour faire changer les producteurs de silicium de leur position : ils sont peu n ombreux pour organiser les prix, les trancheurs de silicium se sont liés, en passant des contrats à long terme ; tous ont besoin de silicium

Que peut faire l’aval devant la hausse des prix du silicium ? Essayer de moins acheter pour constituer des stocks si possibles chez les producteurs de silicium

Les assembleurs se présentent comme des victimes : ils font semblant de subir les hausses de prix, tout en transférant aux fabricants de cellules la responsabilité d’établir un rempart contre les hausses de prix

L’interview des fabricants de panneaux lors du SNEC est révélatrice d’un refus de parler : La seule chose qui intéresse un lecteur est la réaction des assembleurs de panneaux face à cette hausse de prix du silicium. Leur réponse est qu’il faut améliorer la technologie, être attentif aux mutations. Quant à savoir quel est l’effet de ces hausses sur les comptes, il faudra attendre la parution des comptes du 2ème trimestre !

Il n’y aura pas de baisse prochaine des prix des panneaux : un des interviewés s’oublie en indiquant que les prix des panneaux vont rester élevés. Le monopole des producteurs de silicium leur permet de maintenir des prix élevés. La filière dépend du silicium et les fabricants de panneaux auront besoin(diront-ils) qu’il leur faut rétablir leur rentabilité. En réalité, personne ne sait bien ce qui se passe dans le milieu très fermé des fabricants

Les constructeurs de centrales devront passer par les prix des vendeurs : ils ne pourront pas faire autrement. Soit ils retardent leurs constructions, soit ils achètent chers leurs panneaux. Dans les deux cas, ils sont perdants. Les installations vont en être affectées

 .

Le texte

Le SNEC, un espace d’échange

Le salon de Shanghai, le SNEC, qui a eu lieu en début de mois, a été utile car il a réuni dans un même lieu les fabricants de silicium et les utilisateurs de ce matériau de base pour la production de panneaux. Il a permis aux seconds de présenter aux premiers les difficultés de l’aval de la filière. Les fabricants ont compris qu’ils ne pouvaient pas continuer à faire monter les prix, mais cela ne les a pas incités à entamer la baisse de leurs tarifs. Ils profitent d’une production limitée, de contrats d’achat de silicium par les fabricants de plaquettes qui se sont engagés sur plusieurs années sur un volume, avec un prix déterminé mensuellement par le marché. De façon irréfléchie, les fabricants de plaquettes se sont engagés dans la nasse dont ils auront du mal à sortir car les prix sont facilement administrés lorsque les échanges portent sur de faibles volumes. Les trancheurs de silicium ont cru pouvoir répercuter sur l’aval les hausses de prix. Or, les assembleurs de panneaux, en contact avec les utilisateurs finaux ont très vite signifié (disent-ils) qu’ils ne pouvaient pas trouver d’acheteurs si les prix montaient.

Une situation très favorable pour les producteurs de silicium

Malgré ce dialogue de sourd entre producteurs de silicium et transformateurs de la filière, les premiers ont compris que la conjoncture leur était favorable : ils sont peu nombreux (les six principaux fournissent 90 à 95 % de la production chinoise : en 2020, selon le CPIA, la production chinoise de silicium s’est établie à 392.000 tonnes. Selon PV Magazine la capacité de production des cinq principaux producteurs chinois de silicium fin 2020 était de 386.000 tonnes : Le silicium a-t-il fini sa hausse de prix ?). Les acheteurs n’ont pas la possibilité de s’adresser à d’autres fournisseurs. Les contrats qui devaient fournir une garantie d’approvisionnement aux trancheurs de silicium, constituent le piège qui les met à la merci des producteurs de silicium. Ceux-ci ont donc intérêt à maintenir des prix élevés car ils sont les seuls par lequel il faut passer pour obtenir de la marchandise.

On aurait pu penser qu’il y avait eu accumulation de silicium par un certain nombre d’intermédiaires ou même par les fabricants de plaquettes. Ceci aurait alors conduit tôt ou tard à l’utilisation de ces stocks constitués antérieurement. Cette utilisation aurait permis de réduire les achats de silicium et donc de faire pression sur les fabricants de silicium. Cet espoir s’évapore progressivement : il n’y aura pas de tendance à la baisse des prix et donc dégonflement de la bulle. Les fabricants de silicium, forts de leur position, du caractère irremplaçable de leur produit et de leur quasi-monopole, laisseront les prix élevés.

