L R AS Publié le mardi 8 décembre 2020 - n° 343 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la consommation d’énergie en 2020

L’année a été perturbée par la pandémie. Celle-ci a révélé une baisse de la demande, des prix négatifs, des arrêts de centrales à combustibles fossiles. Elle a aussi montré que les producteurs d’énergies renouvelables avaient bien traversé la crise sanitaire. En revanche, elles doivent encore lutter contre les productions d’énergie fossiles car leurs installations sont en exploitation, et peut-être contre un nouveau venu !

 

La pandémie a affecté la Chine, puis l’Europe, puis le monde

La pandémie a provoqué une baisse de la demande d’électricité et une hausse des EnR dans le mix énergétique

Le degré d’activité des entreprises a été variable selon les pays, mais n’a pas affecté leurs comptes

Les énergies renouvelables ont-elles été les grandes gagnantes de la pandémie ?

Les énergies renouvelables ont gagné une bataille mais non la guerre !

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 Le texte

L’année 2020 a été chahutée du fait de la propagation de l’épidémie au printemps. La violence du choc économique provoquée par le confinement a entrainé des mesures d’adaptations financières. Après une période d’accalmie, la pandémie est repartie cet automne, mais certaines leçons ont été tirées du confinement printanier : les mesures récentes, mais moins restrictives ont ralenti la propagation du virus mais n’a pas arrêté sa diffusion, ce qu’on perçoit avec la difficulté pour réduire le taux de contamination et les incertitudes pour les fêtes de fin d’année.

 

La pandémie a affecté la Chine, puis l’Europe, puis le monde

La construction de centrales ou d’installations solaires résidentielles a été affectée en début d’année. En février, donc avant le confinement en Europe, les perturbations du virus dans les usines chinoises se sont traduites par une activité limitée à 50 % de leur capacité parfois entravée par le manque de matières premières. Les transports ont été réduits car on cherchait à limiter les contacts de régions en régions. En outre, les ports chinois ont été perturbés à 86 %, entravant les exportations de panneaux ou de composants photovoltaïques pour les chantiers de construction, et cela avant même le confinement européen

Le confinement instauré en France le 17 mars a arrêté de nombreuses activités, le commerce, les hôtels, les restaurants, les voyages, mais aussi les industries, la construction… Au-delà de ce catalogue, les deux caractéristiques sont la baisse de la consommation d’électricité (à 15 % au cours de la seconde quinzaine de mars en France), et l’augmentation de la proportion d’énergies renouvelables dans le mix énergétique qui a grimpé de façon significative car elles ont la priorité d’injection dans le réseau.

 

La pandémie a provoqué une baisse de la demande d’électricité et une hausse des EnR dans le mix énergétique

L’apport du solaire + éolien a contribué pour près de la moitié à la demande d’électricité en Allemagne (à 45 %), au tiers en Espagne (28 %), au Royaume Uni (32 %), au Portugal (28 %). Si on rajoute l’hydroélectricité, la part des énergies renouvelables atteint 50 % à 70 % de la demande d’électricité en Europe au cours de ces deux mois (la France et les Pays Bas s’en distinguent en étant nettement en dessous de la moyenne européenne). Le Portugal a probablement été le pays ayant le plus utilisé d’EnR durant cette période avec un taux de 69 %, dont 35 % d’hydraulique.

La faiblesse de la demande d’énergie a entrainé un effondrement des prix tant pour le pétrole qui de 60 $ le baril est revenu longtemps autour de 20 $ et a même eu un cours négatif pendant quelques jours. Même phénomène pour l’électricité qui a enregistré des prix négatifs de plus en plus souvent car il y avait trop d’énergie dans le réseau. S’il y a eu entre 2012 et 2019, 77 heures de prix négatifs en France, ce nombre a bondi à 93 heures au cours du premier semestre 2020. La conséquence a été l’arrêt de nombreuses centrales thermiques (au charbon mais aussi au gaz naturel). Ce phénomène a montré ce qui se passera avec une multiplication des générateurs à base d’énergie renouvelable.

Cette période a aussi ramené à la raison un certain nombre de développeurs qui misaient sur la vente de leur production d’énergie sur le marché de gros afin de réaliser à coup sûr une marge bénéficiaire. Comme les prix sur le marché se sont effondrés ou même sont devenus négatifs, les candidats à la vente de leur production ont perdu leur énergie ou n’ont pas pu la monnayer selon leur désir. Ceci a arrêté la conclusion de contrats de fourniture d’énergie et rendu plus prudents les développeurs.

 

Le degré d’activité des entreprises a été variable selon les pays, mais n’a pas affecté leurs comptes

Certains pays ont confiné avec sévérité, alors que d’autres tels que l’Allemagne, ont adopté des consignes moins strictes. Dans ce pays, les chantiers PV ont pu continuer.

Durant cette période, les informations sur la situation des entreprises en provenant des organes représentatifs ont été rares. Elles ne sont obligées de présenter de chiffres d’activité comme les sociétés cotées : Neoen au 1er semestre 2020 a augmenté de 25 % ses actifs en construction durant la période, mais a subi un recul de 29 % des projets gagnés ce qui s’explique par la mise en arrêt d’un grand nombre d’administrations. En revanche, Voltalia indique que le groupe a multiplié par 2,2, le volume de contrats gagnés durant la période (par rapport à l’année précédente). Ceci indique qu’à l’étranger, la pandémie a été en général moins sévèrement traitée qu’en France.

