L R AS Publié le dimanche 10 janvier 2021 - n° 345 - Catégories : hydrogène

La vision de l'hydrogène par I. Overland

Une vision de l’hydrogène

I. Overland, directeur du centre de recherche sur l’énergie en Norvège se prononce sur l’hydrogène

L'engouement pour l'hydrogène s’explique par la prise de conscience de l'accord de Paris, par le changement climatique et par le succès des entreprises de technologies propres. Seulement, il faut que le coût de l’hydrogène devienne compétitif par rapport à d'autres solutions dans plusieurs domaines, tels que le stockage d'énergie saisonnier/en réseau, les procédés industriels à haute température, le transport routier lourd, le transport maritime et l'aviation. Si l'hydrogène s'avère être l'option la moins chère dans plusieurs domaines, son avenir sera prometteur. S'il ne gagne que dans un seul domaine, il ne sera probablement pas si important, même s'il pourrait encore avoir un marché.

Les pays disposant d'abondantes ressources d'EnR ont des avantages sur les autres dans la production d'hydrogène vert. Il faut aussi beaucoup d'espaces car les installations sont vastes. Ainsi, l'Algérie pourrait fournir à l'Europe de l'hydrogène.

Si les EnR rendent chaque pays moins dépendant des autres régions, l'hydrogène peut reconstituer une dépendance envers les pays ayant beaucoup de ressources énergétiques et d'espace. Seulement les pays défavorisés peuvent produire leur propre hydrogène si les prix deviennent trop élevés. Il y aura donc une dépendance variable.

La préoccupation climatique est trop forte pour que les entreprises de combustibles fossiles manipulent la tendance. A plus long terme, tout dépendra de la concurrence entre les technologies et leur rentabilité. L'hydrogène bleu ou turquoise qui utilise du gaz naturel, continuera probablement à être moins cher que le captage du carbone des gaz d'échappement et pourrait s'avérer plus rentable que l'hydrogène vert. Si l'infrastructure existante des gazoducs de gaz naturel peut également être réutilisée pour l'hydrogène sans que les coûts ne deviennent trop élevés, elle pourrait devenir une option très intéressante pour une décarbonisation rapide.

L'hydrogène pose le problème du lancement du processus : faut-il attendre une demande de la part des industries lourdes pour produire de l'hydrogène ? Ou bien faut-il produire de l'hydrogène avant que la demande n'apparaisse ? Pour la mobilité, on a trouvé les batteries au lithium bien mieux adaptées aux véhicules, alors que l'hydrogène est davantage adapté au stockage de longue durée ou aux processus industriels utilisant de hautes températures.

L'hydrogène peut concurrencer les autres modes de stockage de l'électricité. Seulement le développement de la mobilité électrique exigera tellement de batteries au lithium que le stockage saisonnier sera assuré par l'hydrogène.

La technologie des batteries est en pleine évolution. Par exemple, le cobalt est déjà en voie de disparition. Ainsi, les cycles de vie et les questions sociales et environnementales liées aux piles vont changer. L'hydrogène a donc un avantage, mais il se réduit et nous ne savons pas dans quelle mesure il se réduira davantage à l'avenir.

Les technologies vont être essentielles. La concurrence sur les technologies liées à l'hydrogène devrait devenir assez féroce. Cependant, ce n'est pas exactement une guerre. Ce sera davantage comme la concurrence entre Apple, Huawei et Samsung dans la téléphonie mobile.

S'il y a une chose certaine, c'est que le solaire et l'éolien vont se développer. Actuellement, l'éolien offshore flottant est particulièrement dynamique, mais il y a énormément de recherches en cours sur les différentes technologies photovoltaïques qui pourraient potentiellement donner une impulsion massive au solaire. L'hydrogène est probablement une autre pièce du puzzle de la transition énergétique qui pourrait l'aider à s'accélérer.

Ce qui est le plus susceptible de provoquer un changement brutal, ce sont les actifs de combustibles fossiles bloqués.

Les pays dont l'économie repose en grande partie sur les combustibles fossiles pourraient subir de graves chocs dans les deux ou trois années à venir. Cela signifie également que la question de l'hydrogène bleu et turquoise est décisive. Si l'hydrogène bleu et turquoise ne sont pas des options viables, cela renforcera l'effondrement des combustibles fossiles. En revanche, si l'hydrogène bleu et turquoise s'avère rentable, les pays disposant des plus grandes réserves de gaz naturel pourraient avoir de très belles perspectives.

https://www.pv-magazine.com/2021/01/05/the-geopolitical-impact-of-hydrogen/

PV Magazine du 5 janvier 2021

NDLR    Le temps n’est pas inclus dans cette brillante analyse. On dit que le prix de l’hydrogène aura baissé d’ici 2030 mais qu’il ne sera compétitif qu’en 2050. Or il faut déjà attendre dix ans pour percevoir une première baisse significative de son coût. C’est que tous les projets de construction d’électrolyseurs ont une mise en service à partir de 2025, sans compter les retards dans les constructions. D’ici là, le monde sera comme actuellement, l’utilisateur des hydrocarbures comme principal producteur d’énergie.

Un autre aspect évoqué mais délicat à mettre en œuvre, c’est la rentabilité des productions d’hydrogène lorsqu’il n’y aura pas encore d’utilisation de cette énergie. Qui se lancera dans l’utilisation de cette nouvelle énergie encore non rentable ? Qui va payer la différence entre la nouvelle et l’ancienne énergie ? Qui continuera à produire à perte alors que l’avenir ne paraitra pas s’éclaircir ? En un mot, qui verra l’utilisation de l’hydrogène dans la population de 2020 ?

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edxl