Que peut faire l’aval devant la hausse des prix du silicium ?

L’aval, constitué par les fabricants de plaquettes, de cellules et de panneaux, essaie de gérer la situation. Les trancheurs de silicium ont estimé que les fabricants de cellules avaient besoin de leurs plaquettes et qu’ils passeraient par leurs prix, même en hausse. D’où les hausses constantes de LONGi et de Zhonghuan, qui sont plutôt bien passées jusqu’à cette récente revalorisation qui parait être celle de trop. D’où le retard de LONGi à publier ses cotations et les hésitations des acheteurs à suivre celles de Zhonghuan.

C’est que la résistance se situe aux deux derniers échelons de la filière : en contact avec les utilisateurs, les fabricants de panneaux ont freiné tant qu’ils le pouvaient (en tout cas, c’est ce qu’ils disent), la répercussion de la hausse des prix. Ils ont réduit (disent-ils) l’utilisation de leur capacité de production à la moitié du potentiel. C’est qu’ils ont constaté que les utilisateurs refusaient ces hausses à répétition ; que les acheteurs n’en comprenaient pas le motif ; que la capacité de production de silicium est de l’ordre de 200 GW alors que la demande 2021 devrait se situer entre 160 et 180 GW, ce qui laisse une marge pour alimenter aisément le marché. Même en affirmant refuser ces hausses, ils ont bien dû en accepter une partie. PV Tech mentionne que le prix des panneaux est actuellement à son plus haut niveau depuis deux ans. Il affirme que si le silicium coûte 185 RMB/kg (il est actuellement entre 200 et 220 RMB/kg), le prix moyen d’un panneau s’établit à environ 1,74 RMB/W (0,27 $/W). Il constate que le prix des panneaux a récemment dépassé les 1,90 RMB/W lors d’appels d’offres pour des installations en Chine.

Les assembleurs se présentent comme des victimes

En réalité, il y a une offensive médiatique des assembleurs pour montrer qu’ils sont victimes des producteurs de silicium. Ils insinuent qu’ils essaient de refuser les hausses et qu’ils n’y parviennent qu’à grand peine. Ils prétendent que les clients n’acceptent pas ces hausses et qu’ils refusent des hausses tout en passant de façon limitée ou totale les hausses subies, sous prétexte que les acheteurs seraient mécontents de ces hausses et reporteraient à plus tard leur commande.

L’effort des assembleurs de panneaux pour limiter la répercussion des hausses (ou plutôt ce qui est présenté comme tel par les entreprises concernées), reporte sur les fabricants de cellules la charge d’être le gendarme des prix. Les assembleurs leur transmettent la tâche de refuser les hausses provenant de trancheurs de silicium. C’est toujours le maillon faible qui trinque dans ces cas-là car autant la fabrication de plaquettes est entre les mains de deux géants, LONGi et Zhonghuan, autant celle de cellules est répartie entre quelques gros acteurs spécialisés (Tongwei et Aiko) auquel s’ajoutent les fabricants intégrés qui font aussi des panneaux et bien souvent des plaquettes…

L’interview des fabricants de panneaux lors du SNEC est révélatrice d’un refus de parler

