L R AS Publié le mardi 10 novembre 2020 - n° 339 - Catégories : Regard sur le PV

Regard sur la situation du PV en France - Editorial

résumé

Le désir de relancer le photovoltaïque en France : l’appel à donner son avis est l’occasion de regarder ce qui existe et ce qu’on veut 

Le photovoltaïque est en panne dans notre pays : il y a bien peu d’installations résidentielles. On a tout misé sur les installations par appel d’offres

La comparaison internationale souligne l’existence d’un problème français : la comparaison avec les autres pays européens indique l’existence d’un problème structurel en France

Quelques pistes à explorer et à mettre en pratique : il faut une organisation, des statistiques, des études sur le secteur, un chef qui coordonne. En un mot, la profession en est restée à l’amateurisme

Un cas particulier qui doit être fréquent : si les onduleurs doivent être changés au terme de dix ans, pourquoi avoir changé leur format ?

A qui s’adresser ?  le changement d’onduleur parait une tâche au-dessus de tout électricien même du Quali’PV

En espérant un sursaut : il est trop dommage que l’avenir étant au solaire, la profession ne sache pas s’installer, s’organiser, exercer son poids dans le pays

 

Le texte

Le désir de relancer le photovoltaïque en France

Cette semaine, trois articles d’origine différente expriment le désir de relancer le photovoltaïque en France, il s’agit de l’AMI, du NSE et surtout de l’appréciation américaine sur l’origine de la concurrence chinoise qui s’applique vraiment au cas français. Il faudrait ajouter le récent appel des patrons français de l’industrie solaire.

L’AMI (ou appel à manifestation d’intérêt) est illustré par les logos des deux principaux syndicats PV ainsi que celui de l’IPVF. Ceci signifie que la profession s’interroge sur la façon « d’expliciter le potentiel de développement industriel français et d’enclencher une action publique de soutien à une telle dynamique ». Un de ses objectifs est « d’orienter une part des financements de l’AAP Secteurs Stratégiques volet 2021 vers la filière ». « Tout acteur de la filière est invité… à faire part de ses ambitions pour la filière ». Quel langage !

Le NSE (ou Nouveaux Systèmes Energétiques) bien inconnu jusqu’à présent, s’est doté d’un « Comité Stratégique de Filière Industries » tout aussi mystérieux car il n’y a pas de porte-drapeau à cette organisation. Il vise à « qualifier l’écosystème de la filière solaire photovoltaïque française ; et à fédérer la filière autour d’une nouvelle feuille de route stratégique à formaliser d’ici mai 2021 pour articuler objectifs et dynamiques. »

Le troisième texte (cf Face à la domination chinoise dans les EnR, comment les Etats-Unis peuvent-ils rattraper leur retard ?) cherche à comprendre comment la Chine a fait pour s’imposer si bien dans le photovoltaïque, alors qu’elle ne parvient pas à le faire dans les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, l’impression 3D. L’auteur estime que les chinois ont une excellence naturelle dans le perfectionnement des processus de développement et de production à condition que le rythme du progrès technique soit relativement lent. En revanche, ils sont moins habiles lorsque le rythme des nouveautés est extrêmement rapide. Cette analyse sort de l’explication simpliste de la main d’œuvre bon marché, des aides gouvernementales en faveur des industries sélectionnées dont le PV, du dumping des produits chinois…

Cette dernière analyse, même partiellement juste (ou en partie fausse), recherche des causes profondes, augmente la compréhension des phénomènes, apporte aussi un début de réponses. On sort du « il faut que », « il n’y a qu’à », « réclamons à l’Etat … ». L’attitude est bien plus positive et plus productive.

Le photovoltaïque est en panne dans notre pays

L’appel des organisations syndicales (il manque le représentant de l’industrie) intervient à un moment où le photovoltaïque est en panne dans notre pays. Depuis plusieurs années, le rythme d’installation de nouvelles centrales n’atteint pas le mégawatt annuel, malgré les augmentations régulières de plafond d’appels d’offres. Les installations résidentielles se caractérisent par la disparition de 70 % des installateurs au cours de la décennie 2010, et par une vingtaine de mégawatts installés chaque trimestre depuis dix ans. Seules, les installations de plus d’un mégawatt se développement rapidement et représentent la moitié des installations en France à fin juin.

