L R AS Publié le mardi 15 décembre 2020 - n° 344 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur les industriels du PV hors de Chine

Que s’est-il passé chez les industriels du photovoltaïque à l’étranger

A l’étranger, à Taïwan

A l’étranger, en Corée

A l’étranger, aux Etats-Unis

A l’étranger, en Europe

En France

Les petits fabricants souffrent

Les projet de Meyer Burger et de REC Group

Des blablas

Les énergies renouvelables perdent du terrain au profit de la protection du climat assurée par le nucléaire

La guerre énergie renouvelable-nucléaire est en cours et penche au profit de l’atome

 

A l’heure des bilans de fin d’année, il y a eu le point sur l’évolution des fabricants chinois de panneaux il y a quinze jours ; puis l’évolution de la demande d’électricité notamment en France durant la pandémie, la semaine dernière. Il reste à examiner l’industrie PV en France en cette fin d’année alors que l’actualité est occupée par une future usine de production de panneaux à Hambach (Moselle) de REC Group. Cette société a une grosse ambition, celle de lancer une unité de 2 GW. Ceci occupe tellement les esprits qu’il faut regarder ce qui industriellement s’est passé dans le monde et comment évoluent les quelques fabricants français de panneaux qui croyaient ou qui croient encore à la sollicitude des pouvoirs publics.

Que s’est-il passé chez les industriels du photovoltaïque à l’étranger

A l’étranger, à Taïwan

Les chinois ont « nettoyé » l’industrie taïwanaise au cours des années 2018-2019. Celle-ci s’était spécialisée sur des plaquettes et surtout les cellules ayant placé une de ses entreprises parmi les trois plus importantes du monde. Bien évidemment, ces sociétés dépendaient à la fois des fabricants de silicium, de la production de plaquettes pour certains, et des assembleurs de panneaux. Lorsque les chinois ont voulu augmenter leur domination mondiale, ils ont (de façon coordonnée et systématique) proposé des contrats de sous-traitance ou d’achat de produits fini au prix de revient ou à perte. Il ne restait qu’aux fabricants de cellules à disparaitre ou à vendre à perte, ce qui ne faisait que ralentir l’échéance. Surtout, cela privait les taïwanais des ressources financières pour investir dans de nouvelles machines ou technologies. Ainsi, ils sont restés trop longtemps au sciage des lingots de silicium avec la scie à boue, ne parvenant pas à passer au sciage au diamant. Peu à peu, l’industrie taïwanaise florissante de la coupe de lingots s’est effondrée. Les principaux fabricants de cellules qui étaient renommés, dépendaient des fabricants de panneaux. Les chinois ont alors limité leurs achats ou ont proposé des prix trop faibles : les fabricants de cellules ont disparu. Il ne reste plus que quelques fabricants qui ont compris trop tard qu’il leur fallait couvrir toute la filière et surtout avoir accès au client final, l’acheteur de panneaux. L’industrie taïwanaise ne sert désormais que les installateurs de centrales solaires sur l’ile. Ils aimeraient bien reconstituer un réseau de vente à l’étranger.

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A l’étranger, en Corée

Il y a encore deux ans, c’était un des pays qui comptaient dans le monde pour la production de silicium. OCI était réputé pour la pureté de son produit. Une dizaine d’autres fabricants suivaient dans le sillage. Les chinois ont progressivement augmenté leurs droits de douane d’importation, afin de laisser une place et une demande à leur propre production. L’augmentation progressive et régulière des droits de douane a eu raison de la qualité des produits coréens. Les entreprises se sont arrêtées les unes après les autres. Même OCI ne conserve plus qu’une usine en Malaisie, après avoir arrêté ses fours en Corée.