Dans ce jeu d’ombres où la faute provient des producteurs de silicium, et où les bons sont les assembleurs de panneaux qui font tout pour éviter le hausses, l’interview de différents assembleurs de panneaux éclaire la situation d’une façon crue : l’article veut connaitre la réaction des assembleurs dans ce contexte de hausses de prix. Il vaudrait expliquer comment les assembleurs parviennent à s’en sortir financièrement, alors que, rappelons-le, la filière s’est rigidifiée avec ces contrats d’achat de silicium à long terme. Les uns (Talesun) affirme qu’ils cherchent à conserver des bas prix, mais comment font-ils lorsqu’il a des prix du silicium ou des cellules qui augmentent ? Akcome, le plus honnête, reconnait qu’en étant au milieu de la filière, il est affecté par cette hausse. Les autres (Chint, Seraphim, Trina Solar, Suntech, …) ne parlent pas de la hausse des prix ou de l’évolution de leur rentabilité, mais de l’intérêt d’avoir une technologie performante, de prévoir les changements, d’accentuer l’automatisation pour produire plus gros et plus grand, ou encore de miser sur la prochaine technologie en augmentant les efforts de recherche et développement. Où y a-t-il réponse à la question que tout le monde se pose : les assembleurs de panneaux, sont-ils victimes de cette hausse ou bien complices en ayant répercuté les hausses. Pour le moment, on ne peut pas répondre. On aura la réponse lors de la publication des comptes du 2ème trimestre. Seulement d’ici là ou bien on se sera habitué à un prix élevé dans la filière et ces publications seront un non-événement, ou bien les entreprises seront effectivement en perte et elles devront tôt ou tard apurer leurs pertes en ne répercutant pas le recul de prix.

Il n’y aura pas de baisse prochaine des prix des panneaux

C’est ce dernier cas qui parait le plus probable : il n’y aura pas de baisse de prix des panneaux au moins d’ici la fin de l’année et probablement même d’ici la fin du 1er trimestre 2022. D’une part car il n’y aura pas de mise en route d’importantes capacités de production de silicium, ce qui serait le seul moyen de faire baisser durablement les prix. D’ici là, les producteurs de silicium auront beau jeu de ne pas baisser leur prix car la pénurie, un peu artificielle actuellement, le deviendra sérieusement avec la mise en exploitation de nombreuses installations de production de plaquettes et de cellules. Que ce soient les contrats d’achat long terme, le monopole des six fabricants qui permet de tenir les prix, ou encore et surtout, le caractère irremplaçable du silicium, rien ne permet de croire à une atténuation de l’attachement des producteurs à des prix élevés.

D’autre part, la concentration des fabricants de panneaux : les dix plus importants représentent 85 % des ventes mondiales, leur permet de maintenir leur prix et surtout leur marge bénéficiaire. Peut-on vraiment changer de fournisseur de panneaux lorsqu’ils se sont concertés pour conserver un certain niveau de prix ? D’ailleurs, et cela lui a échappé, le dirigeant de Seraphim annonce que le prix des panneaux va augmenter alors qu’il a baissé depuis dix ans. C’est logique. Pourquoi les assembleurs de panneaux vendraient-ils leur production à 100, s’ils peuvent, du fait de sa rareté, la vendre à 150 ? Il suffit de s’entendre entre la dizaine de producteurs pour que le prix reste fixé à un haut niveau

Les constructeurs de centrales devront passer par les prix des vendeurs

Les installateurs de panneaux auront beau être mécontents, ils auront le choix entre reporter la construction de centrales, ne pas gagner d’argent et donc faire faillite, ou passer par les prix des producteurs et répercuter ces prix sur les donneurs d’ordre. Ceux-ci accepteront peut-être les projets déjà en cours de construction, mais éviteront ou réduiront les nouveaux projets. Ainsi, les perspectives d’installations de nouvelles centrales dans les pays européens vont se rétrécir. Les installateurs de panneaux subiront donc une moindre activité.

Si les grands groupes chinois maintiennent cette politique, ceci peut redonner un potentiel de développement aux micro-fabricants européens de panneaux. Ne pouvant pas trouver de panneaux chinois, les installateurs pourraient s’approvisionner chez eux, mais leurs capacités de production devront augmenter rapidement. Seulement, anticiper dès maintenant une nouvelle demande, est risquée, car les fabricants chinois de panneaux ne se laisseront pas faire. C’est la conséquence d’un monopole qui a été progressivement instauré.

Pour aller plus loin : les analyses du marché https://www.energytrend.com/solar-price.html

https://www.infolink-group.com/en/solar/spot-price/2021-06-09-PV-spot-price

Les interviews de PV Tech lors du SNEC (1ère partie)

Les interviews de PV Tech lors du SNEC (2ème partie)

 

 

S'inscrire à la newsletter "Le Fil de l'Actu"