Ceci signifie que les appels d’offres jouent leur rôle sous l’impulsion des syndicats professionnels, mais que les autres créneaux d’activité sont oubliés ou non représentés. Il y a ainsi une prime à la discussion avec l’Etat et une insuffisance de prise en charge des autres activités. Ceci veut dire que l’Etat peut décider telle ou telle chose (modifier les tarifs d’avant 2011 par exemple), et que les syndicats ne peuvent pas contredire, puisqu’ils dépendent des appels d’offres. Il leur manque un second appui celui des installations de moyenne ou de faible taille, et peut-être un troisième avec l’international. Rappelons que l’Etat n’a même pas mentionné le PV ou l’éolien lors de sa présentation du plan hydrogène.

La comparaison internationale souligne l’existence d’un problème français

Comme pour être encore plus cruel, l’Espagne a installé au cours de la seule année 2019 près de la moitié de toutes les installations PV françaises depuis l’origine ! Autre comparaison avec l’Allemagne : cinq fois plus de puissance installée actuellement (10 GW contre 52 GW). Au cours de la seule année 2019, l’Allemagne a installé le tiers de toutes les installations depuis l’origine en France. La proportion sera accrue encore en 2020, puisqu’à fin septembre le voisin a installé 3,5 GW. L’Italie a davantage installée de panneaux au 1er semestre que la France et dispose de deux fois plus d’installations. Même les Pays-Bas installent davantage de panneaux que la France.

Si on croit vraiment le slogan répété à l’envi que le solaire est l’avenir de l’énergie, il s’agit de modifier en profondeur la profession et les priorités.

Depuis dix ans, ce sont les mêmes dirigeants qui sont aux manettes. Ils s’efforcent de faire ce qu’ils peuvent mais ils ne peuvent pas parler d’une seule voix puisqu’il y a deux organisations syndicales qui défendent la profession. A-t-on déjà vu deux volants dans un véhicule ? Deux chefs dans une armée ? Une organisation professionnelle comme la Fédération Française du Bâtiment a un responsable et plusieurs branches selon les activités. Il faut s’en inspirer. Il faut parvenir à cette organisation, et supprimer les chapelles où chacun fait du zèle et défend ses adhérents.

Quelques pistes à explorer et à mettre en pratique :

Il s’agit d’avoir des statistiques professionnelles sérieuses puisque seule l’Ademe connait ce qui se passe dans la profession.

Il faut avoir des codes INSEE identiques pour toutes les entreprises exerçant la même activité, afin de mieux connaitre le milieu d’activité.

Il faut unir les moyens plutôt que de les disperser. L’Union fait la Force.

Il faut un porte-drapeau, c’est à dire une personnalité reconnue dans la profession qui puisse fédérer les différentes organisations professionnelles, qui soit à la retraite pour avoir du recul sur le quotidien ou l’actualité, qui ait connu les difficultés de la profession, qui fassent des synthèses pour créer une organisation, qui coordonne les différentes activités, qui élabore des stratégies. En un mot, quelqu’un qui serait capable de bâtir une organisation comme il a été capable de bâtir son entreprise dans le passé.

Dans notre pays qui privilégient les diplômes et pour les négociations avec les pouvoirs publics, il serait préférable de disposer de quelques polytechniciens ou d’énarques capables de faire jouer les relations d’école au sein de l’administration et qui soient capables de parler d’égal à égal avec leurs homologues.