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A l’étranger, aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont eux aussi été « nettoyés » par la politique de bas prix organisée par les chinois. En 2017, il ne restait plus que SolarWorld América et Suniva, comme producteurs. C’est le moment où D. Trump a institué des droits de douane. Il a organisé une « reconquête » malheureusement en se limitant à la production de panneaux, et en important 2,5 GW de cellules en franchise de droits de douane. Malgré toutes les critiques qu’a subi cette protection tarifaire, la production nationale est remontée à 4 GW, mais ce n’est pas suffisant car il aurait fallu aussi organiser la filière, c'est-à-dire soutenir l’usine de REC Silicon en voie de dépérissement suite aux droits de douane imposés par les chinois ; couvrir les deux étapes de production la coupe de lingots et la fabrication de cellules. L’action de D. Trump a conduit à reconstituer une capacité de production de panneaux de l’ordre de 4 GW (sur une demande annuelle de 12 à 18 GW), mais à négliger le reste, ce qui permet aux chinois seuls producteurs de la filière, de faire les prix qu’ils souhaitent puisqu’ils n’ont pas de concurrents non chinois. Or, les dirigeants des sociétés chinoises sont tous membres du parti communiste dont ils reçoivent leurs ordres stratégiques.

 

A l’étranger, en Europe

Les chinois n’ont pas agi de façon différente en Europe. Avec un prix de vente de 10 à 20 % moins chers que les fabricants du Vieux Continent, ils ont éliminé peu à peu l’industrie allemande au cours des années 2010-2012. Celle-ci ne parvenait pas à aligner ses prix. Même s’ils y étaient parvenus, l’objectif étant de détruire l’industrie allemande, les prix chinois auraient été réduits davantage. N’ayant plus de concurrents industriels sérieux depuis la faillite de l’allemand SolarWorld, ils peuvent se mettre d’accord pour fixer les prix en Europe, avec de belles marges bénéficiaires.

Désormais la Chine produit 85 % des panneaux mondiaux

 

En France

Au moment où en Chine l’unité de production de panneaux est la dizaine de gigawatts et où chaque gigawatt ajouté dans une usine est moins onéreux que le gigawatt précédent, les fabricants européens et français font de la figuration, avec quelques centaines de mégawatts par an de capacité. On ne connait pas la production annuelle. Ainsi, Voltec Solar a une capacité de 200 MW, Recom-Silla de 300 MW de panneaux en France (le groupe Recom produit en Pologne, des cellules en Italie et aurait créé une unité de production de 300 MW en Biélorussie fin 2019). DualSun qui fabrique des panneaux dans l’Ain, a choisi de sous-traiter sa nouvelle gamme en Chine. Photowatt aurait une capacité de production de silicium et de plaquettes de 150 MW par an. Il utilise une technologie innovante pour cristalliser le silicium. Depuis son annonce en mars 2019, peu d’information ont filtré sur le succès technique et sur la rentabilité de cette technologie.

Les petits fabricants souffrent

Il semble que si les années 2015/2017 ont été plutôt satisfaisantes pour la croissance de la production et la rentabilité des usines françaises (c’est à dire jusqu’à la fin du prix unique européen de septembre 2017), les dernières années soient bien plus difficiles pour eux, avec des changements réguliers de dirigeants, avec un oubli de publication des comptes annuels, et aussi une non-actualisation des sites web ce qui signifie qu’ils ont autre chose plus important à faire. C’est comme si les conditions de fonctionnement de ces entreprises subissaient, gentiment et sans rien dire, la pression des prix chinois, afin de les éliminer.

Face à cette pression sur les prix et à la volonté d’élimination, les responsables français ne jurent que sur le passage à l’étape d’après, en l’occurrence sur l’hétérojonction. Or à notre connaissance, le coût de cette production est bien plus élevé que la traditionnelle cellule mono-PERC de type P. De plus, si chacun annonce une augmentation significative du taux de conversion, de l’extérieur le résultat n’est pas évident car on parle de 24,1 % sur cette technologie contre 21 à 22 %. Comme le prix est bien plus élevé, les produits ne se vendent pas, les usines ne peuvent pas augmenter leur productivité et la tentative vivote. Alors, les chercheurs annoncent le brillant avenir des cellules tandem. Pourtant et pour l’instant, de nombreux problèmes de maintien des performances en cas d’humidité ou de contact à l’air se posent toujours. Ceci retarde toujours la mise en production d’Oxford PV.

