L R AS Publié le samedi 5 décembre 2020 - n° 343 - Catégories : stratégie industrielle

Meyer Burger est trop confiant dans son projet de production

L'équipementier suisse Meyer Burger a été contraint de se redéployer car la vente de machines de production pour les usines photovoltaïques se réduisait par l'émergence d'une concurrence chinoise.

L'équipementier qui mise depuis longtemps sur des technologies d'avenir,

a décidé de les mettre en pratique lui-même et lance une production de 400 MW qui viendra sur le marché au premier semestre 2021. L’objectif est d’atteindre 5 à 6 GW à horizon 2025-2026.

Pour cela, la société a augmenté son capital de 165 M€ l'été dernier, a vendu des actifs, a acheté les bâtiments de l’ancien site de production de Solarworld à Freiberg, (Saxe, Allemagne) qui couvrent 33.000 m² et a loué 27.000 m² à Bitterfeld-Wolfen (Saxe-Anhalt)

Le groupe va y fabriquer des cellules solaires à haute efficacité grâce à la technologie SWCT (Smart Wire Connexion Technology) exclusive d’hétérojonction. L’interconnexion des cellules contribue à leur rendement. Elles seront quant à elles assemblées en panneaux.

La société est très confiante dans son avance technologique. Elle considère qu'elle disposera d’un très haut niveau d’automatisation pour réduire les coûts de la main d'œuvre. Elle n'aura pas de frais de transport comme des produits importés d'Asie. Elle compte acquérir le tiers du marché européen d'ici 2025.

En outre, Meyer Burger renforce sa collaboration avec le centre de recherche et développement suisse CSEM pour mettre au point de nouvelles technologies de production de cellules et panneaux solaires à haut rendement. Elle compte sur la transposition des recherches, en cellules et panneaux industrialisés. Déjà, les cellules de Meyer Burger atteignent 25,4 % d’efficacité.

https://tecsol.blogs.com/mon_weblog/2020/11/reportageen-2021-l%C3%A9quipementier-suisse-meyer-burger-se-lance-dans-la-fabrication-de-cellules-et-de-m.html

Tecsol du 30 novembre

NDLR    Nous souhaitons bien évidemment tout le succès possible à Meyer Burger dans son projet. Qu'on nous comprenne bien, nous sommes pour la réussite de cette tentative européenne.

Cependant, le projet est un peu hors-sol. Il est complètement centré sur lui-même et sans regard sur la concurrence qu'on n'évoque même pas. Peut-on imaginer les chinois laisser Meyer Burger assurer sa transformation, s’installer tranquillement et sans obstacle sur le marché européen ? On croit rêver ou être dans un monde de bisounours !

Par rapport à un prix au watt qu'avancera Meyer Burger, les chinois proposeront un prix 15 à 20 % moins cher. L'important n'est pas la perte sur ce qu'ils vendront, mais l'élimination définitive d'un concurrent potentiellement dangereux. Que feront les acheteurs entre leur nationalisme européen (en supposant qu'il existe) et leur porte-monnaie ? Quel soutien aura Meyer Burger dans sa tentative ? Qu'y aura-t-il au-delà des applaudissements des médias ? Qu'y aura-t-il au-delà des discours officiels de personnalités qui veulent qu'on parle d'elles ? Qu'y aura-t-il au-delà de leur photo dans les magazines ? Qu'y aura-t-il au-delà de la glose sur le renouveau européen ? DANS QUEL MONDE VIT-ON ? OU Y A-T-IL UN PEU DE JUGEOTE DERRIERE LES DISCOURS ET LES PAROLES ?

Les fabricants chinois qui parviennent à des marges nettes de 10 % à 20 % dans l'ensemble du monde, ont la capacité de perdre sur l'Europe une partie de leurs bénéfices pour conserver à l'avenir leur monopole puisqu'ils détiennent 85 % de la production mondiale de panneaux. Ils peuvent aussi fournir à Meyer Burger leurs plaquettes à un prix bien trop élevé, renchérissant le prix final du panneau. Que vaut la technologie si elle est trop chère ? Les chinois adopteront vite les procédés de Meyer Burger et reviendront vite avec les technologies copiées de l'équipementier suisse. Il leur faudra deux ou trois ans pour les adopter. Ils ont seulement à tenir ce temps-là.

En attendant avec les frontières passoires de l'Europe, avec l'opinion du libre-échange destructeur de l'Europe datant d'une autre époque, et la volonté de privilégier les installateurs au détriment des producteurs, on va perdre encore un fleuron industriel. Laissons les industriels faire leurs preuves avant de les condamner d'avance. Que les autorités publiques sachent anticiper ce qui est évident dès aujourd’hui !

Nous souhaitons le succès de Meyer Burger. Seulement son échec est inscrit dans la logique économique et politique actuelle. En changera-t-on suffisamment à temps ?

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