Il faut aussi des statistiques, des chiffres, des données, des analyses d’activité et l’élaboration d’une stratégie. Personne ne connait sauf au doigt mouillé, quels sont les effectifs de la profession par activité ? Combien il y a d’entreprises ? Quel est le chiffre d’affaires global ? Quelles sont les marges bénéficiaires dans les différentes branches de la profession ? Quelles sont les orientations professionnelles des entreprises ? En France à notre connaissance, il n’y a quasiment aucune analyse comme celle que nous mentionnons sur la comparaison entre Etats Unis-Chine. Comment peut-on avancer des arguments chiffrés pour convaincre l’interlocuteur (les pouvoirs publics) si on n’en n’a pas ?

La profession ne s’est pas structurée depuis quinze ans. Elle en reste à l’amateurisme. Elle en paie le prix fort en ne parvenant pas à développer son activité. Elle doit acquérir de la compétence, du sérieux, de la technicité.

Au-delà des installateurs en grande surface qui s’occupe du photovoltaïque ?

Un cas particulier qui doit être fréquent

C’est qu’au-delà de l’organisation de la profession, un vaste pan d’activité n’est pas couvert en ce moment. Qui coordonne les productions et les gammes de produits européens ? Qui se penche sur les différents artisans qui sont censés installer du photovoltaïque ? Non pas en instaurant de nouvelles normes mais en ayant une connaissance du terrain. Je me permettrai de donner mon exemple personnel : après onze ans de bonne activité, l’onduleur de l’installation photovoltaïque de mon habitation (2,4 kW) a rendu l’âme fin septembre 2020. On m’avait prévenu de cette défaillance, mais on ne m’avait pas dit qu’au terme de dix ans, il faudrait soit laisser l’installation en panne, soit en recréer une autre ! Je m’explique. L’onduleur est un Fronius IG 20, une bonne marque. Il a été encastré dans un ensemble de boitiers et mesure 37 cm de haut par 33 cm de large. Seulement, le modèle comparable dix ans après est de 65 cm de hauteur sur 43 de large. Il ne rentre plus dans la case précédente. Certes, Fronius a probablement ses raisons d’avoir agrandi la taille de son modèle. Seulement l’échange standard ne peut pas être réalisé. L’installation doit être revue.

A qui s’adresser ?

Par qui ? J’ai interrogé l’électricien proche de chez moi qui m’a affirmé ne pas avoir de souci avec un changement d’onduleur, mais qu’il était très occupé. Un mois après l’avoir contacté, j’attends toujours un devis. Quinze jours après, je me suis adressé à Qualit’PV et j’ai sélectionné trois installateurs dans la région. J’ai utilisé le formulaire commun et formulé trois demandes. Personne n’a accusé réception de ma demande. Je ne sais pas si ma demande a été bien transmise ou a été mise au panier. Quinze jours après, une seule des sociétés contactées répond qu’elle ne fait pas ce genre de travaux ! Que vais-je faire ? Arrêter l’installation ? En demander une nouvelle ? Ayant la chance d’être journaliste et rédacteur de cet article, j’appelle à l’aide. Comment font les autres détenteurs d’installations dont l’onduleur est tombé en panne ?

En espérant un sursaut

Si la profession veut être reconnue, compétente, et se développer, il lui faut s’organiser pour traiter un cas comme le mien qui n’a rien d’exceptionnel. Il lui faut s’organiser avant de lancer des campagnes de communication, combattre les idées fausses, inciter les propriétaires de toits à s’équiper. D’autant que s’il n’y a pas d’installations solaires, il n’y aura pas d’installation de batteries de stockage, ni même d’autoconsommation.

Il ne sert à rien de demander des subventions ou des aides si on ne peut pas justifier d’une bonne utilisation. On en revient à un bon chef qui établit une bonne organisation et qui répond aux différentes préoccupations justifiées de la base. Faire l’inverse ne sert à rien.

Il y a un grand principe dans la vie : « aides-toi et le ciel t’aidera. » La profession du photovoltaïque ne l’a pas encore mis en pratique. Espérons que ces mouvements divers (les suggestions des patrons : cf Des fabricants français de panneaux veulent être protégés des importations, l’AMI, l’appel à présenter ses doléances) soient les prémices de son changement profond. Il faut vraiment le souhaiter et l’espérer.

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edxl