D’ailleurs n’y a-t-il pas une erreur de réflexion de vouloir mettre au point une technologie d’avance afin de l’imposer ? Les chinois, pas plus idiots que les occidentaux, y réfléchissent eux aussi et mettent au point des procédés ou des technologies modernes. Comme si les occidentaux étaient plus intelligents que les chinois !!!

Le projet de Meyer Burger et de REC Group

Sur cette ambition d’être en avance sur son temps, Meyer Burger veut utiliser ses technologies pour mettre en place dès le 1er semestre 2021 une capacité de production de 400 MW, avec l’ambition de porter cette capacité à 5 GW dans l’avenir. Seulement, l’entreprise part de zéro en la matière. Elle doit installer ses machines, les caler, réorganiser ses services administratifs, commerciaux, financiers. Même en partant de bas (400 MW), le pari est loin d’être gagné, même s’il faut le souhaiter.

Autre projet qui mobilise tout ce que la France compte de commentateurs et de discoureurs, la volonté de REC Group d’installer une usine de 2 GW en Lorraine qui entrerait en production en 2022 avec un objectif de doublement de capacité en trois ans. Cette société a déjà une unité de production de 1,8 GW (dont 600 MW à hétérojonction) à Singapour. Le projet parait sérieux car porté par une entreprise qui connait déjà le marché et qui a son réseau de commercialisation. Il s’appuie aussi sur une rupture technologique avec des panneaux de nouvelle génération.

Ce que les promoteurs de ces deux projets sous-estiment probablement, c'est la réaction des chinois d'une part ses approvisionnements et d'autre part lors de la mise sur le marché des panneaux (aux échecs, il faut mener sa stratégie tout en faisant attention à celle de l’autre).

Compte tenu de l’importance de l’emprise chinoise dans la filière, il faut que les achats de plaquettes se fassent à un bon prix. Au minimum au prix du marché. Rien ne dit que les chinois ne vendront pas 10 % à 20 % plus cher leurs plaquettes afin de pénaliser dès l’origine le prix de revient des cellules et donc des panneaux. C’est un risque qui est difficile à évaluer.

L’autre risque le plus probable est que les chinois feront tout pour rendre hors de prix les panneaux de ces deux « nouveaux ». Il leur suffit de baisser sur la zone Europe de 15 à 25 % leurs prix par rapport à ceux de Meyer Burger ou de REC Group. Il leur est facile de perdre de l’argent dans une zone et de se refaire dans d’autres régions du monde. C’est la politique qu’ils ont mené dans toutes les régions qu’ils voulaient « nettoyer » de leurs industriels, auparavant bien implantés. Les nouveaux producteurs auraient alors le plus grand mal à vendre et donc à amortir leurs coûts de lancement et ne parviendraient pas aux économies d’échelle qu’ils escomptent. Est-ce que les deux nouveaux ont tenu compte de cette probabilité ? Pourront-ils mener une guerre des prix ?

S’il faut bien sûr souhaiter le meilleur avenir possible aux entreprises existantes comme celles à créer, il faut se rendre à l’évidence que les tentatives existent, mais qu’elles ont du mal à s’implanter. Ce n’est pas la volonté et la détermination des dirigeants qui manquent, mais le cadre institutionnel (les droits de douane). On notera que le 15 octobre 2020, les dirigeants des usines françaises ont lancé un appel pour se protéger des importations chinoises qui représentent 80 % des installations en France. Le résultat est apparemment nul. Or la restauration d’une production de panneaux en Europe passera obligatoirement par la restauration de frontières douanières permettant aux industriels de s’implanter, de constituer leurs réseaux commerciaux, puis de baisser leurs prix.

Des blablas

Les pouvoirs publics français et européens ne sont jamais avares de bonne paroles, de félicitations, et de beaux discours, mais rien ne vient. Qui oserait évoquer les conséquences favorables de « Place au Soleil » qui date de … juin 2018 ? Qui a analysé les effets de la suppression des prix minimum européen en septembre 2017 ? Ainsi que les difficultés qu’elle a engendrées pour les fabricants ?

