L R AS Publié le mardi 12 janvier 2021 - n° 345 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la hausse probable des prix sur les panneaux en 2021

On est parvenu à une telle concentration industrielle dans la production de silicium et de panneaux, que les fabricants chinois peuvent se permettre de fixer leurs prix et de les imposer au reste du monde. Il n’y a plus d’alternative à la production chinoise. Les consommateurs du reste du monde vont payer un moment d’égarement qui s’est produit il y a quelques années. Cette situation de transfert de richesse de l’Europe vers la Chine ne fait que commencer. Cela va persister pendant de nombreuses années tant qu’on n’aura pas pris conscience de la situation et qu’on n’instaurera pas les moyens pour réimplanter des unités de production.

Pour mieux comprendre ce qui va suivre,

1°) il faut avoir à l’esprit que le volume photovoltaïque installé en 2020 est jusqu’à présent évalué à 120 GW, mais que les fortes installations en décembre en Chine (14 à 15 GW), au Vietnam (6,7 GW) et dans d’autres pays pourraient porter les installations 2020, à 130 GW et peut-être 140 GW. L’incertitude des instituts d’analyse se traduit par leur silence actuel

2°) Les prévisions d’installations pour 2021 portent sur plus de 170 GW selon PV Men (+ 30 % sur les 130 GW de 2020), une autre estimation porte sur 150 à 160 GW (+ 15 à + 23 %) ; selon les capacités de production d’onduleurs, il faudrait envisager entre 180 et 190 GW (+ 38 % à + 46 % sur 2020). Ces hausses correspondent à un rattrapage après la période perturbée du covid 19.

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Ces prévisions ne seraient pas particulièrement élevées si 2020 avait été une année normale. En effet, le taux annuel de croissance des installations s’établit à 25 % environ, ce qui par rapport à 2019 (120 GW) aurait dû voir les installations 2020 de 150 GW et celle de 2021 de 187 GW. Les prévisions ci-dessus ne sont donc pas étonnantes ni surprenantes.

Seulement les fabricants chinois de la filière jouent une autre partition que celle de la satisfaction de la demande mondiale. Ils ont progressivement concentré leur industrie et ont bien l’intention de profiter de leurs efforts récents pour rentabiliser au mieux leur position oligopolistique en faisant payer leur silicium et leurs panneaux au prix fort. Ceci apparait dans deux phases de la filière.

Le silicium

Le graphique du cours du kilogramme de silicium en 2020 est particulièrement significatif (cf ci-dessous)

Il indique qu’au premier semestre, un cours de 60 RMB /kilogramme était le prix du marché. Il s’inscrivait dans une dynamique baissière liée à la mise en service de nombreuses unités de production en 2018. Seulement, il n’y a pas eu de poursuite de cet effort d’investissement. La capacité de production des unités chinoises qui était de 410.000 tonnes fin 2019, n’était que de 440.000 tonnes fin 2020 (+ 7 % en un an soit moins que la croissance de la demande attendue). Il est prévu 470.000 tonnes fin 2021 (+ 7 % encore). La production mondiale se situait à 515.000 tonnes en 2019, 545.000 tonnes en 2020. Elle sera de 575.000 tonnes fin 2021

Il a suffi d’une inondation et d’une perturbation dans la production dans deux unités de production en mi-2020, pour faire bondir les cours.

Au second semestre 2020, les cours ne sont pas retombés au niveau antérieur et c’est logique : 70 % de la capacité de production est entre les mains de quatre ou cinq entreprises. Elles ont verrouillé leur marché car les fabricants de plaquettes leur ont réservé 80 % de leur production avec des contrats à long terme. Les producteurs de silicium ont donc des débouchés assurés et n’ont plus besoin de baisser leurs prix pour vendre. Il leur suffit de gérer la situation, et surtout d’engranger des bénéfices. Ainsi Daqo a publié un doublement de son chiffre d’affaires au premier semestre par rapport au début 2019, sans publié son bénéfice net (probablement trop impressionnant). Les autres producteurs doivent avoir d’excellents résultats.

Cette gestion de la pénurie liée à une insuffisance d’investissement de production a permis aux cours du silicium de rester au-dessus de 80 RMB/kg au second semestre 2020. Il n’est pas prévu d’augmentation significative des capacités de production en 2021 [seulement 30.000 tonnes de plus, ce qui permet de produire à peine 8 GW supplémentaire de panneaux si on applique le ratio : 150/575 x 30. La capacité mondiale de production de silicium de 575.000 tonnes permet de produire 150 GW de panneaux). Il faut s’attendre à une pénurie significative quelques soient les raisons évoquées. Les prix ne resteront pas dans la fourchette de 80 à 90 RMB/kg (comme l’envisage EnergyTrend), mais pourraient dépasser les 100 RMB, car les usines sont longues construire et à mettre en exploitation.

Dès lors, si le prix du silicium ne baisse pas et même augmente, le prix des panneaux ne peut pas baisser pour les clients. Les producteurs s’en moquent. Plus les prix seront élevés, plus les bénéfices seront importants. Que faut-il d’autre pour eux ?