La conséquence du confinement sur la demande d’énergie, ainsi que de la baisse des prix du kilowattheure de la période a été la découverte de la permanence de production d’une installation solaire ou éolienne. Il n’y a pas besoin de personnel, ni d’entretien pour la faire fonctionner. Ceci a prouvé que les installations faites trimestre après trimestre permettaient d’augmenter considérablement le chiffre d’affaires.

Durant le confinement en France, les grands installateurs comme Neoen ont annoncé que la pandémie n’a aucun « effet notable » sur le fonctionnement des centrales exploitées par elle. Voltalia reconnait que « le rythme de certaines constructions de centrales est néanmoins, dans certains pays, ralenti ou même temporairement arrêté, sans que cela n’affecte les objectifs financiers. Cependant, la crise sanitaire et économique suscite des risques nouveaux qui rendent l’environnement de la société moins prévisible. Les principaux risques concernent la faculté à mener sans retard les grands chantiers en cours et futurs de construction de centrales, la capacité des clients (principalement dans les ventes de développement et de construction de projets) à avancer dans leurs processus de décision, et éventuellement les variations de devises. »

Neoen a publié une hausse de 33 % de leur chiffre d’affaires du 1er semestre sur la période comparable de 2019 ; Voltalia de 74 %. Ainsi, la politique d’obtention de nouveaux contrats de construction entraine une croissance significative des sociétés. Le phénomène se retrouverait chez tous les développeurs non cotés.

Si les chiffres d’affaires du premier semestre sont flatteurs chez ces deux sociétés, c’est que la fin du confinement a entrainé une accélération des constructions de centrales et d’installation, ainsi que l’obtention de nouveaux contrats de construction, assurant l’activité à venir.

 

Les énergies renouvelables ont-elles été les grandes gagnantes de la pandémie ?

Ainsi, les énergies renouvelables ont bien traversé cette période délicate qu’a été le confinement. Elles ont même montré des qualités qui en font en quelque sorte les grands gagnants de la période de confinement.

C’est que les pouvoirs publics de chaque pays ou de l’Union Européenne ont misé sur le développement des énergies renouvelables pour relancer l’économie mise à mal par les arrêts d’activités. Les annonces de plans de relance se sont multipliés invoquant la transition énergétique, même si celle-ci est bien plus complexe que la simple création de centrales solaires ou éoliennes.

Au second semestre 2020, un groupe de pression a affirmé que l’avenir était à l’hydrogène. Il préconise de créer avec ce gaz, un nouveau moyen de stockage de l’énergie. Est-ce un moyen pour détourner l’attention des énergies renouvelables ? Est-ce un retour du nucléaire dans la course à l’énergie, puisqu’il est le seul capable de produire de l’énergie en continu, seul moyen de produire de l’hydrogène dans des conditions industrielles homogène ? Est-ce une volonté stratégique d’être présent sur une nouvelle technologie après avoir raté l’émergence des batteries et des technologies de la communication ? Ou bien est-ce la vision d’une pompe à fric sous forme de subventions volumineuses et régulières ?

 

Les énergies renouvelables ont gagné une bataille mais non la guerre !

Si les énergies renouvelables ont fait la preuve de leur qualité (la production sans intervention humaine et sans coût de combustible), elles n’ont pas gagné cette année la guerre de l’énergie : Si dans certains pays, on obtient un prix du mégawattheure solaire de 1,50 $ à 2,50 $, le prix reste accroché entre 5 et 6 € le MWh en Allemagne et en France dans les appels d’offres. Le prix doit être inférieur ou largement inférieur dans les accords de fourniture d’électricité signés entre un développeur et un utilisateur, car les centrales sont plus vastes (ce qui réduit les prix) et le client est connu. Seulement, le prix est un secret bien gardé car il doit permettre d’obtenir des marges élevées pour le fournisseur.

L’autre aspect qui indique que les EnR n’ont pas gagné la guerre contre les autres sources d’énergies, est l’étude de Lazard d’octobre 2020 qui mentionne que les centrales (au charbon, au gaz, à l’atome) déjà en fonctionnement ont un coût de fonctionnement particulièrement bas.

Selon cette étude, une centrale solaire à base de panneaux au silicium a un coût de production compris entre 31 et 42 $ le MWh. Une centrale utilisant des couches minces a un coût de 29 à 38 $. Ceci se compare au nucléaire qui a un coût du MWh de 29 $ ; le gaz de 28 $ ; le charbon de 41 $. Certes il s’agit de chiffres moyens et surtout non spécifiques à l’Europe. Ils montrent seulement qu’il y a un gros effort à faire dans la baisse des prix de production du PV pour éliminer les centrales concurrentes et s’imposer définitivement

La pénurie de composants photovoltaïques au premier trimestre 2020 en Europe et dans le monde a créé une prise de conscience de la nécessité de ne plus dépendre totalement de la Chine. Des tentatives sont en cours dans le monde pour créer une industrie locale, ce qui sera le thème de la chronique de la semaine prochaine.

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