En avril 2019, la Cour des Comptes faisait remarquer au gouvernement qu’il lui fallait une stratégie plus cohérente pour les EnR et notamment le photovoltaïque

En juin 2019, le ministre de l’Economie et le ministre de l’Environnement ont présenté un programme d’encouragement à la fabrication de panneaux PV. Le gouvernement annonçait vouloir légiférer pour que les règles françaises et européennes libèrent les investissements à grande échelle dans la fabrication de systèmes photovoltaïques. Ces deux « hauts » personnages prévoyaient que les acteurs du secteur, sous la direction de l’EDF, les entreprises et les associations apporteraient leur contribution en partageant leurs connaissances sur les tendances du marché. Le projet comportait un resserrement des liens entre les instituts de recherche français et européens. Ayant prononcé leurs discours, les ministres ont estimé que leur tâche était terminée. On n’a plus entendu parler de leur organisation élaborée dans des bureaux ministériels, c'est-à-dire hors-sol.

Le Syndicat des Energies Renouvelable le 13 mai 2020 estime que la reconstruction d’une production européenne des panneaux s’impose. Qu’en est-il suivi ?

Après la perturbation des livraisons de panneaux chinois au 1er trimestre 2020, les uns et les autres demandent la reconstitution d’une industrie dans la filière PV. Ainsi, le 15 mai 2020, huit pays européens (SEULEMENT) demandent à la Commission une relance industrielle du PV. Parmi les signataires on ne trouve pas la France (à quoi pensait donc E. Borne notre ministre de l’époque ?), ni l’Allemagne, ni l’Italie… Comment la Commission pouvait-elle accepter cette absence de demande officielle ? Pourtant, la Commission y répond par l’annonce d’un Grand Plan Vert fin mai, lequel est vite enterré par la réticence de certains pays de l’Union attachés aux combustibles fossiles. Les 15 GW annoncés restent dans les cartons. Il s’en suit une loi climat qui ne fait pas référence aux énergies renouvelables. Mais comment y parvenir alors ?

En octobre 2020 une nouvelle initiative européenne, appelée Trust PV, s’intéresse à développer les installations distribuées, mais aucun industriel n’y participe.

Les énergies renouvelables perdent du terrain au profit de la protection du climat assurée par le nucléaire

Les groupes de pression écologiques, nucléaires, financiers semblent surtout s’occuper de réchauffement climatique. Ils s’occupent beaucoup moins des installations solaires, et encore moins de l’origine des panneaux solaires ou des batteries. Ainsi, le président de la République Française vient d’affirmer que les EnR avait l’inconvénient d’être intermittentes, qu’il fallait à la France une énergie permanente, et que seul, le bon, le beau et le durable nucléaire pouvait fournir l’énergie nécessaire. Comme pour confirmer cette décision implicite, lors de la présentation du plan hydrogène, à aucun moment, les ministres n’ont prononcé le mot de solaire, d’éolien, d’énergies renouvelables : sans vouloir le dire, EDF et son nucléaire correspond à l’avenir de la France. Les énergies renouvelables, prises au sérieux à l’étranger, sont considérées comme un jouet français pour amuser les écolos.

La guerre énergie renouvelable-nucléaire est en cours et penche au profit de l’atome

Le rapport de force EnR-nucléaire n’est pas achevé, mais la fin de l’année 2020 est grise pour les installateurs (il suffit de remarquer que malgré les appels d’offres, les installations solaires en France au 3ème trimestre sont équivalentes à celles de 2019 (les a-t-on volontairement freinées ?). La fin d’année est sombre pour les industriels. Ils sont marginalisés derrière le flots d’informations quotidiennes. C’est la conséquence d’un émiettement de la représentation professionnelle solaire et éolienne qui suit des intérêts divergents, de l’absence d’hommes de réseau au sein des administrations française et européenne, et aussi du populisme des dirigeants français qui ne savent pas regarder au-delà de 2022, la prochaine élection présidentielle.

Là encore, si on en sait pas s’organiser, se fédérer, et manifester les avantages des EnR, d’autres savent le faire au profit du nucléaire et en recueillent les résultats. Encore une fois, on n’a que ce qu’on mérite.

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