 

Les plaquettes :

Les fabricants sont mal placés car ils sont situés entre des fabricants de silicium qui ne sont pas décidés à baisser leurs prix et les fabricants de cellules qui cherchent à s’approvisionner au meilleur prix.

Pour faire face à cette situation inconfortable, la concentration s’est produite dans le secteur. Là aussi une demie douzaine de grands producteurs ont émergé, mais ils sont coincés et ne peuvent pas agir sur les prix.

 

Les cellules :

Les fabricants ne sont pas très concentrés car si certaines sociétés ont atteint des tailles conséquences (Tongwei, Aiko, Runergy ,.. ), les fabricants intégrés de panneaux ont leur propre unité de production de cellules, mais là aussi ils sont inclus dans une chaine de production où on leur laisse seulement de quoi vivre.

 

Les panneaux :

Les assembleurs sont en fin de filière. Ils ont aussi acquis une position oligopolistique pour profiter de la situation, celle où les acheteurs sont obligés de passer par leur volonté et donc par leurs prix. Depuis deux ans, le secteur se caractérise :

1°) par une course aux volumes de capacité, avec pour unité de production la dizaine de GW, quand ce n’est pas davantage.

2°) par une volonté d’éliminer les fabricants de rang 2 et 3 pour laisser la mainmise sur le marché aux plus gros producteurs. Deux facteurs ont joué : le changement de format des plaquettes et des cellules a obligé des entreprises, et donc les plus fragiles, à changer leur matériel pour s’adapter aux nouvelles tailles du marché. Les entreprises n’ayant pas les moyens de se financer doivent disparaitre. D’autres sont parvenues à changer leur équipement et doivent lutter contre les fabricants de premier rang, de façon inégale à travers une féroce guerre des prix. En période de basse conjoncture, les fabricants de rang 1 baissent leur prix pour vendre et saturer leur unité de production, récupérant certains clients des producteurs de rang 2 ou 3. En période de forte demande, les fabricants de rang 1 en profitent pour investir pour l’avenir en développant leur recherche et développement, en augmentant leurs capacités de production, et en prospectant de nouveaux marchés.

Le résultat de cette politique concertée avec les autorités politiques est que les fabricants de rang 2 et 3 voient leurs clients passer à la concurrence. Ils n’ont pas assez de moyens pour lutter contre cette pression des gros acteurs. Ainsi, les trente candidatures à des appels d’offres en 2019 ont été réduites à vingt en 2020. Autre constat : au premier semestre 2020, lors du covid, les six plus importants fournisseurs de panneaux ont augmenté leurs ventes de 20 %, malgré la pandémie, gagnant des parts de marché. Les gros fabricants évincent progressivement les fournisseurs de rang 2 et 3. Il en résulte que les six premiers fabricants de panneaux disposent fin 2020 d’une capacité de production de 170 GW sur un total de 220 GW. Ils comptent doubler leurs ventes en 2021, en vendant à prix coûtant ou à perte pour conquérir des clients et en vendant avec un gros bénéfice auprès des clients fidèles.

Ayant réussi dans une grande mesure à éliminer la concurrence chinoise ou étrangère, les grands fournisseurs de panneaux songent à leur intérêt. Celui de faire des bénéfices. Et ils ne s’en privent pas. Ainsi LONGi au 1er semestre 2020 a réalisé une marge nette de 20 % de ses ventes, ce qui laisse un profit considérable.

Si le prix du silicium a eu tendance à reculer au cours du quatrième trimestre, l’indice des prix établi par pvXchange indique qu’en Europe, les prix des panneaux se sont orientés à la hausse sur cette période.

Là encore, tous les prétextes sont bons pour tenir les prix : on évoque une pénurie de verre de grande taille, l’absence de films, l’insuffisance de cellules (même chez les principaux fournisseurs), l’envol du prix du fret maritime… Les fabricants ne sont pas avares de justificatifs que les clients ne peuvent pas analyser, mais qui permettent aux producteurs de conserver de belles marges et surtout de s’en servir pour étouffer toute concurrence locale ou étrangère, afin de renforcer leur mainmise sur la filière.

Il est très probable que l’orientation des prix des panneaux sera au mieux stable et au pire en hausse en 2021, car rien ni personne ne les oblige à réduire leur rentabilité. Les grands fournisseurs chinois ont acquis une position sur le marché qui les rend incontournables. Cette position leur permet de dicter au monde leur prix et leur volonté. Les utilisateurs n’ont désormais qu’à payer. Ils ne peuvent plus se plaindre car il n’y a plus d’alternative !

Il y a quelques années, on avait privilégié les installateurs au détriment des fabricants nationaux de panneaux. Désormais, on a des prix élevés et une dépendance au bon vouloir des fabricants chinois qui savent où se trouve leur intérêt. Revenir en arrière sera difficile car les chinois ne se laisseront pas faire pour conserver leur « gâteau »

 

Pour aller plus loin : Les quatre tendances du silicium en 2021 : son prix devrait rester élevé

En 2020, la domination croissante des fabricants chinois de panneaux s’est confirmée.

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